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Union libre et mariage : Y a-t-il des similitudes?

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TABLE DES MATIÈRES

Un débat public fait rage au sujet du « déclin du mariage » dans les médias, la politique, les milieux religieux et en recherche. L'argument veut que le mariage soit en danger à cause des taux élevés de divorce, d'un accroissement substantiel de l'union libre et des naissances par des mères célibataires. À cela s'ajoute le fait que plus de personnes demeurent tout simplement célibataires que par le passé, du moins pour le moment. Tous ces changements pourraient avoir modifié la signification même du mariage pour nombre de personnes (Walker et McGraw, 2000) et certains spécialistes s'inquiètent qu'on en vienne à « séparer le mariage du parentage » (Doherty et al., 2000). Les questions relatives au divorce et à la monoparentalité sont abordées ailleurs (Ambert, 2005a. c; 2002a, b). Dans le présent article, nous examinons l'union libre et le mariage tout en nous demandant comment ils sont interreliés, s'ils sont équivalents, si l'union libre est en train de remplacer le mariage et s'il y a lieu de s'inquiéter?

DÉFINITIONS ET INSTITUTION

Le mariage est défini comme un partenariat sexuel, économique et émotionnel entre un homme et une femme, sanctionné par la société et la loi. (Au Canada, cette définition est modifiée pour inclure les couples de même sexe qui se marient). Jusqu'à récemment, dans toutes les sociétés du monde, le mariage a été à la base de la formation de la famille, c'est-à-dire, la procréation. C'est une institution : il comporte des normes dictant les droits et responsabilités des époux, de la société à leur égard ainsi que des époux à titre de parents. L'engagement constitue un aspect clé et multidimensionnel de l'institution qu'est le mariage (Johnson, 1999) à l'instar de la fidélité — quoique dans beaucoup de sociétés, on ne l'exige que des femmes.

Encore aujourd'hui, et particulièrement en Amérique du Nord, le mariage est devenu une relation privée basée sur la satisfaction personnelle plutôt qu'un engagement fondé sur l'épanouissement mutuel et les responsabilités. Cherlin (2004) l'appelle le mariage individualisé. Cependant, il souligne aussi que le mariage a une grande valeur symbolique et, par ce qu'il est encore plus institutionnalisé, il « permet aux individus d'investir dans le partenariat avec une moins grande crainte d'abandon » (p. 855).

Pour sa part, l'union libre est d'abord et avant tout une relation sexuelle et émotionnelle dans le contexte d'une vie commune. Elle est souvent perçue comme impliquant moins de responsabilités aux niveaux légal, économique, voire émotionnel. Certaines personnes choisissent de cohabiter parce que cela requiert, selon elles, moins de fidélité sexuelle que le mariage (Bumpass et al., 1991). Il est perçu comme un mode de vie plus libre que le mariage. Au fait, en français, le mot cohabitation est rendu plus souvent par « union libre ».

Il est plus facile de vivre en union libre que d'entretenir une relation conjugale parce que des cérémonies formelles et la reconnaissance sociale ne sont pas nécessaires. En conséquence, au niveau social, c'est une relation plus facile à rompre que le mariage, en particulier quand il n'y a pas d'enfants. De toute évidence, l'union libre est moins institutionnalisée et les normes dictant ce qu'est une relation acceptable dans ce contexte peuvent être librement interprétées. On ne s'attend pas à ce que les couples en union libre demeurent ensemble; quand on exerce de la pression sur eux, c'est pour leur demander de se marier — particulièrement à la naissance d'un enfant. Cependant, cette pression s'applique moins dans les cas d'une union libre suivant un divorce, et peut-être moins au Québec.

Les conjoints de fait ont demandé et obtenu des droits similaires à ceux des couples mariés aux niveaux de la propriété, de l'assurance-santé, des régimes de retraite et de la pension alimentaire. Ces droits entrent généralement en vigueur après une période d'un à trois ans. Cependant, ni l'Alberta, ni le Québec n'ont emboîté le pas, quoique pour des raisons différentes. En Alberta, on a estimé que de tels droits pourraient miner le mariage. Au Québec, la raison était de respecter la liberté de choix des personnes qui préfèrent l'union libre pour éviter les obligations reliées au mariage (Le Bourdais et Juby, 2001). Cependant, au Québec comme en France, les gens attribuent l'épithète conjoint indistinctement à leur époux/épouse comme à leur cohabitant. Jusqu'à tout récemment, le mot conjoint était réservé à l'époux/épouse. De plus, au Québec, beaucoup de couples mariés réfèrent l'un à l'autre comme étant ma copine, mon copain ou mon chum, comme s'ils désiraient minimiser les liens conjugaux. Ces changements linguistiques permettent de nier les différences entre les couples en union libre et les couples mariés.

Somme toute, l'union libre n'est pas institutionnalisée comme le mariage et n'est pas aussi bien acceptée par tous les groupes dans la société, à l'exception de quelques pays d'Europe du Nord et des Caraïbes où la plupart des gens la tiennent pour acquis. Il en résulte que les personnes qui cohabitent sont plus libres d'adapter leurs relations à leurs besoins ou, souvent, aux souhaits du conjoint ou de la conjointe ayant plus de pouvoir et/ou qui est moins engagé. Ce manque de normes signifie que dans le même couple, les conjoints pourraient commencer à cohabiter en ayant des attentes très différentes concernant la permanence, la fidélité et la mise en commun des ressources financières par exemple. Une conséquence pourrait concerner un certain niveau de tension. À l'inverse, on s'attend à ce que la fidélité et la mise en commun des ressources financières interviennent pendant le mariage. En général, les « exigences de l'union libre en matière de rôle sont moins nombreuses que dans le mariage » (Thornton et al., 1995 :772). Les exigences qu'implique le rôle conjugal permettent de prévenir un grand nombre de mésententes.

LE MARIAGE EST-IL REMPLACER PAR L'UNION LIBRE?

Les taux d'union libre ont fait un bond substantiel ces quelque dix dernières années alors que ceux du mariage ont chuté de façon importante. Au Canada, le taux de mariage a atteint un pic à 10,6 par 1 000 habitants en 1941 avant de régresser à 7,1 par 1 000 habitants en 1990, puis à 5,0 par 1 000 habitants en 2001. Cette importante chute dans les années 1990 est en partie attribuable à un taux de mariage exceptionnellement bas au Québec et qui a reculé à 3,4 par 1 000 habitants en 2000 (Statistique Canada, 2003). Le Québec possède une importante population et tout changement dans ses taux influe sur les taux globaux canadiens. Il faut souligner que les Québécois se marient encore moins que les Français : en 2001, malgré la prévalence de l'union libre, la France avait le même taux de mariage (5,1) que le Canada (Doisneau, 2002).

Aux États-Unis, le taux de mariage a bondi après la Grande Crise, atteint en 1946 un pic de 16,4 par 1 000 habitants. Il a fluctué depuis dans une tendance baissière pour s'établir à 8,9 mariages par 1 000 habitants en 1996 (U.S. Bureau of the Census, 1997). Au siècle dernier, les taux de mariage des Américains ont toujours été supérieurs à ceux des Canadiens.

Au Canada et aux États-Unis, les taux de cohabitation ont augmenté principalement dans les années 1990. On comptait plus de 4,1 millions de couples hétérosexuels vivant en union libre aux États-Unis et 1,3 million au Canada en 2000. En 2001, 16 % de tous les couples canadiens et 8,2 % de tous les couples américains vivaient en union libre. Pendant ce temps au Québec, ce pourcentage s'élevait à 30 %, soit exactement le même qu'en Suède, mais nettement plus élevée qu'en France (voir Tableau 1). Lorsqu'on exclut le Québec des statistiques, 11,7 % des couples canadiens cohabitent. Cela explique pourquoi le taux de cohabitation du reste du Canada est plus proche de celui des États-Unis que du Québec.

Tableau 1: Proportion de couples vivant en union libre
PaysAnnéeComme % de tous les couples
Suède200030,0 %
Norvège200024,5
Finlande200018,5
Mexique200018,7
Nouvelle-Zélande200118,3
France199917,5
Canada200116,0
      Québec200129,8
      Autres provinces200111,7
États-Unis20008,2
Source : Statistique Canada, 2002

On lit souvent qu'en Suède, « la plupart des couples vivent en union libre » et que « la plupart des enfants sont issus de mères célibataires ». En fait, la majorité des jeunes Suédois commencent leur première union dans le cadre d'une union libre, à l'instar des jeunes gens du Québec. C'est généralement dans une telle union que naît le premier enfant. Cependant, plus tard et en particulier après la naissance des enfants, la plupart des couples finissent par se marier. En conséquence, au moins à court terme dans le cycle de vie des jeunes couples, l'union libre a retardé le mariage. L'union libre reporte aussi le mariage d'une autre façon. Les personnes qui cohabitent sont moins susceptibles de rechercher activement un partenaire à marier que les autres (Wu, 1999). Mais l'union libre remplace aussi le mariage pour une proportion de gens, et même davantage après un divorce et surtout au Québec (Wu and Schimmele, 2005).

Cependant, parmi les jeunes adultes âgés de 20 à 29 ans, la proportion de ceux qui ne cohabitent ni ne se marient s'est aussi accrue. En d'autres mots, moins de jeunes adultes vivent en couple par rapport au passé; en conséquence, ce n'est pas que l'union libre qui retarde le mariage mais aussi une longue période de célibat. Par exemple, de 1981 à 2001, la proportion des Canadiens de 25 à 29 ans vivant dans une union quelconque a baissé de 64 % à 45 % chez les hommes et de 73 % à 57 % chez les femmes (Statistique Canada, 2002).

Une plus longue période de célibat résulte de la nécessité de poursuivre des études supérieures, de bâtir une carrière et de se faire une situation économique (Beaujot et Bélanger, 2001) — autant de choses qui prennent plus de temps que ce n'était le cas il y a 20 ans. Une plus longue période de célibat est aussi attribuable au fait que les relations sexuelles hors mariage sont maintenant plus accessibles et socialement acceptables dans les sociétés occidentales.

Néanmoins, on s'attend à ce qu'une majorité de jeunes âgés de 20 à 29 ans, le groupe le plus susceptible de cohabiter, finiront par se marier. Comme je l'ai souligné ailleurs, cet objectif sera plus difficile à atteindre pour les jeunes mères seules (Ambert, 2002a). En général, la majorité des jeunes qui se marieront un jour diminuera par rapport au passé — approximativement 75 % au Canada comparativement au traditionnel 90 % (Turcotte, 2002). Le Bourdais et Lapierre-Adamcyk (2004) ont même prédit que l'on s'attendait à ce que seulement une femme sur trois se marie au Québec.

QUI VIT EN UNION LIBRE? QUI SE MARIE?

Dans le passé, l'union libre avait tendance à se concentrer chez les personnes défavorisées et elle est encore plus répandue parmi les couples à faible niveau de scolarité et de revenu (Bumpass et Lu, 2002). De plus, même parmi les personnes vivant en union libre mais ayant l'intention de marier leur partenaire, celles qui sont économiquement défavorisées sont moins susceptibles de réaliser ce objectif (Smock et Manning, 1997).

Mais à mesure que l'union libre se répand et devient plus acceptable, les différences entre ceux qui cohabitent et ceux qui se marient deviennent moins importantes et certaines ne s'appliquent pas dans les pays européens (Seltzer, 2004). Il est en conséquence difficile de prédire si, et pendant combien de temps, les différences suivantes entre les personnes vivant en union libre et celles qui se marient persisteront et si ces différences s'appliquent au Québec (Turcotte, 2002; Bumpass et Lu, 2000; Wu, 2000) :

  1. les personnes vivant en union libre se retrouvent principalement parmi les cohortes plus jeunes, bien que leur nombre ait augmenté dans toutes les tranches d'âge;
  2. parmi les groupes plus âgés, les personnes vivant en union libre sont souvent divorcées;
  3. les hommes qui vivent en union libre ont tendance à avoir un revenu moins élevé que les hommes mariés;
  4. les personnes qui vivent en union libre sont moins religieuses que les personnes mariées;
  5. les personnes qui vivent en union libre tendent à être moins traditionnelles que les personnes mariées et plus susceptibles d'avoir des parents moins traditionnels;
  6. les femmes en union libre ont plus fréquemment eu un enfant sans conjoint cohabitant que les femmes qui se marient;
  7. la différence d'âge parmi les conjoints de fait est souvent plus importante que dans un premier mariage et une proportion plus importante de femmes sont plus âgées et gagnent plus que leur conjoint comparativement à la situation parmi les couples mariés.

LES COUPLES QUI VIVENT EN UNION LIBRE AVANT
LE MARIAGE DIVORCENT-ILS MOINS QUE LES AUTRES?

Non, en moyenne, ils divorcent plus, du moins au Canada, aux États-Unis et en Grande-Bretagne. L'Enquête sociale générale canadienne a conclu que dans le groupe des 20 à 30 ans, 63 % des femmes dont la première relation avait été une union libre se sont séparées en 1995 comparativement à 33 % des femmes qui se sont d'abord mariées (Le Bourdais et al., 2000a). Le premier chiffre comprenait les femmes ayant vécu en union libre et s'étant séparées avant de marier leur conjoint et d'autres qui s'étaient mariées avec leur partenaire avant de s'en séparer.

Dans l'ensemble, cohabiter avant le mariage semble augmenter le risque de divorcer par la suite. Wu (2000) a même constaté que le simple fait d'être marié à une personne ayant précédemment fait l'expérience de l'union libre augmente le risque de divorcer. Cependant, il convient de souligner que la recherche ne nous dit pas si ces conclusions s'appliquent indistinctement à tous les groupes ethniques au Canada et aux États-Unis. Nous savons tout de même qu'au Québec, les couples qui ont cohabité dans un premier temps avant de se marier ne courent pas nécessairement plus de risque de divorcer que ceux qui se marient directement comme c'est le cas dans le reste du Canada (Le Bourdais et Lapierre-Adamcyk, 2004). Mais il faut aussi noter que le taux de divorce au Québec est de loin plus élevé que dans le reste du Canada (Ambert, 2005c).

POURQUOI VIVRE EN UNION LIBRE AVANT
LE MARIAGE NE RÉDUIT PAS LE RISQUE DE DIVORCER

  1. Une première explication tient peut-être des effets de la sélection : comme nous l'avons constaté, certaines personnes choisissent de cohabiter parce que cela n'exige pas, d'après elles, la fidélité sexuelle et, en particulier chez les hommes, l'union libre implique un engagement moindre qu'un mariage (Clarkberg et al., 1996). Il n'en demeure pas moins que nombre des couples moins engagés franchissent l'étape suivante qu'est le mariage.
  2. À ce point, il y a une certaine preuve que l'expérience d'une union libre moins solide, moins engagée et où on accorde moins d'importance à la fidélité, façonne les comportements conjugaux subséquents (Dush et al., 2003). Certains couples continuent de vivre leur vie conjugale dans une perspective de précarité, d'absence de mise en commun des ressources, d'un faible niveau d'engagement et même du manque de fidélité de leur union libre antérieure. D'autres apprennent simplement à accepter la nature temporaire des relations (Smock et Gupta, 2002). Il en résulte un mariage à risque (Wu, 2000). En outre, certaines études indiquent en fait que les personnes mariées qui cohabitent avant le mariage sont moins exclusives sur le plan sexuel avant comme après leur mariage (Forste et Tanfer, 1996). Nous savons aussi que le manque d'exclusivité est relié à un taux plus élevé de dissolution conjugale (Ambert, 2005c).
  3. Cohan et Kleinbaum (2002) rapportent que, dans les deux premières années de leur mariage, les couples ayant cohabité avaient des comportements de résolution de problèmes quelque peu moins positifs et étaient en moyenne moins solidaires l'un envers l'autre que ceux qui n'avaient pas cohabité. McLaughlin et al. (1992) ont constaté que les couples nouvellement mariés et qui ont cohabité avant le mariage avaient des taux de violence préconjugale beaucoup plus élevés que ceux qui n'avaient pas vécu ensemble. La violence préconjugale est à son tour suivie de plus de violence conjugale que lorsqu'il n'y en pas eu auparavant. Et, comme nous le savons, il y a une corrélation entre la violence conjugale et le divorce. En outre, Magdol et al. ont rapporté que, parmi un groupe de personnes de 21 ans, celles qui cohabitaient étaient nettement plus susceptibles que celles qui sortaient ensemble d'être violentes. En général, l'union libre augmente le risque qu'une femme subisse de la violence physique (GSS, 2000; Sev'er, 2002).Nous ignorons la relation entre la violence et l'union libre : est-ce le fait que l'union libre en tant que telle (avec son engagement moindre et l'absence de normes pour guider la relation) mène à un taux de violence plus élevé? Ou certains individus ayant une propension à la violence optent-ils pour l'union libre plutôt que pour le mariage? Il s'agit probablement de l'ensemble de ces deux facteurs. Il est aussi possible que la combinaison de l'union libre et de la violence au foyer survienne principalement dans les cas de pauvreté et d'agents stressants connexes.
  4. Les personnes en union libre acceptent davantage le divorce comme solution pour régler les problèmes conjugaux.
  5. Nous avons constaté qu'en moyenne, les couples qui cohabitent sont moins religieux que ceux qui se marient avant de vivre ensemble. Plusieurs études montrent une corrélation entre religiosité, bonheur conjugal et stabilité (Call et Heaton, 1997). Si les couples qui sont moins religieux et moins engagés l'un envers l'autre et vis-à-vis de l'institution du mariage cohabitent puis se marient, il n'est pas surprenant que leur taux de divorce soit plus élevé. Ils connaissent un triple risque — un phénomène qui serait particulièrement pertinent pour le Québec, la province possédant le taux de divorce le plus élevé (Statistique Canada, 2004).
  6. Enfin, il se pourrait aussi que parmi les jeunes qui emménagent rapidement avec leur copain ou copine, il se développe des habitudes peu propices à la stabilité. Les transitions rapides d'une première ou seconde sortie vers l'union libre mène probablement à une relation instable. Si les ex-conjoints répètent ce genre de relations instantanées et en série, ils pourraient un jour contracter un mariage tout aussi éphémère où il sera difficile de rester fidèles, ce qui accroîtra le risque de divorcer.

La combinaison de l'ensemble des facteurs susmentionnés rend plus probable le divorce éventuel des personnes qui cohabitent avant de se marier. Mais il y a certaines exceptions comme nous allons le voir plus loin et il peut y avoir des variations selon le groupe ethnique/racial comme cela peut être le cas chez les Noirs et les Américano-mexicains (Phillips et Sweeney, 2005) ainsi que parmi les Québécois si nous pouvons présumer que leur taux de divorce élevé est attribuable à un scénario de causalité.

LES UNIONS LIBRES SONT-ELLES STABLES?

Les unions libres sont plutôt instables. En fait, au cours des dernières années, ces unions sont devenues plus précaires, en partie parce que peu d'entre elles aboutissent au mariage (Bumpass et Lu, 2000). Ainsi, les lecteurs apprennent sans surprise que les unions libres ne sont pas aussi stables que les mariages — ce qui est vrai pour toutes les sociétés occidentales. De plus, les unions libres ont tendance à se dissoudre plus rapidement que les mariages. Plus de 50 % de toutes ces unions se terminent par une rupture dans les cinq ans (Milan, 2000). Les raisons de cette relative précarité sont détaillées plus loin.

Les unions libres sont quelque peu plus stables au Québec qu'ailleurs au Canada. Par exemple, en se fondant sur les données de 2001, 55 % des Québécoises âgées de 30 à 39 ans qui ont opté pour l'union libre comme première union vont se séparer comparativement à 66 % des femmes des autres provinces (Turcotte, 2002). Néanmoins, quelle que soit la façon dont on examine ces taux, ils sont beaucoup plus élevés que les 30 % environ de divorces qui surviennent au Canada après 5 ans de mariage.

TYPES D'UNION LIBRE ET STABILITÉ DES RELATIONS

Les unions libres ne forment pas une catégorie homogène et la stabilité dépend en partie de l'évolution de la société par rapport à cette forme conjugale (Kiernan, 2001) et sur les raisons pour lesquelles un couple vit en union libre (Heuveline et Timberlake, 2004). Le mot « stabilité » comprend les unions libres qui durent et d'autres qui se transforment en mariage durable. Ces dernières constituent une plus petite proportion de toutes les unions libres qu'auparavant. Par exemple, dans les années 1970, environ 60 % des personnes vivant en union libre mariaient avec leur conjoint dans les trois ans suivant le début de leur vie commune contre 35 % environ au début des années 1990 (Bumpass, 1998).

Bianchi et Casper (2000) ont trouvé que presque 50 % de l'ensemble des couples américains vivant en union libre optent pour ce mode de vie commune en prélude au mariage, même si c'est moins souvent le cas parmi les Afro-américains (Teachman et al., 2000). Les personnes vivant dans ces unions libres sont plus ou moins fiancées ou engagées l'une envers l'autre et se promettent mariage. Malgré cela, après cinq ans, seulement 52 % de ces couples « en attente de mariage » avaient convolé en justes noces, selon l'étude de Bianchi et Casper, 31 % s'étaient séparés et 17 % vivaient encore en union libre. Ces couples « en attente de mariage » avaient le plus faible taux de rupture parmi tous les autres couples vivant en union libre ainsi que le taux de mariage le plus élevé. À l'inverse, parmi les couples ayant vécu en union libre en lieu du mariage, 39 % vivaient toujours dans ce genre d'union — les taux les plus élevés de vie commune continue après cinq ans — et ils détenaient le plus faible taux de mariage (25 %).

Aujourd'hui, une forte proportion de jeunes vivant en union libre commence cette vie commune plutôt rapidement après le début de leurs fréquentations sans trop penser à la permanence et encore moins au mariage. Pour eux, l'union libre remplace les fréquentations. On se serait attendu, comme noté plus haut, à des taux très élevés de rupture à terme parce qu'une courte relation est un précurseur du divorce chez les personnes mariées. Cependant, il convient de souligner encore une fois que nous ignorons si tous les groupes ethniques commencent à vivre en union libre pour les mêmes raisons et selon les mêmes modèles. Par contre, nous savons que les immigrants qui résident au Canada sont moins enclins à vivre en union libre que les résidents canadiens nés au Canada, les anglophones moins que les francophones et les femmes moins que les hommes (Milan, 2003).

Il se pourrait bien que l'instabilité soit inhérente à la nature précaire de l'union libre et/ou à une union libre commencée à la hâte. Ces unions libres précaires ressemblent plus à une forme de fréquentations « surévaluées » qu'à aux autres types d'unions libres. Malheureusement, comme nous le verrons plus loin, il pourrait être plus douloureux et compliqué d'y mettre fin qu'à de simples fréquentations. Il faut plus de recherche pour définir les différentes caractéristiques et les divers cheminements des types d'union libre.

PRÉSENCE D'ENFANTS CHEZ LES COUPLES EN UNION LIBRE

Une proportion substantielle de personnes vivant en union libre ont un enfant, quoique ces enfants se retrouvent souvent dans les statistiques sur les familles monoparentales (Ambert, 2002a). En 2001, 8,2 % des enfants canadiens de la naissance à 14 ans vivaient dans des ménages en union libre — sauf au Québec où 29 % des enfants vivaient dans de tels ménages. Lorsqu'on inclut le Québec, le taux canadien grimpe à 13 % de tous les enfants de la naissance à 14 ans.i Cependant, le taux pour la durée de vie est probablement beaucoup plus élevé, en particulier parmi les familles recomposées après un divorce. Aux États-Unis, on estime que 40 % de tous les enfants américains vivront avec leur mère seule (jamais mariée ou divorcée) et son copain à un moment donné avant d'avoir 16 ans (Bumpass et Lu, 2002).

Ainsi, une proportion substantielle de personnes vivant en union libre ont des enfants. On a quelque peu prouvé que les couples en union libre qui vivent avec leurs propres enfants sont plus stables que ceux qui n'en n'ont pas (Wu, 1995) et sont plus susceptibles de se marier. Ce n'est cependant pas le cas dans les mêmes proportions pour tous les groupes ethniques. Le Bourdais et al. (2000b) ont tout de même estimé que les enfants québécois dont les parents vivent encore en union libre sont trois fois plus susceptibles de connaître une séparation parentale que ceux dont les parents sont mariés(par rapport à plus de quatre fois pour les autres enfants canadiens).

Il importerait de connaître les types d'unions libres incluant des enfants et dans quels types les couples planifient d'en avoir (Musick, 2002). En outre, qu'en est-il de ces couples en union libre où l'homme n'est pas le père des enfants de sa conjointe? En extrapolant les taux élevés de divorce en cas de remariage avec des enfants d'un premier lit, on s'attendrait à des taux de rupture élevés parmi les couples vivant en union libre lorsqu'une femme célibataire vit avec un homme qui n'est pas le père de son enfant, et c'est justement ce que Marcil-Gratton et al. (2003) ont constaté.

AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS DE LA VIE EN UNION LIBRE

Nous examinons les avantages de l'union libre pour les adultes, les enfants et la société. Nous nous demandons quelle est la contribution de l'union libre pour les gens et la société? Parallèlement, nous devons aussi examiner les inconvénients potentiels et réels.

Pour les jeunes adultes

Il est intéressant de souligner que malgré l'acceptation accrue de l'union libre par la société en général et particulièrement parmi les sociologues, aucun référentiel de recherche n'en documente les avantages. Mais, les inconvénients ressortent fréquemment dans la recherche où on compare les personnes vivant en union libre à celles qui se fréquentent et aux personnes mariées. Cependant, ces comparaisons n'existent pas pour les cohortes plus âgées, en particulier celles qui choisissent l'union libre après un divorce ou une période de veuvage.

Commodité et disponibilité sexuelle

De plus récentes tendances indiquent qu'une proportion peut-être plus élevée de personnes vivant en union libre empruntent cette voie plus que dans le passé simplement parce que c'est plus commode que les fréquentations. Autrement dit, c'est plus facile sur le plan des relations sexuelles que lorsqu'on vit séparément. Ainsi, la disponibilité sexuelle motive un grand nombre de personnes à choisir l'union libre plutôt que de continuer à sortir ensemble, comme l'exprime une étudiante dans son autobiographie (non révisée):ii

« Actuellement, je dirais que je suis plutôt malheureuse parce que j'ai découvert que mon copain vit avec moi juste pour avoir des relations sexuelles qu'il sait sans danger. Il m'aime quelque peu, vous savez, mais surtout sexuellement. En d'autres mots, j'ai perdu les 18 derniers mois de ma vie que j'aurais mieux passer à chercher un meilleur gars qui m'aurait acceptée en entier et non pas uniquement comme objet sexuel. En outre, je suis malheureuse parce que je ne voulais pas vivre en union libre, car c'est vraiment contre mes principes. Qui plus est, cela a causé un genre de rupture entre moi et mes parents et je ne pense pas que [ce type] le mérite. Je dois maintenant penser à mettre un terme à cette relation, mais c'est difficile, vous savez, parce que je suis vraiment attaché à lui. »

Ironiquement, cette étudiante insiste plus sur les inconvénients. C'est en effet remarquable que je n'ai pu trouver des commentaires résolument favorables à ce mode de vie dans les nombreuses autobiographies d'étudiantes vivant en union libre que j'ai consultées.

L'union libre survient aussi lorsque l'une ou l'autre des personnes qui sortent ensemble recherche un appartement. L'union libre devient une façon d'épargner : partager un appartement est moins cher que d'avoir deux appartements séparés. Les couples qui emménagent ensemble pour de telles raisons ne pensent pas à long terme. De plus, ce type d'arrangement est actuellement intéressant, économiquement avantageux et moins compliqué. Certains ont même emménagé pour échapper à l'emprise familiale. Les adultes qui divorcent pourraient aussi trouver des avantages économiques semblables dans l'union libre, surtout à cause du fait qu'un grand nombre d'hommes divorcés doivent verser une pension alimentaire à un enfant vivant ailleurs. C'est une question de commodité et d'économie d'échelle. Mais, en général, les personnes vivant en union libre sont de loin moins susceptibles de mettre en commun leurs ressources financières que les couples mariés (Heimdal and Houseknecht, 2003).

Pour les jeunes couples fiancés, l'union libre peut être fonctionnelle, en particulier s'ils n'ont pas l'argent ou le temps de financer le genre de mariage dont ils rêvent ou dont rêvent leurs parents, ou ne peuvent se permettre de vivre comme doit le faire — selon eux — un couple marié en termes de qualité de logement. Comme l'a souligné une étudiante :

« Nous nous marions cet été et avons hâte. Nous avons vécu ensemble un an parce que nous ne pouvions pas nous permettre les dépenses reliées au mariage et nous avons estimé que payer pour un appartement au lieu de deux nous aiderait financièrement pour le mariage. Cependant, je n'aurais pas vécu avec lui si nous ne nous n'étions pas fiancés. C'est une bonne façon de se faire brûler. »

Aspects relationnels

Pour un grand nombre de jeunes couples, vivre ensemble pourrait servir de test pour voir s'ils peuvent avancer vers une relation plus permanente, soit une union libre à long terme ou un mariage. Cependant, il est probable que cette fonction ne serve au départ qu'une partie relativement modeste de personnes vivant en union libre parce que la plupart d'entre elles n'emménagent pas ensemble pour cet objectif. Ainsi, les mariages à « l'essai » sont plus rares qu'on ne le croit ou que ce n'était le cas il y a 20 ans à peine. Cette différence entre les cohortes provient de la plus grande acceptabilité de l'union libre : dans le passé, les couples qui emménageaient ensemble entretenaient souvent une relation à long terme et projetaient de se marier. Cet objectif rendait leur union libre socialement acceptable. Aujourd'hui, les couples n'ont pas besoin de cette « excuse » pour cohabiter pas plus qu'ils n'ont besoin de se préoccuper du mariage comme étant la « prochaine étape » (Seltzer, 2000).

Les personnes en union libre ont des relations sexuelles plus fréquentes que les couples mariés (Laumann et al., 1994). Cela est en partie attribuable au fait que les couples vivant en union libre durent moins longtemps et que la fréquence des relations sexuelles est généralement plus élevée tôt dans tous les types d'union. Ce constat pourrait aussi refléter la nature même de la vie en union libre : ces relations sont plus individualistes et pourraient être plus axées sur la sexualité, tandis que le mariage constitue un engagement plus général (Clarkberg et al., 1996). Cependant, les conjoints mariés sont habituellement plus heureux dans leurs relations que ceux qui vivent en union libre (Nock, 1998). Mais lorsque les conjoints vivant en union libre projettent de se marier, la qualité de leur relation ne diffère pas beaucoup de celle des couples mariés ayant vécu ensemble pour la même période de temps (Brown et Booth, 1996).

Un autre avantage de la vie en union libre tient au fait qu'il s'agit d'un mode d'union moins institutionnalisé et que les couples se sentent plus libres d'inventer leurs relations hors du moule des attentes traditionnelles et des rôles assignés à chacun des sexes. En effet, il semble y avoir une répartition plus équitable du travail dans l'union libre que dans le mariage (Shelton et John, 1993). Cependant, ce pourrait en partie résulter du fait que moins de personnes vivant en union libre ont des enfants que les couples mariés : lorsque les enfants naissent, les femmes commencent à s'investir davantage dans les travaux ménagers et les soins aux enfants que leur conjoint (Kluwer et al., 2002). Ainsi, cette répartition plus équitable du travail qu'on a souvent constaté parmi les conjoints vivant en union libre pourrait découler davantage du fait qu'ils sont sans enfants que de l'union libre elle-même. C'est aussi partiellement attribuable au fait que les femmes vivant en union libre se sentent moins sécurisées dans leurs relations; en conséquence, elles sont moins susceptibles de sacrifier leurs perspectives d'emploi et d'investir autant dans les travaux ménagers que le font les femmes mariées (Seltzer, 2000).

Les parents sont peut être moins intéressés et investis dans la vie en union libre de leurs enfants adultes parce qu'ils perçoivent ou s'inquiètent du fait que ces relations sont moins stables. Par contre, pour le meilleur et pour le pire, les beaux-parents sont beaucoup plus présents dans un mariage parce qu'ils le perçoivent comme une institution plus axée sur la famille. Dans une étude menée par Aquilino (1997), les parents se sentaient plus proches de leurs enfants mariés que de ceux vivant en union libre, même si les parents faisaient des activités sociales avec eux.

Les questions d'engagement et de fidélité

Certains des avantages de l'union libre ont un aspect négatif. Par exemple, les personnes vivant en union libre sont moins fidèles à leurs conjoints sur le plan sexuel comme l'indiquent les données fournies par Blumstein et Schwartz (1990) ci-dessous. Les répondants à ce vaste sondage représentatif étaient des hommes et des femmes ayant rapporté au moins un cas de relation sexuelle hors mariage ou hors ménage en union libre dans l'année écoulée :

Époux  11 %
Épouses9
Hommes en union libre25
Femmes en union libre22

Dans l'étude de Laumann et al (1994), les résultats étaient essentiellement semblables : 94 % des personnes mariées étaient monogames comparativement à 75 % des personnes vivant en union libre. Plus récemment, Treas et Giesen (2000) ont aussi constaté que les personnes vivant en union libre étaient moins fidèles au niveau sexuel que les personnes mariées, même après avoir contrôlé les valeurs personnelles concernant les relations sexuelles extraconjugales. Pour leur part, Forste et Tanfer (1996) rapportent que les femmes vivant en union libre étaient 5 fois plus susceptibles que les femmes mariées d'avoir eu d'autres rencontres à caractère sexuel depuis le début de leur relation. En fait, elles ont été un peu moins fidèles que les femmes sortant avec un copain. Les auteurs susmentionnés s'entendent pour dire que leurs données appuient l'opinion voulant que l'union libre est choisie par des personnes moins engagées (Clarkberg et al., 1995). Ou il est peut-être le cas que ce soit l'union libre qui rende les conjoints moins engagés.

En réalité, les hommes vivant en union libre sont souvent moins engagés dans leur relation et envers leur conjointe que leurs pairs mariés. Cette attitude était évidente dans une citation précédente, mais est réaffirmée par un homme divorcéiii dans une entrevue, puis par deux étudiantes dans leur autobiographie :

« Non, je ne sais pas si je vais marier [la femme avec laquelle il vis]. Plus tard, peut-être, mais je ne suis pas encore prêt pour ça. Actuellement, je ne suis même pas sûr qu'elle est la femme qu'il me faut, alors je préfère ne pas me précipiter; je prends une attitude attentiste à ce stade-ci. » [À l'entrevue de suivi deux ans plus tard, ce couple s'était déjà séparé. Il ne s'en faisait pas, mais la femme était très bouleversée.]

« J'ai vécu avec deux différents gars et c'est tout! Cela n'arrivera plus! C'est toujours la même histoire : nous ne faisons que jouer à être mariés parce que nous ne voulons rien faire d'autre que de jouer. Ils ne voulaient pas se marier et m'ont donné le baratin habituel : « Je ne suis pas prêt à prendre un tel engagement. »

« Je vis avec mon petit ami et j'aime bien cela pour le moment, mais l'avenir m'inquiète. J'ai 23 ans et je veux me marier un jour. Tel que je vois les choses, il aime notre relation telle qu'elle est maintenant et ne veut pas s'engager dans quelque chose de plus sérieux. »

Ces citations (dont les thèmes récurrents sont le « jeu » et le manque d'engagement) illustrent bien un autre avantage de l'union libre par rapport au mariage pour l'un des partenaires : elle peut servir à retarder l'engagement et à donner plus de temps pour trouver mieux. Naturellement, plus un partenaire est engagé, plus il est vulnérable. Beaucoup de personnes vivant en union libre, sans doute plus les hommes que les femmes, demeurent disponibles en permanence. En d'autres termes, ils « papillonnent » toujours tout en profitant d'avantages économiques, d'une camaraderie et de sexualité.

Nombre des avantages mentionnés ci-dessus (et il y en a probablement d'autres, mais tel que signalé, ce sujet n'a pas encore été exploré) comportent des inconvénients, au moins pour le partenaire le plus engagé des deux, comme l'illustrent bien d'ailleurs les nombreuses citations précédentes. En termes de théorie de l'échange, le partenaire engagé possède moins de pouvoir parce que la relation est plus importante pour lui ou elle que pour le partenaire moins investi. Par conséquent, le partenaire plus engagé est malheureux, peut se sentir déprimé, éprouve des regrets, manque d'assurance et a moins de contrôle sur sa vie. Un étudiant qui cohabitait avec une jeune femme sans soucis financiers et propriétaire de son appartement, a déclaré

« Je ne peux pas répondre à la question sur mon niveau de bonheur parce que je suis à la fois heureux et malheureux. Je suis heureux parce que je suis à ma dernière année (à l'université). J'espère me trouver un emploi et que ma copine sera satisfaite de tout cela. Je suis également malheureux parce que si je ne trouve pas le bon emploi, elle me quittera — du moins c'est ce que je crois. Je sais qu'elle veux épouser un gars qui est en meilleure posture financière qu'elle car elle se plaint toujours du fait que je n'ai pas d'argent. Alors, je ne sais pas si je remplirai les conditions. Je me sens mal à cause de cela parce que je l'aime vraiment.... »

Même si seulement un partenaire préfère s'investir moins dans la relation, en bout de ligne ni l'un ni l'autre ne bénéficie des avantages d'une relation engagée. La position du partenaire engagé est marginale. En outre, comme le mariage demeure la condition conjugale la plus appréciée dans notre société, un partenaire souhaite souvent le mariage — même au Québec. Les personnes vivant en union libre peuvent s'attendre à se marier en bout de ligne plus que ce n'est le cas pour ceux qui se fréquentent. Ainsi, l'union libre pose problème pour un grand nombre d'adultes jeunes et d'âge moyen et c'est peut-être plus le cas des femmes que des hommes.

Pour les adultes plus âgés

Pour les adultes plus âgés ayant déjà été mariés, l'union libre comporte beaucoup moins de risques que pour les jeunes adultes. Un mariage pourrait ne pas être important pour les personnes veuves ou divorcées, car elles ont déjà atteint ce but une fois. Le fait que l'union libre retarde le mariage ne s'applique pas dans leur cas : elle se substitue au mariage, devenant une relation en tant que telle ayant un niveau d'engagement similaire. Au moins une étude a révélé que les personnes plus âgées vivant en union libre éprouvaient un niveau plus élevé de bonheur et de stabilité par rapport aux plus jeunes (King et Scott, 2005).

En fait, plus tard dans la vie (après 60 ans peut-être), le phénomène du deux poids deux mesures qui se manifeste souvent parmi les personnes jeunes et d'âge moyen vivant en union libre pourrait entièrement disparaître, car en termes de théorie de l'échange, les hommes peuvent avoir besoin d'une partenaire autant, sinon plus, que les femmes. Par conséquent, les hommes plus âgés sont susceptibles d'être plus engagés que leurs homologues plus jeunes. Nous savons par exemple que les hommes plus âgés ne s'adaptent pas facilement au décès de leurs épouses et sont plus désarmés que les veuves (Lee et al., 1998).

Les hommes tirent généralement beaucoup d'avantages à vivre avec une partenaire (Cooney et Dunne, 2001). Par ailleurs, plus tard dans la vie, les veuves et les divorcées hésitent souvent à perdre leur nouvelle autonomie ou à remplacer leur conjoint décédé qu'elles aimaient. Elles pourraient aussi avoir peur de devenir l'infirmière d'un époux à la santé fragile (Davidson, 2001; Lopata, 1996). Ces femmes pourraient en fait préférer une nouvelle forme de partenariat et trouver l'union libre pratique. D'autres encore recherchent peut-être une relation affective et sexuelle qui exclut le partage d'un logement afin de préserver leur autonomie.iv

Les avantages économiques de l'union libre peuvent être encore plus importants parmi la génération plus âgée (Chevan, 1996). L'union libre offre les privilèges de l'économie d'échelle tout en permettant aux partenaires de laisser l'héritage de leurs enfants respectifs intact. Par exemple, quand un partenaire emménage dans la maison de l'autre, un testament peut facilement garantir que la maison du propriétaire passe à ses enfants à son décès. La séparation de certains biens a aussi l'avantage de contribuer à une relation plus chaleureuse entre les enfants des cohabitants qui peuvent accueillir le partenaire comme un nouveau membre de la famille plutôt que de le percevoir comme un intrus ou un « profiteur ».

Pour les enfants

Les enfants nés de personnes vivant en union libre ne sont pas vraiment plus avantagés que leurs pairs des familles monoparentales. L'instabilité relative de l'union libre en est la principale raison. Par conséquent, les enfants risquent de vivre au sein d'une structure familiale instable, surtout si leur mère vit avec un homme qui n'est pas leur père (Graefe et Lichter, 1999). Même les enfants dont les parents cohabitent connaîtront plus d'instabilité que ceux dont les parents se sont mariés avant leur naissance (Lerman, 2002). Résultats de ces observations : les enfants sont plus susceptibles de voir se dissoudre l'union de leurs parents si ces derniers ont d'abord cohabité ou si une mère seule cohabite puis se marie. Dans certaines familles, il existe un scénario de " porte tournante " où les partenaires se succèdent au fil des ans. Une étude a révélé que les enfants vivant avec leur mère et son petit ami avaient un rendement scolaire plus faible et davantage de problèmes de comportement (Thomson et al., 1994).

Côté positif, une mère seule qui décide de cohabiter voit la pauvreté de la famille diminuée jusqu'à hauteur de 30 % ce qui, par ricochet, profite aux enfants (Manning et Lichter, 1996). Mais cet avantage est atténué par le fait que les parents vivant en union libre ressemblent plus à ceux des familles monoparentales que biparentales en termes de scolarité, d'emploi et de revenus : les hommes en union libre gagnent moins que les hommes mariés. Les hommes en union libre mieux nantis sont plus susceptibles de se marier au moment, ou avant, d'avoir des enfants (Manning et Smock, 1995). L'atout économique pouvant découler de l'union libre est souvent de courte durée en raison de la fragilité de ces unions. En outre, la dissolution d'une telle union signifie que les enfants peuvent être plus pauvres que ceux dont les parents sont mariés (Le Bourdais et Lapierre-Adamcyk, 2004).

Les très jeunes enfants sont plus à risque quand la mère vit avec un homme qui n'est pas leur père biologique. Ces couples sont généralement très jeunes et souvent défavorisés. Le chômage est courant. Ces mères vivent une situation précaire tant sur le plan conjugal qu'économique. Dans certains cas, les mères elles-mêmes décident de faire partie d'une telle union pour les avantages à court terme, mais ne s'engagent pas à marier un homme au statut économique instable. Dans d'autres cas, la mère est la partenaire la plus engagée, mais le fait que l'enfant ne soit pas de son partenaire affaiblit son pouvoir de négociation.

La précarité potentielle de l'union de ces femmes et l'instabilité conséquente du soutien qu'elles reçoivent produisent des facteurs de stress pouvant nuire à leurs activités parentales. Ainsi les enfants pourraient ne pas être surveillés adéquatement et souffrir de négligence générale. Le partenaire de la mère n'est pas aussi susceptible de compenser cette négligence que le ferait un père marié ou même un beau-père à cause de son faible attachement aux enfants de sa partenaire.

La violence physique est également plus probable (Gelles, 1989) et les cas de jeunes enfants grièvement blessés ou tués par le petit ami vivant avec leur mère sont plus fréquents que parmi les familles biologiques. Quant à elles, les filles sont à risque d'exploitation sexuelle (Gordon, 1989), et c'est particulièrement le cas dans les foyers où les hommes ne sont que de passage. Dans les situations où la mère est manifestement sexuellement active avec une série d'hommes, le transfert intergénérationnel de problèmes comme la pauvreté, la grossesse précoce et les troubles de comportement, peuvent devenir une caractéristique à long terme de la famille.

Après un divorce, un beau-parent pourrait moins s'investir auprès des enfants du partenaire s'il est un union libre plutôt que marié. En outre, quand un père divorcé vit en union libre, il visite ses enfants moins souvent que celui qui s'est remarié (Le Bourdais et Lapierre-Adamcyk, 2004). Ainsi, à l'heure actuelle en Amérique du Nord, les partenaires mariés s'investissent plus envers les enfants que les couples qui cohabitent, mais il y a des exceptions. L'engagement et la stabilité sont des besoins fondamentaux pour les enfants; cependant, dans une grande proportion des cas, l'union libre n'y répond pas.

Pour la société

Les avantages de l'union libre pour la société sont plus difficiles à documenter. Cependant, dans la mesure où les cohabitants sont engagés l'un envers l'autre et fidèles sur le plan sexuel, l'union libre sert d'agent de contrôle social dans les domaines de la sexualité et de la santé. En outre, les avantages pour les couples engagés et heureux dans leur relation sont semblables à ceux des personnes mariées — surtout si leurs familles appuient leur union sans réserves. Les sections sur le mariage traitent de ces avantages.

Mais, pour autant que l'union libre manque de stabilité, il est possible qu'une large proportion des couples soient mieux servis à long terme en se contentant de sortir ensemble tout simplement. Mettre fin à une union libre est à coup sûr plus stressant que de rompre une relation avec un petit ami ou une petite amie. Wu et Hart (2001) ont constaté un affaiblissement de la santé physique et mentale suite à la dissolution d'une telle union. Il s'agit aussi d'un exercice qui prend plus de temps, car un déménagement s'ensuit en général.

Il est en fait possible qu'une union libre moins engagée et potentiellement instable crée de la tension intérieure, de l'anxiété et du stress chez les adultes et les enfants concernés. Ces dangers pour la santé auraient à leur tour un impact sur les coûts du système de santé, des employeurs et des écoles où une large proportion d'enfants vit dans des ménages en union libre. Il faudrait beaucoup plus de recherche pour documenter les avantages et les coûts de l'union libre pour la société.

QUELS SONT LES AVANTAGES
ET LES INCONVÉNIENTS DU MARIAGE?

Le mariage est l'option la plus souvent choisie pour fonder une famille en Amérique du Nord comme dans la plupart des parties du monde. Il s'agit de la forme familiale la plus institutionnalisée : elle est acceptée sur le plan légal, appuyée par des règles de comportement, comprend des responsabilités et des droits clairement délimités et sur lesquels il existe un large consensus public.

Malgré les taux de divorce élevés, le mariage demeure un objectif et un statut appréciés. Même les sous-groupes ayant des taux de mariage faibles, surtout les Afro-américains, apprécient le mariage. Ils ne l'évitent ni ne le rejettent : ils estiment simplement ne pas en avoir les moyens. Ne pas se marier reflète souvent, mais pas toujours, les inégalités raciales et économiques plutôt qu'un rejet du mariage. Cependant, plusieurs adultes mariés au moins une fois ne veulent pas se remarier et choisissent de vivre en union libre (Le Bourdais et Lapierre-Adamcyk, 2004).

Pour les adultes

Par rapport à l'union libre, le mariage tend à durer plus longtemps, représente un niveau d'engagement plus élevé, particulièrement par les hommes, en plus d'être une institution plus solide. Le mariage fournit aussi des liens sociaux plus visibles entre deux familles et possède un potentiel accru pour augmenter le soutien social (Amato, 2004). Sur le plan affectif, outre l'engagement, le mariage est fondé — en théorie à tout le moins — sur l'amour, l'interdépendance, le partage des joies et des peines. Les époux agissent comme confidents l'un de l'autre et les hommes se confient à leurs épouses plus qu'à toute autre personne.

La sexualité est un élément puissant dans le mariage, tant sur le plan physique qu'affectif. Nous avons vu plus tôt que les couples en union libre font l'amour plus souvent que les couples mariés, ce qui devrait les rendre plus heureux. Mais dans le cadre d'une enquête bien structurée sur la sexualité, Laumann et al. (1994) ont démontré que les femmes et les hommes étaient beaucoup plus heureux quand ils n'avaient eu qu'un partenaire sexuel au cours des douze derniers mois et qu'ils étaient mariés à cette personne. Nous avons aussi vu plus tôt que les personnes vivant en union libre sont beaucoup moins monogames que les couples mariés. Laumann et al. concluent qu'un partenariat sexuel monogame dans le cadre du mariage procure de toute évidence les plus hauts niveaux de satisfaction et de plaisir (p. 364). Cependant, cela s'applique uniquement aux couples mariés raisonnablement satisfaits de leur relation en général.

Les résultats de recherche dans les domaines du bien-être physique et psychologique, et même dans celui de la longévité, sont unanimes dans leur conclusion que les femmes et les hommes mariés, par rapport à ceux et celles qui ne le sont pas, obtiennent des scores considérablement plus élevés sur différentes échelles de bien-être (Waite et Gallagher, 2000). Ils ont de plus faibles taux de problèmes émotionnels, jouissent d'une meilleure santé physique et vivent plus longtemps (Coombs, 1991) — quoique ce dernier résultat peut découler tout autant du fait que les personnes mariées gagnent généralement des revenus plus élevés ce qui, par ricochet, entraîne une meilleure santé et un taux inférieur de mortalité.

Toutefois, dans une étude effectuée au Japon et dans 17 pays occidentaux, Stack et Eshleman (1998) signalent que le mariage, plutôt que l'union libre, accroît la satisfaction financière, la santé et, par surcroît, le bonheur. Leurs résultats ont démontré que le fait d'être marié était 3,4 fois plus étroitement lié au bonheur que ce n'est le cas dans l'union libre. La question que l'on se pose ici est la suivante : Le mariage contribue-t-il (motivation) au bien-être ou attire-t-il au départ uniquement les personnes en meilleure santé, mieux équilibrées et les partenaires plus séduisants (sélection)?

Sélection ou causalité?

Examinons d'abord les faits favorisant l'hypothèse de la sélection sociale voulant qu'il se fasse un choix en ce qui concerne le mariage des personnes les plus en santé. Les études indiquent que les personnes souffrant de maladies mentales graves, comme la schizophrénie, sont moins susceptibles de se marier, particulièrement les hommes (Link et al., 1987). Les personnes très dysfonctionnelles ne se marient pas ou si elles le font, leur mariage ne dure pas, tandis que leurs chances de se remarier sont substantiellement réduites (Forthofer et al., 1996). Les personnes très malades ou incapables sur le plan intellectuel ne reçoivent pas aussi souvent de demandes en mariage que les autres.

Par conséquent, un processus de sélection intervient, notamment parmi les hommes. Une fois les gens mariés, un autre processus de sélection s'amorce : le mariage des personnes troublées, incapables ou anti-sociales est moins susceptible de durer, car elles deviennent des conjointes et conjoints avec lesquels il est très difficile de vivre. L'équilibre psychologique contribue de toute évidence à la stabilité conjugale (Aseltine et Kessler, 1993).

Pourtant, jusqu'à maintenant, la plupart des gens se sont mariés au moins une fois, qu'ils soient bien équilibrés ou non, tandis qu'un certain nombre de personnes bien équilibrées choisissent de ne pas se marier. Cela signifie que les retombées positives du mariage sont au moins aussi importantes que les conséquences de la sélection pour expliquer les différences en matière de bien-être selon l'état matrimonial (Daniel, 1996). En d'autres mots, la causalité sociale explique souvent beaucoup mieux les différences entre les personnes mariées ou non. En effet, le mariage aide les adultes à stabiliser leur personnalité, à acquérir l'estime de soi et la sécurité personnelle, à développer des compétences et un sens des responsabilités, des choses qui n'étaient pas nécessaires pour une personne célibataire, particulièrement les hommes (Nock, 1998). Les relations chaleureuses et cordiales augmentent le bonheur, le bien-être psychologique, la santé physique et, par ricochet, la longévité (Gove et al., 1990; Hu et Goldman, 1990; Lillard et Waite, 1995).

Les hommes mariés occupent plus régulièrement un emploi que les autres hommes, ce qui leur procure une plus grande stabilité personnelle (Daniel, 1996). Quand ils changent d'emploi, c'est davantage pour améliorer leurs revenus que ce n'est le cas chez les hommes célibataires et divorcés (Gorman, 1999). En outre, un homme marié connaît une situation financière plus avantageuse qu'un célibataire si son épouse travaille, ce qui est devenu la norme. Les couples mariés où l'épouse occupe un emploi ont un avantage de 15 000 $ en moyenne de revenus par rapport aux couples mariés où l'épouse n'occupe pas un emploi rémunéré (Sauvé, 2002).

Comme les mariages qui durent quelques années produisent éventuellement des enfants, une famille à deux revenus possède une base plus sécuritaire que celle à revenu unique. Par conséquent, les hommes mariés se sentent généralement plus sécurisés. Linda Waite (1995) réfère au mariage comme une police d'assurance. Bien entendu, cela s'applique aussi aux femmes. Selon Lerman (2002:6) : " La présence de plus d'un soutien économique permet de diversifier les risques associés au chômage, aux salaires perdus ou aux changements dans la demande pour différentes occupations. "

En outre, les adultes mariés sont plus susceptibles de mener une vie saine et d'avoir une bonne alimentation que leurs pairs non mariés. Les personnes mariées mangent plus souvent à la maison, rentrent moins tard, consomment moins d'alcool et de drogues illicites, et sont mieux organisées pour répondre à leurs besoins fondamentaux (Bachman et al., 1997). Un mariage harmonieux constitue une ressource sociale considérable et apporte un élément informel de contrôle social dans la vie des individus : voilà peut-être pourquoi les personnes mariées consomment moins d'alcool que celles vivant en union libre (Horwitz et Raskin White, 1998). En outre, Horney et al. (1995) ainsi que Laub et al. (1998) ont constaté qu'un bon mariage finit par contribuer à la cessation des activités illicites parmi les criminels. Toutefois, les avantages liés au mariage décrits ci-dessus peuvent aussi être constatés dans une union libre stable et engagée, particulièrement parmi les personnes divorcées et en veuvage.

Le mariage profite-t-il plus aux hommes ou aux femmes?

Selon certaines documentations, le mariage profiterait plus aux hommes qu'aux femmes (Marks, 1996). Par exemple, les scores relatifs au bien-être des hommes mariés sont plus élevés que ceux des hommes divorcés ou célibataires. La différence n'est pas aussi marquée chez les femmes, quel que soit leur état civil. Pourquoi le mariage profite-t-il moins aux femmes sur le plan du bien-être psychologique? Tout d'abord, les femmes assument plus de responsabilités que les hommes à la naissance des enfants, particulièrement lorsque les deux époux occupent un emploi (McLanahan et Casper, 1995).

Ainsi, pour de nombreuses femmes, le mariage a du bon et du mauvais, ce qui explique en partie pourquoi les scores sur le bien-être des femmes célibataires ne sont pas bien différents de ceux de leurs congénères mariées. Ces scores sont en faits devenus plus similaires ces dernières décennies et, dans certains cas, ceux des femmes célibataires d'âge moyen sont plus positifs que les scores des femmes mariées (Marks, 1996). Glenn et Weaver (1988) ont aussi indiqué que le mariage pourrait être devenu moins essentiel au bien-être des femmes que par le passé, notamment parce que ces dernières subissent moins de pression pour se marier et qu'un grand nombre ont maintenant des emplois mieux rémunérés qu'auparavant.

Cependant, il convient de noter qu'aucune étude n'a encore comparé les femmes et les hommes mariés par rapport à ceux qui cohabitent en termes des divers aspects du bien-être. Il n'existe pas non plus d'études sur les responsabilités relatives des hommes et des femmes en union libre avec enfants. Le matériel qualitatif présenté plus tôt sous forme de citations souligne des problèmes reliés à l'insécurité affective, au sentiment d'impuissance et à la tristesse parmi les jeunes vivant en union libre et non engagés l'un envers l'autre. On retrouve dans ces citations des indices clairs voulant que les avantages de l'union libre sont sexospécifiques parmi les jeunes et pourraient favoriser les hommes par rapport aux femmes, voire plus que le mariage. En outre, ce serait davantage le cas chez les couples avec enfants.

Il est aussi possible que l'union libre soit plus sexospécifique dans certains groupes ethniques que d'autres. Cependant, les femmes pourraient être avantagées autant que les hommes au sein d'une union libre dans des cultures où le phénomène est plus répandu comme au Québec et en Suède. En outre, les deux sexes peuvent être également avantagés s'ils forment une union libre plus tard dans la vie, après un divorce ou un veuvage, et que les enfants des unions précédentes sont devenus autonomes.

La qualité de la relation est un important déterminant du bien-être dans un mariage (Acock et Demo, 1994). Somme toute, le mariage profite aux adultes, mais un mariage difficile annule tous ces avantages, particulièrement pour les femmes. Deuxièmement, les privilèges procurés par le mariage peuvent différer pour les hommes et les femmes selon les aspects examinés — bien-être émotionnel, santé physique, bonheur, sécurité. Ces avantages sexospécifiques peuvent aussi varier selon le stade de la vie ou l'âge de la personne concernée. Par exemple, nous ne savons pas si le mariage profite davantage aux personnes jeunes ou à celles d'âge moyen (Marks et Lambert, 1998).

Enfin, les bienfaits du mariage dépendent du moment ou de la cohorte lui servant de contexte. Par exemple, de récentes cohortes de femmes semblent avoir moins besoin du mariage que les cohortes antérieures. Toutefois, il est aussi possible que la recherche n'ait pu mettre l'accent sur tous les avantages qu'apporte le mariage aux femmes. En outre, le mariage profite aux femmes, particulièrement pendant leur durée de vie, en termes d'accumulation de richesse (Wilmoth et Koso, 2001), et cet effet est surtout évident quand les femmes atteignent l'âge de la retraite. À cet égard, le mariage est également fonctionnel pour les hommes et devrait continuer de l'être, surtout de nos jours parce que la plupart des femmes occupent un emploi rémunéré et que le tiers d'entre elles gagnent autant ou plus que leurs époux. Ainsi, sur le plan financier, le mariage avantage les deux sexes, principalement les femmes.

En général, le fait que sur certaines questions (notamment la répartition des tâches et la fidélité), les femmes soient souvent désavantagées dans le mariage ne signifie pas qu'il ne soit plus fonctionnel pour une majorité d'entre elles. Cela veut surtout dire qu'une certaine évolution de nos valeurs sur les rôles assignés à chacun des sexes &38212; par exemple un investissement accru du gouvernement dans les garderies — le rendrait davantage fonctionnel.

Pour les enfants

Dans la partie précédente, nous avons vu que la recherche révèle beaucoup de résultats négatifs pour les enfants vivant avec des parents en union libre, par rapport à ceux dont les parents sont mariés. De plus, j'ai examiné l'impact du divorce et de la monoparentalité sur les enfants (Ambert, 2005c, 2002a, b). Ces différents examens m'amènent à conclure que les enfants bénéficient sans équivoque du mariage de leurs parents (Waite et Gallagher, 2000). Atout majeur : ils ont le taux de pauvreté le plus faible et la plupart ne subissent pas les conséquences nuisibles de ce fléau. Les enfants qui vivent avec leurs deux parents biologiques s'en tirent mieux à tous les niveaux, à condition que les parents soient de nature raisonnablement chaleureuse, qu'ils surveillent bien leurs enfants et que ces derniers ne soient pas témoins de violence et de conflits conjugaux (Amato, 2004).

En fait, les enfants dont les parents mariés ou en union libre vivent une situation conflictuelle sont désavantagés par rapport à ceux dont le parent seul est bien équilibré (Jekielek, 1998). En général cependant, les mariages très conflictuels ne durent pas longtemps parce que l'on peut divorcer dans notre société. Toutefois, même parmi les couples qui divorcent, un tiers tout au plus d'entre eux étaient dans des mariages très conflictuels. Par conséquent, une proportion relativement faible de mariages nuit aux enfants et le divorce bénéficie aux enfants dans une même proportion (Amato et Booth, 1997). En outre, mis à part une situation conflictuelle, les enfants bénéficient du mariage de leurs parents même quand ces derniers ne l'estiment pas le plus heureux. Ce qui importe par-dessous tout pour les enfants sont les soins fournis par leurs parents et non s'ils sont follement amoureux l'un de l'autre. Il s'agit-là d'une perspective adulte!

Les enfants sont avantagés sur le plan de la santé. Par exemple, la mortalité infantile est plus faible parmi les familles mariées. On retrouve cet avantage démographique dans les pays scandinaves où la pauvreté est moindre parmi les mères seules et où l'union libre est plus fréquente qu'aux États-Unis et au Canada (Bennett et al., 1994; Oyen et al., 1997). Les enfants gagnent aussi en termes de sécurité économique, de rendement scolaire, de stabilité affective et émotionnelle, des activités de loisir, du comportement prosocial et plus tard, comme adultes, au niveau de l'emploi (Cooksey et al., 1997).

Dans une société ayant un système de famille nucléaire plutôt qu'élargie, les enfants ayant deux parents mariés, que la famille soit biologique ou adoptive, de même sexe ou non, sont avantagés parce que deux plutôt qu'une personne s'investissent dans leur bien-être, en sont responsables et agissent comme symboles d'autorité. Les enfants vivant dans une famille mariée sont généralement mieux supervisés que les autres (Fischer, 1993). Deux parents fournissent aussi une plus grande variété de comportements, d'attitudes et de connaissances dans lesquels les enfants peuvent puiser et apprendre.

Dans le cadre de la théorie de James Coleman (1988), deux parents mariés constituent une plus grande source de capital social qui se traduit en un capital humain accru pour les enfants. Les enfants ayant deux parents ont une option quand l'un d'entre eux dispose de moins de temps, est malade ou préoccupé. Deux parents peuvent aussi se donner du soutien moral dans leurs tâches coparentales, au profit des enfants (Grossbard-Shecktman, 1993). Les avantages d'une famille biparentale s'appliquent plus aux familles mariées qu'à celles en union libre.

Les enfants nés de parents mariés sont beaucoup moins susceptibles de vivre dans une structure familiale différente dans l'avenir par rapport à ceux nés de parents en union libre ou issus d'une mère seule (Le Bourdais et Lapierre-Adamcyk, 2004). En effet, les enfants nés de parents mariés passent en moyenne 84 % de leur enfance (naissance à 16 ans) dans une famille biparentale mariée (Bumpass et Lu, 2002). Par ailleurs, ils passeront seulement 4 % de leur enfance dans une famille en union libre et 13 % dans une famille monoparentale. En revanche, les enfants issus d'une union libre passeront seulement 45 % de leur enfance dans une famille mariée, 28 % dans une famille en union libre et 26 % dans une famille monoparentale.

Ces données signifient aussi que les enfants nés dans une famille de personnes mariées vivent moins de transitions conjugales chez leurs parents, car deux sur trois demeureront avec eux. Par ailleurs, les enfants issus d'une famille en union libre sont plus susceptibles de voir leurs parents se séparer et pourraient aussi vivre un plus grand nombre de changements de conjoints que les enfants du divorce. D'autres recherches s'avèrent nécessaires sur la période de l'enfance par rapport à l'état matrimonial des parents, y compris les unions libres, quelle que soit leur durée. Il semble même que le divorce de grands-parents ait des répercussions sur les générations ultérieures (Schwartz et Finley, 2005).

Pour la société

Pour autant que l'institution du mariage contribue à la stabilité émotionnelle et au bien-être général des adultes et des enfants, elle devient une institution très fonctionnelle pour la société. Le mariage produit beaucoup de capital social et agit comme agence de contrôle social (Laub et al., 1998). Les enfants vivant dans une famille biparentale mariée acquièrent plus de capital humain (Coleman, 1988): en moyenne, ils décrochent moins des études, sont plus scolarisés, recourent moins souvent à l'aide sociale que les enfants d'une famille monoparentale ou en union libre (McLoyd, 1998), en plus d'être moins susceptibles de devenir des contrevenants ou des criminels adultes. Plus tard, ils paient plus d'impôt que les enfants non élevés par des parents mariés.

Sur le plan sociétal, le mariage contribue à la socialisation réussie des citoyens, ce qui ne signifie pas pour autant que la majorité des enfants issus d'autres formes familiales soient moins bien socialisés, mais que proportionnellement plus d'enfants issus de familles mariées le sont. Selon cette seule perspective, la légalisation du mariage entre personnes de même sexe avec enfants et engagées l'une envers l'autre devrait à la société plutôt que de lui nuire (Ambert, 2005b). La légalisation de ces unions devrait contribuer à leur stabilité et à de meilleurs résultats pour leurs enfants (Bell et Weinberg, 1978).

« Un couple marié est une petite agence générale de santé et de bien-être où oeuvrent des bénévoles. Le mariage diminue les coûts des soins de santé, de l'aide sociale, des services de police, des pénitenciers ainsi que ceux reliés à l'abus d'alcool, à la narcomanie et aux MTS. Plus tard dans la vie, le mariage permet d'éviter l'hospitalisation de nombreuses personnes âgées souffrant d'incapacités mentales ou physiques graves, car leurs conjoints, particulièrement les épouses, en prennent soin. De plus, les personnes mariées avec enfants s'investissent davantage dans leurs quartiers et leurs écoles, contribuant ainsi à la stabilité et à l'amélioration de leur secteur et du système éducatif » (Ambert, 2001:139).

CONCLUSIONS

Nous examinons deux sujets dans la conclusion, soit l'équivalence et des questions touchant la moralité et la religion.

En bout de ligne, l'union libre et le mariage s'équivalent-ils?

Beaucoup de personnes estiment que le mariage ne constitue qu'un choix de style de vie et qu'en général il comporte peu de conséquences ou d'avantages par rapport à l'union libre — les deux se valent. À l'heure actuelle, les comptes rendus de recherche n'appuient pas cette perspective. Les études révèlent plutôt que le mariage, particulièrement s'il est bon et équitable, profite beaucoup aux époux. Le mariage est avant tout très bénéfique pour les enfants, qu'il soit équitable ou non entre les parents.

Une des différentes écoles de pensée sur l'équivalence entre les divers types de structures familiales estime que les résultats chez les enfants et leur bien-être passent par des processus familiaux sains plutôt que par la structure familiale (un parent par rapport à deux, le mariage par rapport à l'union libre). De toute évidence, la recherche appuie la notion qu'une dynamique familiale saine est un indicateur important pour obtenir des résultats positifs chez les enfants, quel que soit l'état matrimonial de leurs parents. Mais il n'en demeure pas moins qu'une dynamique familiale saine est plus susceptible de survenir dans une famille biparentale mariée. La raison en est qu'en général ces familles connaissent plus de stabilité, moins de facteurs stressants et un niveau plus élevé d'engagement à long terme par les adultes concernés.

Même si une union libre est fonctionnelle et enrichissante pour un grand nombre d'adultes, la recherche n'a pu en prouver les avantages, particulièrement pour les enfants et la société. Chose intéressante, l'union libre pourrait être plus fonctionnelle et équitable pour les adultes plus âgés et mariés au moins une fois. À l'heure actuelle cependant, ces adultes entrent moins dans de telles relations pour des questions de moralité et en raison du déséquilibre du ratio entre les sexes : moins d'hommes plus âgés sont disponibles.

Dans l'ensemble, on peut présumer que l'union libre est un bon substitut au mariage quand il s'agit d'une relation engagée, fidèle et stable. Dans un tel cas, les deux formes d'unions conjugales s'équivalent. Toutefois, en pareilles circonstances, l'union libre comme option de mode de vie disparaîtrait en grande partie et, hormis sous une perspective religieuse, les deux genres d'union n'afficheraient aucune distinction.

Un autre indicateur du manque d'équivalence entre l'union libre et le mariage tient du fait que, dans plusieurs pays, les couples de même sexe veulent avoir le droit de se marier. De toute évidence, ils n'estiment pas que l'union libre ou même un partenariat enregistré soit aussi avantageux que le mariage. Nombre de ces couples qualifient ces options de « deuxième ordre » (Ambert, 2005b).

Questions de moralité et de religion

La moralité est une considération importante. Comme l'illustre la citation d'une étudiante, beaucoup de personnes vivent en union libre à contre-courant de leur propre système de valeurs morales, et particulièrement de celui de leurs parents — une situation peu confortable en soi. En outre, on pourrait argumenter que, dans la mesure où l'union libre est instable, surtout parmi les mères célibataires pauvres, elle donne à la jeune génération un modèle de relation caractérisé par l'opportunisme, la sexualité et le manque d'engagement.

Ce modèle de relation formule en soi un énoncé moral. On peut établir ici un parallèle avec des parents qui divorcent après un mariage considéré relativement bon à très bon. Leurs enfants sont plus susceptibles de divorcer plus tard que ceux de parents ayant divorcé en raison d'un conflit grave (Amato et DeBoer, 2001). Dans ce dernier cas, la nécessité du divorce peut être évidente pour les enfants; dans l'autre, le message transmis en est un de manque d'engagement envers le mariage en tant qu'institution. Ainsi, les choix que les parents font dans leurs relations (célibat, union libre, mariage, divorce)constituent des exemples pour leurs enfants et les pairs de ces derniers. Les choix conjugaux et procréatifs constituent des leçons morales pour la prochaine génération.

La perspective religieuse ne doit pas être ignorée dans la présente analyse, car une proportion substantielle de la population mondiale est profondément religieuse. De plus, les nouveaux immigrants d'autres confessions (hindous et musulmans par exemple) ont une forte préférence religieuse pour le mariage par rapport à l'union libre — même s'ils permettent le divorce. Malheureusement, il est aussi vrai que le mariage est une institution dominée par les hommes dans un grand nombre de religions.

En conclusion

À l'heure actuelle, les données sur cette question n'indiquent pas que la jeune femme gagne autant de l'union libre que du mariage, à moins que le partenaire ne soit disposé à la marier si elle le désire. La « révolution sexuelle » ne devrait pas être considérée comme synonyme de la « libération des femmes » et de leur intérêt supérieur. La révolution sexuelle a certes du bon, mais elle n'a pas complètement éliminé le phénomène du deux poids deux mesures. Elle a davantage profité aux hommes qu'aux femmes en rendant un plus grand nombre de femmes disponibles aux hommes sur le plan sexuel — et l'union libre a été un des moyens qui l'ont permis. À vrai dire, comme nous l'avons vu plus tôt, malgré l'apparente popularité de l'union libre parmi les jeunes gens, les femmes y sont moins intéressées que les hommes (Milan, 2003). En outre, selon mes observations, trop de femmes éprouvent un immense chagrin à la dissolution de leur union libre. Il est moins traumatisant de mettre fin à une relation avec un petit ami. De plus, l'union libre comporte généralement des risques pour la mère célibataire. Par exemple, son partenaire pourrait ne pas être engagé envers ses enfants et on peut se demander ce qui se produit en cas de rupture.

Quand les mères et les pères ont des pré-adolescents et des adolescents, une série d'unions libres posent problème à plusieurs égards. Dans le cadre de mon travail sur le terrain, j'ai rencontré beaucoup de mères dont les enfants connaissaient très bien leur vie sexuelle et avaient suivi leur exemple prématurément avec des résultats malheureux parfois (grossesses, MTS, perte d'intérêt pour les études, délinquance, désengagement de la vie familiale). « Si tu le fais, tu n'as pas le droit de me le refuser », a été la réplique que se sont faits servir certaines de ces mères qui tentaient de contrôler les sorties de leurs ados avec les garçons. Nous savons aussi qu'une union précaire plonge les femmes dans un profond trouble émotionnel qui affaiblit leur capacité parentale.

Mes préoccupations relatives à l'union libre concernent l'absence fréquente d'engagement de la part d'au moins un des partenaires. Ainsi ce genre d'union est plus précaire et fait potentiellement plus souffrir que le mariage, même en tenant compte du taux de divorce actuel. Si l'union libre venait à ressembler davantage au mariage, je suis certaine que mon opinion changerait. Selon Smock (2004:871) : « Que l'union libre ressemble davantage au mariage ou l'inverse, le mariage est ici pour rester. »

Cela étant dit, l'union libre comme option ou solution de rechange est là pour rester dans les sociétés occidentales. Du point de vue sociologique, il faut beaucoup plus de recherche sur ce sujet, particulièrement en termes de dynamique, d'avantages et d'inconvénients selon le sexe, l'âge, la classe sociale et l'appartenance ethnique. De plus, une partie de cette recherche doit examiner l'union libre comme telle et comme ensemble de rôles, de jalon dans le cycle de la vie et de statut au sein des systèmes familiaux et de la société. D'autres études doivent traiter de la dissolution de l'union libre, du repartenariat, de l'enchaînement d'événements connexes et du moment où ils surviennent dans le cycle de vie d'une personne. Enfin, nous devons examiner le rôle des enfants dans l'union libre parentale de même que les effets de cette union sur la vie quotidienne des enfants, selon leur perspective, et relativement aux résultats à long terme.

D'une part, de nouvelles questions, moins axées sur une comparaison avec le mariage, doivent s'ajouter aux préoccupations traditionnelles sur l'union libre. D'autre part, la nature de la relation conjugale évolue à la suite des changements qui surviennent dans les rôles des hommes et des femmes, la disponibilité d'options comme la monoparentalité et l'union libre ainsi que le divorce. Ainsi, il faut mener des études actualisées, en profondeur ou qualitatives sur les deux partenaires des couples mariés issus de classes sociales et de groupes ethniques différents.

NOTES EN FIN DE TEXTE

i. Le phénomène des enfants nés et vivant dans des relations en union libre est très présent en France. En 2001, 3 mariages sur 10 « légitimaient » les enfants vivant avec des parents ayant choisi l'union libre (Doisneau, 2002). Le terme « légitimer » est à toute fin pratique culturel, car légalement, il n'y a pas d'enfants illégitimes en France.

ii. Les citations du présent document ont été en grande partie puisées dans une analyse d'autobiographies semi-structurées mais non limitatives rédigées par des étudiants dans le cadre de cours que j'ai donnés depuis 1974. Les autobiographies sont anonymes et les étudiants savent qu'elles serviront à la recherche. En outre, ces derniers peuvent choisir entre la rédaction d'une autobiographie et d'un autre type de document moins personnel. En 2005, j'avais recueilli plus de 1 500 autobiographies allant de 12 à 60 pages à interligne simple. Voir Ambert (2005a :26-27) pour une description de cette recherche.

iii. Cette citation est tirée de mon étude longitudinale sur les personnes divorcées et remariées (Ambert, 1989).

iv. On y réfère souvent comme VES ou vivre ensemble séparé &38212; (pour examiner, voir Ambert, 2005a)

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À propos de l'auteure…

Madame Anne-Marie Ambert, Ph. D., est professeure au département de sociologie de l'Université York depuis 1971. Entre autres, elle a mené des recherches approfondies sur les structures familiales, y compris le divorce et le remariage, ainsi que sur la pauvreté et les relations parent-enfant. Son dernier ouvrage, publiés en 2005 par Pearson Canada, est intitulé Changing families: Relationships in context. Elle siège depuis plus de vingt ans au comité de rédaction du Journal of Marriage and Family. Elle a publié également une série d'articles en ligne sur les enjeux familiaux tels les familles monoparentales (www.arts.yorku.ca/soci/ambert/writings/index.html).


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