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Divorce : Faits, causes et conséquences

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Table des matières

Le présent document répond aux principales questions récurrentes concernant le divorce. Il clarifie en outre les fausses interprétations découlant de la complexité des statistiques sur le divorce, de même que ses causes et conséquences. Le document se divise en deux sections : la première présente et interprète les données de base, tandis que la seconde porte sur les causes et conséquences du divorce en plus d'examiner les tendances relatives au mariage et à la cohabitation qui sont reliées au divorce.

Il est facile de mal comprendre les faits sur le divorce. D'une part les statistiques officielles sur le divorce portent parfois à confusion ou sont mal interprétées, même par certains scientifiques. Deuxièmement, lorsque sont publiés les résultats de la recherche et les statistiques officielles, les stations de radiodiffusion, de télévision ainsi que les journaux ont souvent tendance à en rendre compte de façon sélective et, par conséquent, peuvent les exagérer par inadvertance. En outre, les gens des médias peuvent n'avoir ni le temps ni l'espace pour fournir d'autres faits importants essentiels à l'interprétation de l'information.

COMPRENDRE LES CHIFFRES

Est-ce vrai qu'un mariage sur deux échoue?

Absolument pas. Les dernières estimations de Statistique Canada (2005) indiquent que 38 % des couples sont à risque de divorcer avant leur 30e anniversaire de mariage pour l'ensemble du pays, allant de 17 % à Terre-Neuve à 50 % au Québec, par rapport à une proportion estimative de 44 % aux États-Unis. En 2003 par exemple, 16 % des divorces concernaient des époux ayant déjà divorcés au moins une fois et 15 % des épouses concernées avaient aussi divorcé antérieurement (Statistique Canada, 2005). Il y a un certain chevauchement, car certains divorces sont des divorces subséquents tant pour les hommes que les femmes, mais ces données signifient que la probabilité de divorcer dans un premier mariage est plus faible parce que, comme nous le verrons plus tard, les remariages ont un risque de divorce plus élevé que les premiers mariages.

Comment mesurons-nous le divorce?

  1. La méthode la plus courante utilisée pour mesurer le divorce aux fins de comparaisons internationales est le taux brut par 1 000 ou 100 000 habitants. En 2002, le taux au Canada était de 2,2 par 1 000 habitants (Voir Tableau 2). Cette méthode de calcul nous permet d'affirmer qu'il y a un nombre plus élevé ou plus faible de divorces dans une année donnée par 1 000 ou 100 000 habitants. Le fait de maintenir un point de repère constant nous permet de suivre les fluctuations des taux annuels. Mais ce mode d'évaluation comporte deux problèmes majeurs.

    Premièrement, ce mode de calcul a l'inconvénient d'être sensible à la répartition de la population selon l'âge. Par exemple, au moment où les personnes âgées deviennent proportionnellement plus nombreuses, le nombre de divorces diminue, réduisant ainsi le taux de divorce même si les plus jeunes peuvent encore divorcer à un rythme élevé. Ensuite, il faut se rappeler que lorsque nous calculons le taux de divorce par 100 000 habitants, les enfants ainsi que les personnes seules et les célibataires sont inclus. Toutes ces personnes contribuent à réduire le taux de divorce... parce qu'elles ne peuvent pas divorcer : elles ne sont même pas mariées!

  2. Une méthode plus réaliste consiste à mettre l'accent sur les personnes admissibles au divorce, à savoir les couples mariés, ce qui nous donne un taux de divorce par 1 000 ou 100 000 habitants. Cependant, cela comprend encore les personnes dans un second mariage ou un mariage subséquent et ne constitue pas alors une méthode parfaite pour examiner les taux de divorce des premiers mariages. Cette approche révèle ce qui suit :
  3. en 1981, on comptait 1 180 divorces par 100 000 couples mariés, soit un taux de 1,2 %;
    en 1987, on dénombrait 1 585 divorces par 100 000 couples mariés, soit un taux de 1,6 %;
    en 1995, on dénombrait 1 222 divorces par 100 000 couples mariés, représentant encore une fois un taux de 1,2 %.

    En d'autres termes, en 1981 et 1995, le risque de divorcer dans toute année donnée pour un couple marié était de 1,2 % par rapport à 1,6 % en 1987, année de pointe. Bien entendu, le risque à vie de divorcer pour un couple est plus élevé que le taux annuel de 1,2 %; tel qu'indiqué plus tôt, la prévision globale se situe à 38 % si les taux actuels se maintiennent.

  4. Le Tableau 1 illustre la façon la plus pointue de mesurer le divorce. Elle consiste à examiner les couples mariés qui se sont mariés il y a 30 ans pour voir qu'elle proportion d'entre eux ont divorcé depuis. Cette méthode fournit l'approximation la plus proche d'un taux de divorce à vie parce que, après 30 ans de mariage, il y a très peu de divorces. Toutefois, cette méthode n'est pas pratique pour la production de statistiques annuelles dans le monde, car elle exige des calculs plus complexes. Par conséquent, elle est très peu utilisée.
TABLEAU 1
Taux de divorce totaux,
par 100 mariages, jusqu'au 30e anniversaire de mariage, depuis 1998,
selon la province ou le territoire
 199819992000200120022003
Canada 36,1 37,3 37,7 37,9 37,6 38,3
Terre-Neuve & Labrador 23.2 22,5 22,9 19,6 21,8 17,1
Île-du-Prince-Édouard 26,4 28,0 26,9 22,9 25,2 27,3
Nouvelle-Écosse28,2 28,2 30,4 28,9 30,4 28,9
Nouveau-Brunswick 26,9 30,4 31,9 29,1 27,2 27,6
Québec 45,2 46,5 47,4 48,3 47.6 49.7
Ontario 33,0 34,4 34,6 35,3 34,9 37,0
Manitoba 30,1 31,9 34,6 31,1 30,3 30,2
Saskatchewan 31,5 31,7 31,4 28,4 28,7 29,0
Alberta 39,0 40,4 41,5 41,9 41,9 40,0
Colombie-Britannique40,0 40,3 40,6 41,0 41,0 39,8
Yukon 55,2 51,8 33,6 44,1 43,4 40,0
T.N-O. & Nunavut 37,5 34,0 40,7 37,1 31,2 27,0
Source : Ambert, 2005, données de Statistique Canada, 2005 et avant

Alors pourquoi le malentendu?

On fait croire aux gens qu'un mariage sur deux se solde par un divorce parce qu'on utilise trop souvent une méthode de calcul simpliste. Le nombre de divorces dans une année est calculé selon le nombre de mariages célébrés pendant la même année. Si le nombre de mariages diminue, comme c'est le cas par rapport au passé, il est logique que, même si le nombre de divorces demeure le même, la proportion de divorces augmentera. Comme vous pouvez le constater, il s'agit d'une façon très trompeuse de calculer le divorce.

Une approche toute aussi trompeuse consiste à comparer le taux de divorce d'une année donnée au taux de nuptialité de la même année, ce qui donnait par exemple 2,7 divorces par 1 000 habitants et 5,4 mariages par 1 000 habitants en 1994. Ainsi, le taux de divorce (qui devient un ratio) est 50 % de celui des mariages. En outre, comme ce taux de 50 % est calculé sur la base des mariages et des divorces au cours d'une année, il a été quelquefois utilisé à tort pour prédire que « 50 % des personnes qui se sont mariées au cours d'une année donnée finiraient par divorcer ». Il faut se rappeler que les divorces enregistrés au cours d'une année ne sont pas ceux de couples mariés pendant cette même année! En fait, nous ne pouvons savoir quelle proportion des mariages se termine par un divorce qu'après le décès de l'un des époux.

Malheureusement, les deux méthodes ci-dessus sont utilisées pour calculer les divorces dans plusieurs pays, par des chercheurs dans ces pays et elles apparaissent même dans quelques manuels aux Canada et aux États-Unis. Par conséquent, nous devons examiner de façon critique les statistiques qui nous sont fournies.

L'histoire en finit-elle là?

Non. Plusieurs points méritent d'être soulignés.
  1. Les prévisions ne sont que des prévisions. Elles sont fondées sur des tendances annuelles. Malheureusement, le mot « annuel » est souvent oublié pendant les discussions animées! Les prévisions doivent donc être constamment adaptées aux nouvelles réalités.
  2. Comme je l'ai déjà souligné, certains des divorces qui surviennent chaque année sont en fait un deuxième ou troisième divorce pour certaines personnes. Ces redivorces augmentent le nombre total de divorces et gonflent artificiellement les proportions de personnes qui divorcent au cours de leur vie parce que certaines d'entre elles contribuent plus que leur juste part au taux de divorce.
  3. Ainsi, les jeunes gens qui se marient pour la première fois sont préoccupés par ces prévisions alarmantes. N'oubliez pas que le taux de divorce pour les premiers mariages est plus faible — se situant probablement à près de 30 %. En d'autres termes, les premiers mariages ont 70 % de chance de durer et même de prospérer! Et, comme nous le verrons plus loin, le risque de divorcer est plus faible chez certains couples.
  4. La cohabitation est en hausse et elle est plus courante que le mariage au Québec comme première union et après un divorce. En bout de ligne, quand une union libre se termine, la dissolution ne paraît pas dans les statistiques de divorce. D'une certaine manière, il est dit que les unions libres qui se brisent constituent des divorces cachés et que les taux de divorce ne donnent pas en fait un portrait exact des taux de dissolution conjugale (l'ensemble des cohabitations et des mariages rompus). Cependant, inclure toutes les formes de cohabitations sous la rubrique des relations conjugales pourrait s'avérer trompeur et il en serait de même d'assimiler les ruptures de ce type de relations au divorce. En effet, beaucoup de cohabitations ne durent que quelques mois tout au plus et constituent la « glorification » d'une simple période de fréquentation. Il serait plus approprié d'inclure les cohabitations ayant duré au moins deux ans. Ce sujet exige une réflexion et une recherche plus approfondies.
  5. Finalement, il y a un nombre inconnu de couples qui se séparent, mais ne divorcent jamais. Ce genre de dissolution conjugale peut être aussi réelle qu'un divorce, mais elle n'apparaît pas non plus dans les statistiques.

Lorsqu'on tient compte des points 4 et 5, il est vrai qu'au moins une union sur deux finit par se dissoudre. En outre, le pourcentage pourrait augmenter si les jeunes gens ou les cohortes plus jeunes continuent de choisir la cohabitation comme première union. Mais les unions libres n'équivalent pas nécessairement au mariage.

Les taux de divorce sont-ils en hausse ou en baisse?

Les taux de divorce ont baissé substantiellement pendant les années 1990. Dans le Tableau 2, Statistique Canada nous fournit les taux de divorce bruts ci-après à travers les ans :
TABLEAU 2
Années# de divorcesTaux par
100 000
hab.
19215586,4
19412 46221,4
19616 56336,0
1968*11 34354,8
196926 093124,2
198167 671271,8
1985**61 980253,6
198678 304298,8
1987***96 200362,3
199080 998295,8
199478 880269,7
199577 636262,2
199767 408224,8
200070 292228,4
200270 155223,0
200370 828224,0
* Réforme de la législation sur le divorce
** Loi sur le divorce ( « sans notion de faute » )
*** Année de pointe

Il n'y a aucun doute que le nombre de divorces a considérablement augmenté au Canada depuis 1968, année d'entrée en vigueur de la législation sur le divorce. On a enregistré cinq fois plus de divorces de 1968 à 1995. Les taux de divorce ont atteint un sommet en 1987 au Canada et en 1981 aux États-Unis, mais sont depuis revenus à des taux plus faibles. Toutefois, le Tableau 2 indique aussi une légère tendance haussière depuis 2000, tandis que le Tableau 1 révèle de grandes disparités provinciales : le Québec affiche toujours les taux les plus élevés, tandis que les provinces Maritimes, la Saskatchewan et l'Alberta ont les plus faibles. À l'avenir, la hausse ou la baisse des taux dépendra en grande partie des facteurs démographiques (par exemple l'âge), du style de vie et des valeurs personnelles.

Par exemple, comme un nombre grandissant de jeunes couples choisissent de cohabiter avant le mariage et que les « enfants du divorce », plus susceptibles de divorcer, se marient, il y a des chances que les taux de divorce continuent d'augmenter — comme ce fut particulièrement le cas au Québec. De même, si le nombre de femmes ayant des enfants seules connaissait une hausse spectaculaire, les taux de divorce diminueraient, puisque ces mères ont beaucoup moins de chances de se marier un jour. Par ailleurs, les cohortes de leurs enfants, s'ils se mariaient, auraient des taux de divorce plus élevés (Teachman, 2002). Enfin, si la proportion des adultes de 25 à 45 ans décline, les taux de divorce baisseront parce que ce groupe d'âge est le plus susceptible de divorcer. Comme vous pouvez le constater, les prévisions reposent sur beaucoup de « si ».

Comment les taux canadiens se comparent-ils à ceux des autres pays?

Dans le Tableau 3, les statistiques des Nations Unies (2005) donnent les taux de divorce suivants par millier d'habitants dans certains pays occidentaux en 2002.

TABLEAU 3
PaysTaux par
1 000 hab.
Fédération de Russie5,30
É.-U.-A. 4,30
Cuba 3,16
R.-U. 3,1*
France 2,7*
Allemagne 2,40
Suède 2,39
Japon 2,27
Canada 2,23
Portugal 1,83
Israël1,67
Italie0,69
Mexique0,56
* 1996

Les États-Unis ont en fait le taux de divorce le plus élevé du monde occidental, suivis du R.-U. et de Cuba. Les taux en Russie sont encore plus élevés (5,30) et probablement sous-estimés. Par conséquent, même si notre taux est modeste par rapport à celui des États-Unis et de la Russie, il demeure néanmoins plutôt élevé. (Il faut aussi noter que le taux aux États-Unis comprend une plus grande proportion de personnes ayant divorcé plusieurs fois que ce n'est le cas au Canada. Ainsi, le risque pour qu'un premier mariage se solde par un divorce aux États-Unis est plus faible que leur taux global élevé.)

Combien de personnes divorcent-elles plusieurs fois?

On ne dispose pas d'information sur cette question en ce moment au Canada, mais Statistique Canada estime que bien au-delà de 16 % des divorces sont des « redivorces » pour l'un des conjoints. Aux États-Unis, le tiers des divorces qui surviennent chaque année sont des « redivorces » pour au moins l'un des conjoints. Par exemple, en 1990, 18 % des femmes âgées de 25 à 29 ans divorçaient après un remariage à l'instar de 31 % des femmes âgées de 40 à 44 ans (Bureau du recensement des États-Unis, 1997). Aussi bien au Canada qu'aux États-Unis, les personnes qui divorcent à plusieurs reprises semblent différer sur certains points de celles qui n'ont que divorcé qu'une fois (Ambert, 2005; 394; Booth, 1999). Certaines d'entre elles ont davantage de problèmes personnels tandis que d'autres sont moins engagées envers le mariage.

Au Canada, il n'y a pas d'estimations concernant le nombre d'enfants qui vivent des divorces parentaux multiples. Aux États-Unis, 15 % de tous les enfants verront le parent ayant leur garde divorcer plus d'une fois avant leur 18e anniversaire; et près de 50 % des enfants de familles divorcées voient leurs parents divorcer de nouveau. La recherche indique qu'il y a une corrélation entre ces transitions familiales multiples et la diminution du bien-être des enfants (Amato et Sobolewski, 2001).

Après combien d'années un couple divorce-t-il?

En 2003, la durée moyenne des mariages s'étant soldés par un divorce était de 14,2 ans, soit 1,4 ans de plus qu'il y a dix ans (Statistique Canada, 2004). Patricia Tully, analyste principale auprès de Statistique Canada, m'a aussi fourni une ventilation provinciale indiquant une durée moyenne de 16,2 ans au Nouveau-Brunswick, 15,9 ans au Québec, 15,1 ans en Nouvelle-Écosse, 14,2 ans au Manitoba, 14 ans en Saskatchewan, 13,5 ans, 13,4 ans et 13,3 ans respectivement en Ontario, Alberta et Colombie-Britannique en 2002. Aux États-Unis, la durée moyenne des premiers mariages était de 11 ans et de 7,2 ans pour l'ensemble des mariages — les remariages se terminant par un divorce durent moins longtemps que les premiers mariages. Selon Statistique Canada, le taux le plus élevé de divorce par 1 000 habitants intervient après le quatrième anniversaire, 26,2 mariages sur 1 000 se soldant par un divorce (Statistique Canada, 2005). Après cela, le taux diminue pour chaque année de mariage subséquente.

À quel âge divorce-t-on?

En 2002, l'âge moyen au moment du divorce était de 43 ans pour les hommes et de 40,5 ans pour les femmes. Cependant, les personnes à la fin de la vingtaine et dans la jeune trentaine sont les plus susceptibles de divorcer. Par exemple, en 1992, le taux de divorce global par 1 000 femmes mariées était de 2,2, alors qu'il s'établissait à 1,1 pour les femmes âgées de 45 à 49 ans et à 0,65 pour les femmes de 75 à 87 ans (par rapport à 0,85 parmi les hommes plus âgés). Il faut faire preuve de circonspection dans l'analyse des statistiques de divorce selon l'âge, car parmi les personnes âgées, un divorce entre 65 et 87 ans peut être le premier après un long mariage ou encore un deuxième ou un énième. Chez les hommes âgés de 65 à 87 ans qui ont divorcé en 1990-1992, la durée moyenne du premier mariage se situait à 37,8 ans, tandis que le deuxième ou les divorces subséquents étaient survenus après 14 ans de mariage en moyenne (Gentleman et Park, 1997). Plus souvent les gens divorcent et se remarient, plus court est le mariage subséquent (Ambert, 1989). Mais, en général, les gens divorcent à un âge plus avancé parce qu'ils convolent en premières noces à un âge plus avancé. L'âge au moment du mariage est retardé en raison de la proportion accrue de jeunes qui poursuivent leur scolarité, de la plus longue période nécessaire pour atteindre l'autonomie financière et de la cohabitation.

Combien d'enfants sont impliqués dans les causes de divorce?

Le nombre d'enfants à charge touchés par un divorce parental s'élevait à 36 252 en 1998 — le nombre total de divorces se chiffrait à 69 088 comparativement à un million aux États-Unis. Un grand nombre de couples qui divorcent n'ont pas d'enfant ou en ont moins que les couples du même âge qui restent mariés, surtout parce qu'une bonne partie de ces couples divorcent après quelques années de mariage. Les couples avec enfants n'en ont pas autant que d'autres couples de leur âge qui restent mariés. Nous ne savons pas si la raison en est que les couples ayant un mariage stable sont plus susceptibles d'ajouter un deuxième ou un troisième enfant à leur famille ou si un plus grand nombre d'enfants freine le divorce, à tout le moins quand les enfants sont jeunes.

Qu'en est-il des prévisions voulant que 50 % des enfants verront leurs parents divorcer?

Pas très réaliste! Si nous considérons qu'environ 38 % seulement de tous les mariages peuvent se solder par un divorce et, comme nous l'avons vu plus tôt, une proportion de ces mariages, peut-être 50 %, ne compte pas d'enfant à charge, alors cette prévision est beaucoup trop élevée. Cependant, certains couples divorcent quand leurs enfants sont adultes. En outre, un grand nombre d'enfants qui vivent dans des familles en union libre vivent aussi l'échec de cette union. Céline Le Bourdais et ses collègues (2004) ont découvert que les enfants du Québec dont les parents vivent en union libre sont trois fois plus susceptibles de vivre une séparation parentale que les enfants de familles mariées; le risque pour le reste des enfants canadiens étaient près de 5 fois plus élevé que pour les enfants avec des parents mariés. Pour ces enfants, les résultats sont identiques, même s'ils ne sont pas inclus dans les statistiques sur le divorce.

Qui obtient la garde des enfants?

En 2002 au Canada, les expressions « garde » et « droit de visite » ont été remplacées par « responsabilités parentales » et « temps parental » — même si l'expression « garde » demeure largement utilisée. Au Canada comme aux États-Unis, ce sont surtout les mamans qui ont la garde physique des enfants. Seulement 10 à 12 % des enfants vivent avec leur père et cette situation n'a pas beaucoup changé au fil des années. Cependant, la responsabilité partagée est devenue plus courante et s'applique à environ 42 % des ententes de garde au Canada : cela signifie que, sur le plan légal, les deux parents jouissent de droits égaux en ce qui concerne la prise de décisions et le temps passé avec les enfants. Même dans ces cas, la plupart des enfants vivent avec leur mère. Les mères préfèrent avoir la garde unique et entière, mais sont favorables à la responsabilité partagée lorsqu'elles estiment que leur ex-époux est un bon père et que les relations post-maritales ne sont pas conflictuelles (Wilcox et al., 1998). Cependant, en février 2005, la Cour d'appel de l'Ontario a statué que la garde partagée ne doit pas être accordée en l'absence de collaboration entre les parents, car le conflit parental porte préjudice aux enfants.

Les pères ayant la garde ont plus tendance à se remarier ou à vivre avec une autre personne adulte que les mères ayant la garde. Leurs enfants sont généralement plus âgés, peut-être parce que les enfants plus jeunes nécessitent trop de travail. Pour les hommes, vivre avec leurs enfants consolide la relation père-enfant et améliore la santé mentale du père (Arendell, 1995). Ils sont moins sujets aux sentiments de manque de contrôle sur leur situation paternelle, contrairement à de nombreux pères n'ayant pas la garde physique. Par contre, les pères ayant la garde trouvent leur rôle contraignant : ils ont moins de liberté et plus de responsabilités en plus d'être moins heureux que les pères visiteurs (Shapiro and Lambert, 1999).

La garde par la mère ou par le père donne des résultats quelque peu différents mais équivalents. En général, ni l'une ni l'autre ne donne d'aussi bons résultats pour l'enfant qu'une famille biparentale stable (Powell et Downey, 1997).

Le remariage est-il courant?

Le remariage est moins courant qu'avant en raison de la tendance à cohabiter après le divorce. Hormis le Québec, environ 70 % des hommes et 58 % des femmes divorcés se remarient. En outre, le remariage est plus courant parmi les immigrants que les personnes nées au Canada. Au Québec, le remariage est devenu un phénomène marginal à cause de la préférence pour la cohabitation.

Combien de familles avec enfants font partie de belles-familles?

Environ 10 % de tous les enfants canadiens de moins de 12 ans vivent dans une famille recomposée. Au Canada, l'expression « famille recomposée » inclus les unions maritales et libres, tandis qu'aux É.-U. elle réfère seulement aux familles remariées. En 2001, 12 % des familles composées d'un couple avec enfants étaient des familles recomposées (soit 503 100). La moitié de ces dernières comprenait l'enfant ou les enfants de la mère issu(s) d'une union précédente; 10 % comprenaient exclusivement les enfants du père; 8 % comprenaient les enfants issus des unions précédentes des deux conjoints; et 32 % comprenaient un enfant né de l'union en plus des enfants issus d'unions précédentes (Turcotte, 2002).

Au Canada, la moitié des familles recomposées sont des remariages. Au Québec, près de 75 % de toutes les familles recomposées sont des unions libres par rapport à moins de 45 % en Ontario, dans les Prairies et en C.-B.

Le remariage est-il aussi stable?

Non. Les remariages sont aussi heureux que les premiers mariages, mais en tenant compte du nombre d'années de mariage, on constate que les remariages après un divorce ont un taux plus élevé de dissolution, probablement 10 % de plus. (Glossop, 2002). Cependant, les remariages qui durent tiennent plus longtemps que les premiers mariages.

Pourquoi les remariages sont-ils moins stables? Premièrement, les remariages sont le fait de personnes ayant déjà eu l'expérience du divorce et qui sont donc plus disposées à considérer le divorce comme solution et encore plus enclines à y recourir une seconde fois. Deuxièmement, les conjoints remariés pourraient être moins enclins à faire des compromis et seraient plus rapidement gagnés par le désenchantement. Troisièmement, la structure même du remariage est plus complexe lorsqu'on y amène des enfants et des ex-conjoints et des ex-beaux-parents. Quatrièmement, moins de normes forment la base de ses relations, ce qui rend plus difficile aux conjoints de se sentir à l'aise dans leurs rôles respectifs. Les remariages sans enfants issus d'unions antérieures ou avec enfants issus de leur union connaissent un taux de divorce équivalent à celui des premiers mariages. (Glossop, 2002).

Les cohabitations sont-elles aussi stables que les mariages?

Nous avons déjà commencé à étudier la question plus haut concernant les enfants dont les parents cohabitent et nous constatons que les cohabitations ne sont manifestement pas aussi stables. C'est d'ailleurs le cas dans la plupart des pays du monde (Adams et Torst, 2005). De plus, les cohabitations ont tendance à se dissoudre plus rapidement que les mariages. Plus de 50 % de toutes ces unions se dissolvent dans les cinq premières années (Milan, 2000) Les raisons en sont détaillées plus loin.

Cependant, les cohabitations sont quelque peu plus stables au Québec que dans le reste du Canada. Par exemple, en regard des informations de 2001, Turcotte (2002) a estimé que 55 % des Québécoises âgées de 30 à 39 ans ayant choisi la cohabitation comme première forme d'union vont connaître la séparation par rapport à 66 % parmi leurs congénères des autres provinces.

CAUSES ET CONSÉQUENCES DU DIVORCE

Quelles sont les causes du divorce?

Facteurs culturels

Des facteurs multiples et interreliés ont contribué à la hausse rapide des divorces au Canada et dans d'autres pays occidentaux pendant la seconde moitié du 20e siècle. Ce sont ces facteurs qui ont contribué au maintien des taux élevés de divorce au 21e siècle.

  1. Les taux de divorce montaient déjà progressivement au 19e siècle à cause des tendances à la sécularisation, à la libéralisation des normes en matière de choix individuels et à la diminution de l'influence religieuse. L'aspect religieux est maintenant largement absent de l'institution du mariage : on qualifie souvent ce phénomène de désacralisation du mariage. En effet, le mariage est devenu un choix individuel plutôt qu'un engagement devant Dieu et ce changement a contribué à l'acceptation de sa nature temporelle (Cherlin, 2004).
  2. Ces tendances socioculturelles ont influé plus tard sur la libéralisation des lois sur le divorce. Par ailleurs, des lois plus libérales sur le divorce, comme celles promulguées en 1968 et 1985, sont habituellement suivies d'une hausse des divorces. Ces lois signalent donc la normalisation du divorce. En conséquence, le divorce a perdu son stigmate pour devenir socialement acceptable. Ces facteurs culturels et légaux ont permis aux gens de moins s'attacher au mariage en tant qu'institution et donc de recourir au divorce.
  3. Les tendances à l'individualisme commencées il y a deux siècles ont résulté en une mise en évidence des droits plutôt que des devoirs. Lorsque l'individualisme est couplé à une idéologie de gratification, en particulier sexuelle et psychologique, où on encourage les gens à être « heureux » et « comblés », la mentalité des conjoints à l'égard de leur mariage s'en trouve affectée (Glenn, 1996). Le mariage n'est plus une institution axée sur des responsabilités mutuelles, mais se fonde maintenant sur la recherche du bonheur, de la satisfaction optimale et de la camaraderie. On est plus exigeant à l'égard du mariage en ce qui concerne la satisfaction personnelle. Comme Simons et al. (1996 : 219) l'affirment : « Si raison d'être du mariage est l'amour et le soutien mutuels, il est difficile pour les gens de justifier de rester dans une relation où il n'y en a plus ».
  4. Outre les tendances susmentionnées, les Canadiens et les Américains ont abaissé leur seuil de tolérance quand leur mariage ne répond pas à leurs attentes en matière de satisfaction personnelle (Amato, 1999). Somme toute, au moment où on s'attend à plus du mariage, les couples sont aussi moins tolérants au sujet de ses défis et moins enclins à faire les sacrifices nécessaires. Au niveau positif cependant, cela signifie aussi que les femmes quittent aujourd'hui les relations abusives dans lesquelles elles auraient été forcées de rester il y a 40 ans.

Facteurs démographiques

  1. Les mariages entre jeunes sont un facteur de risque en matière de divorce : les jeunes pourraient être en moins bonne position de se marier pour la bonne raison. En outre, ils ne sont pas aussi matures que les personnes plus âgées pour faire face au conflit et leur personnalité est encore changeante. Les très jeunes personnes ont aussi un revenu faible (Amato et Previti 2004).
  2. Les faibles revenus et la pauvreté sont des facteurs de risque pour le divorce comme l'est une rapide mobilité sociale ascendante où la richesse et le statut constituent un élément moteur. Il pourrait en être ainsi parce que la recherche du matérialisme accapare du temps aux relations ou reflète des valeurs incompatibles avec une vie conjugale saine.
  3. À première vue, cela peut paraître contre-intuitif, mais la cohabitation avant le mariage est un puissant facteur de risque associé au divorce (Wu et Blakrishman, 1995; Marcil-Gratton et al., 2003). Marcil-Gratton et al., 2003). Le Bourdais et al. (2000) ont constaté dans l'Enquête sociale générale que dans le groupe des 20 à 30 ans, 63 % des femmes ayant tout d'abord vécu en union libre s'étaient séparées avant 1995 par rapport à 33 % pour celles qui s'étaient tout d'abord mariées. Naturellement, la première statistique comprend les femmes ayant cohabité puis s'étant séparées avant de marier leur partenaire ainsi que d'autres qui l'avaient marié puis s'en étaient séparées. Cependant, les couples en union libre ayant eu des enfants sont plus stables que les autres couples qui cohabitent (Wu, 1995). Mais comment nous l'avons démontré plus tôt, leur risque de divorcer est toujours beaucoup plus élevé que celui des couples mariés avec enfants. Bref, les unions libres ont des taux de séparation élevés et, lorsque ces unions sont suivies d'un mariage (avec le même conjoint ou une autre personne), elles deviennent un facteur de risque pour le divorce — quoique ce scénario est beaucoup moins vrai pour les couples qui se sont fiancés avant de décider de cohabiter.
  4. Comment se fait-il que la cohabitation avant le mariage n'empêche pas le divorce?

    Tout d'abord, la cohabitation représente pour de nombreux couples, notamment les hommes, un engagement moins sérieux que le mariage (Clarkberg et al., 1996). En fait, certaines personnes choisissent la cohabitation parce qu'elle exige, selon eux, moins de fidélité sexuelle que le mariage. Par conséquent, on ne peut pas dire que la cohabitation constitue nécessairement un « mariage à l'essai » parce que le niveau d'engagement pourrait ne pas être comparable. Cependant, un grand nombre de ces couples moins engagés passent à l'étape suivante, le mariage.

    À ce sujet, il y a des données voulant que l'expérience d'une cohabitation moins sûre, engagée voire fidèle, façonne le comportement conjugal subséquent (Dush et al., 2003). Ces couples continuent de vivre leur mariage selon une perspective d'insécurité, d'un faible niveau d'engagement et même d'un manque de fidélité, comme dans leur cohabitation précédente. D'autres apprennent simplement à accepter la nature temporaire des relations (Smock et Gupta, 2002). Il en résulte un mariage à risque (Wu, 2000).

    Deuxièmement, Cohan et Keinbaum (2002) rapportent que, pendant les deux premières années de leur mariage, les couples ayant vécu en union libre avaient des comportement moins positifs à l'égard de la résolution des problèmes et étaient moins solidaires l'un envers l'autre en moyenne par rapport à ceux n'ayant pas cohabité.

    Troisièmement, McLaughlin et al (1992) ont constaté que les taux de violence préconjugale étaient nettement plus élevés chez les couples nouvellement mariés qui avaient d'abord cohabité que chez ceux n'ayant pas vécu ensemble; la violence préconjugale était suivie à son tour de plus de violence conjugale que s'il n'y en avait pas eu avant et nous savons que la violence familiale est reliée au divorce. Pour compléter ce survol, Magdol et al. (1998) ont rapporté que dans le groupe des 21 ans, les personnes vivant en union libre sont beaucoup plus susceptibles d'avoir un comportement violent que celles qui se fréquentent sans vivre ensemble

    Enfin, plusieurs chercheurs constatent que les couples qui cohabitent sont moins religieux que ceux qui se marient sans avoir cohabité. Plusieurs études révèlent une corrélation entre l'attachement à la religion, le bonheur conjugal et la stabilité (Call et Heaton, 1997). Si des couples qui sont à la fois moins religieux et engagés l'un envers l'autre et envers l'institution du mariage cohabitent et se marient par la suite, il n'est pas surprenant qu'ils aient un taux de divorce plus élevé — il s'agit d'un phénomène particulièrement pertinent au Québec où la religiosité est très faible en termes de participation à la messe et où la cohabitation est généralement choisie comme première forme d'union.

  5. Un autre facteur démographique lié au divorce concerne le phénomène des mères seules, peut être en grande partie parce que les mères qui font des enfants sans avoir un conjoint sont plus susceptibles de cohabiter avant de se marier — si jamais elles se marient. En outre, les familles où réside un beau-père sont moins stables que les familles où résident une belle-mère (Marcil-Gratton et al., 2003).
  6. Les remariages comportent un facteur de risque pour le divorce qui est devenu plus courant — causé en grande partie par les complexités de la famille recomposée (Ambert, 2005). Par exemple, en 2000, 33 % de tous les mariages étaient composés d'un ou deux partenaires ayant déjà divorcé et, parmi ces derniers, plus du tiers comprenaient deux personnes ayant déjà divorcés (Statistique Canada, 2003).
  7. Les hommes sont plus susceptibles de divorcer quand il y a une forte proportion de femmes célibataires avec eux dans la population active; l'inverse est aussi vrai pour les femmes qui travaillent dans un secteur à prédominance masculine (South et al., 2001). Ces conditions augmentent les chances des personnes mariées, en particulier les hommes, de rencontrer une personne plus attrayante que leur conjointe ou conjoint actuel.
  8. Il existe une corrélation entre le divorce parental et des taux de divorce plus élevés parmi leurs enfants plus tard, en particulier lorsque le mariage parental a connu eu un faible niveau de conflit — ces parents sont moins engagés envers le mariage et pourraient transmettre cette valeur à leur progéniture (Amato et DeBoer, 2001).
  9. La faible religiosité est reliée à un faible bonheur conjugal et à une plus forte propension au divorce (Clark, 1998; Treas et Giesen, 2000). En outre, les mariages interreligieux, et jusqu'à un certain point interraciaux, sont des facteurs de risque d'instabilité conjugale, peut-être à cause de l'absence de valeurs communes (Heaton, 2002).

Les raisons invoquées pour le divorce, comme l'alcoolisme, la violence familiale, l'adultère, « l'incompatibilité », « nous ne nous aimions plus » et « problème d'argent » sont en fait dues aux facteurs socioculturels et démographiques susmentionnés. Par exemple, si on ne mettait pas l'accent sur l'individualisme et la satisfaction, les gens ne divorceraient pas parce qu'ils « ne s'aiment plus » ou parce qu' « ils ne s'entendent plus ». Dans les pays où le mariage est fortement institutionnalisé dans un contexte de solidarité familiale, ces raisons seraient considérées frivoles. Dans une société où le divorce est plus difficile à obtenir et moins acceptable, seulement des raisons « sérieuses » comme les mauvais traitements et l'abandon sont tolérées. En conséquence, avant que les gens ne décident de divorcer pour des motifs particuliers, il doit y avoir un climat social et culturel favorisant une structure légitime pour les raisons invoquées. De plus, les raisons personnelles à l'appui d'un divorce, comme les querelles, l'alcoolisme et la violence, tendent à être mentionnées plus souvent par les couples ayant certaines des caractéristiques démographiques susmentionnées comme le mariage précoce, la cohabitation avant le mariage et la pauvreté. Ainsi, les facteurs démographiques et culturels liés au divorce « poussent » les gens hors du mariage et au divorce pour des raisons personnelles.

Conséquences du divorce

Dans cette section, je vous présenterai les deux conséquences les plus éloquentes du divorce : la pauvreté et un risque accru d'apparition de problèmes chez les enfants qui sont impliqués. Ces conséquences s'appliquent au Canada, aux États-Unis et à de nombreux autres pays.

Le divorce, source de pauvreté

Il y a une corrélation directe entre divorce et pauvreté pour un grand pourcentage de femmes et de leurs enfants, bien qu'une proportion considérable de divorces résultent de difficultés économiques (Smock et al., 1997). En cas de séparation, l'unité que constitue la mère et l'enfant s'appauvrit davantage (Statistique Canada, 1999). Toutes les études menées par Galarneau et Sturrock (1997), Finnie (1993) et Bianchi et al. (1999) indiquent que dans la première année après le divorce, en tenant compte de la taille de la famille, le revenu des femmes chute de 20 à 40 % environ tandis que celui des hommes diminue beaucoup moins. Même trois ans après le divorce, le revenu des femmes demeure bien en deçà de ce qu'il était pendant le mariage et beaucoup plus faible que le revenu actuel de leur ex-époux.

Comparativement aux ex-épouses, les ex-époux sont moins susceptibles d'être pauvres parce que leurs revenus sont généralement plus élevés, ils n'ont pas la charge totale de leurs enfants avec toutes les dépenses inhérentes, et la pension alimentaire qu'ils doivent verser n'est pas généralement exorbitante. Il convient d'ajouter que dans une décennie où la plupart des familles possèdent deux soutiens de famille, les hommes perdent beaucoup plus au niveau économique au moment d'un divorce que par le passé, en particulier ceux qui sont mariés à des femmes gagnant un salaire élevé. À mesure que les ordonnances de paiement de pensions alimentaires sont mieux exécutées, ces facteurs contribueront à la longue à dissuader beaucoup d'hommes à risquer l'éclatement de leur mariage.

Une autre façon de considérer la question est d'examiner les familles monoparentales dirigées par une femme. En 2002, selon l'Institut Vanier de la famille (2004), 35 % de ces dernières vivaient dans la pauvreté tandis que de nombreuses autres se trouvaient tout juste un coche au-dessus de ce seuil précaire. Il convient aussi de souligner que plus les enfants sont jeunes au moment du divorce de leurs parents ou de la dissolution d'une union libre, plus ils sont susceptibles d'être pauvres. Cette situation est due au fait qu'ils ont des parents plus jeunes qui gagnent moins. En moyenne, le revenu des parents seuls et pauvres est de 40 % inférieur au seuil de pauvreté — il s'agit-là d'une pauvreté extrême.

Le Canada et les États-Unis sont les deux pays occidentaux où les familles monoparentales se trouvent dans des situations où les taux de pauvreté sont très élevés et où il existe une différence considérable entre les revenus des familles monoparentales et biparentales.

Risque accru de problème chez les enfants

Bref, bien que la plupart des enfants n'éprouvent pas de problèmes développementaux, le divorce constitue certainement un facteur de risque élevé (Cherlin, 1999) et une source de stress (Emery, 1999). Le divorce est surtout une transition émotionnelle douloureuse et, comme le font remarquer Kelly et Emery (2003 : 359), il peut créer un sentiment persistant de tristesse, de nostalgie, d'anxiété et de regret qui côtoient un fonctionnement psychologique et social normal. Connidis (2003) remarque que les relations changent après le divorce et doivent être souvent renégociées au fil des années. On en ressent les conséquences sur plusieurs générations à l'intérieur de la famille.

Bien que les différences moyennes ne soient pas énormes, les enfants de parents divorcés (et même après leur remariage ou dans le cadre d'une nouvelle union libre) sont plus susceptibles que les enfants dont les parents sont restés ensemble (par ex. : Furstenberg et Kiernan, 2001; Le Blanc et al., 1995; Sun et Li, 2002) :

  • de souffrir de dépression, d'anxiété et d'autres problèmes affectifs;
  • de développer des problèmes de comportement, y compris l'hyperactivité, l'agressivité, l'hostilité et les bagarres;
  • de devenir de jeunes contrevenants;
  • de réussir moins bien à l'école et d'aller à l'école moins longtemps;
  • d'avoir plus de difficultés relationnelles en partie dues à leurs problèmes de comportement.

Enfin, quand ils sont plus vieux, les adultes dont les parents ont divorcé pendant leur enfance et leur adolescence, sont susceptibles par rapport aux adultes issus d'une famille biparentale intacte :

  • d'avoir un enfant hors mariage plus souvent, surtout pendant l'adolescence;
  • d'atteindre un niveau de scolarité moins élevé;
  • de se retrouver plus souvent au chômage et de réussir moins bien sur le plan financier;
  • d'éprouver des problèmes conjugaux et de divorcer plus souvent
  • d'avoir perdu contact avec leur père (Amato, 2003) et de rapporter avoir eu une enfance moins heureuse lorsque leurs parents se sont séparés (Williams, 2001). De plus, selon une étude réalisée par Boyd et Norris (1995), les enfants plus âgés de parents divorcés quittent la maison plus tôt que les autres. Ils partent de la maison en plus grand nombre encore quand le parent avec qui ils vivent se remarie et davantage quand les deux parents se remarient. (Nous n'avons aucune information sur les unions libres, mais les résultats sont probablement similaires) En outre, les études deviennent donc trop chères pour bon nombre de ces enfants. Il en résulte des compétences professionnelles plus faibles et un chômage accru. Frederick et Boyd (1998) ont démontré, en se servant de données de Statistique Canada, que de 80 à 84 % des femmes et des hommes âgés de 20 à 44 ans qui vivaient avec deux parents à l'âge de 15 ans ont terminé leurs études secondaires. Cette proportion se situe de 65 à 73 % pour les jeunes dont les parents avaient divorcé, y compris ceux dont les parents s'étaient remariés.

Plusieurs mises en garde quant à l'interprétation de l'information énoncée ci-dessus.

Premièrement, chez un nombre inconnu d'enfants, certaines des manifestations qui semblent être des effets négatifs du divorce existaient déjà avant la séparation des parents. En d'autres termes, un grand nombre d'enfants et d'adolescents ayant des troubles de comportement après le divorce éprouvaient les mêmes troubles avant, soit à cause de leur personnalité, de la pression par les pairs, de problèmes avec les parents, d'un conflit interparental ou d'un manque d'engagement des parents. Par conséquent, quand on étudie les enfants après un divorce, il importe de savoir comment ils étaient avant le divorce. Même là, les chercheurs qui utilisent la méthodologie longitudinale ont découvert que même en tenant compte des caractéristiques antérieures, il y a toujours des effets directement attribuables au divorce, et dont certains persistent au-delà de l'enfance (Cherlin et al., 1998).

Le second point important à retenir est que quelles que soient les statistiques consultées sur les effets négatifs dont sont victimes les enfants « du divorce », elles ne s'appliquent pas à la majorité d'entre eux. Elles indiquent seulement que les enfants de parents divorcés risquent davantage de développer des problèmes que ceux dont les parents demeurent ensemble. (Cherlin, 1999). Comme le souligne Pedro-Carroll (2001), il faut différencier entre détresse et trouble. La majorité des enfants du divorce connaissent un certain niveau de détresse qui dure souvent plus d'une décennie, mais la plupart d'entre eux fonctionnent bien, c'est-à-dire qu'ils ne connaissent pas de « troubles » (Laumann-Billings et Emory, 2000).

Quoiqu'il en soit, je ne veux pas me tromper dans l'autre sens et ignorer les effets négatifs du divorce. Ils sont réels et coûteux pour les enfants, les parents et les écoles de même que pour les systèmes de bien-être social et de soins de santé (pour un examen de la question, voir Ambert, 2005).

De plus, comme le suppose le concept détresse, les enfants souffrent beaucoup en général au moment de la séparation de leurs parents : ils s'ennuient de l'autre parent; quand ils sont jeunes, ils peuvent se sentir partiellement responsables du divorce; certains tentent désespérément de réconcilier leurs parents; ils sont tristes; certains pleurent beaucoup tandis que d'autres deviennent agressifs ou développent des problèmes de comportement temporaires.

Il y a six principales causes des effets négatifs dont souffrent les enfants après le divorce de leurs parents.

  1. Tel qu'on l'a vu, la pauvreté, ou même une réduction importante des ressources financières, résulte souvent du divorce et constitue une source fondamentale des problèmes des enfants. En fait, les répercussions négatives « typiques » pour les enfants du divorce ressemblent beaucoup à celles des enfants pauvres (pour un examen de la question, voir Ambert, 1998; Bouchard et al, 1991; Ross & al., 1995).

    En ce qui concerne le divorce, quand les enfants sont pauvres ou le deviennent, ils font face à un grand nombre de facteurs de stress dans leur vie. La raison en est que le divorce n'est pas un acte isolé, mais une série de transitions. Pour commencer, au moins 55 % des femmes canadiennes et leurs enfants déménagent après une séparation (Dandurand, 1994). Ils vivent alors ou doivent déménager dans un logement plus bondé ou délabré, plus bruyant et plus pollué. Ils peuvent être par conséquent moins en santé et plus stressés. Leur quartier risque d'être moins sécuritaire, comprendre plus d'enfants tout aussi pauvres qui réussissent moins bien à l'école et sont plus délinquants.

    Qui plus est, le parent ayant la garde — habituellement la mère — éprouve de la difficulté à joindre les deux bouts et peut travailler de longues heures. Quand elle revient à la maison, elle peut être fatiguée et a généralement moins de temps à consacrer à ses enfants. Résultat : les enfants de mères divorcées qui sont pauvres ou fragiles sur le plan financier (presque pauvres) peuvent recevoir moins d'attention, d'orientation, de supervision, d'encouragement et d'affection que les autres enfants. Ces mères pourraient ne pas être capables, pour diverses raisons, de surveiller leur progrès ou l'absence de progrès à l'école. Quand les enfants ne sont pas à l'école, ils peuvent se retrouver seuls à la maison ou avec des pairs, ils sont tous sans supervision ou encore dans les rues. Les enfants non supervisés sont beaucoup plus susceptibles que les autres de basculer dans la délinquance ou d'avoir des relations sexuelles précoces. Ainsi, si nous devions éliminer ou même réduire considérablement l'incidence et l'ampleur de la pauvreté chez l'enfant, les conséquences du divorce sur ces derniers seraient beaucoup moins négatives.

  2. Le paragraphe ci-dessus a déjà laissé entendre l'existence d'une deuxième cause des problèmes des enfants après le divorce : la diminution de l'exercice du rôle parental. Le divorce crée une série de facteurs de stress pour les parents, surtout chez les parents ayant la garde, et qui sont particulièrement difficiles à surmonter s'ils sont pauvres. Par ailleurs, comme nous l'avons constaté, ces stresseurs diminuent les compétences et le temps liés aux pratiques parentales, l'expression de l'affection et augmentent l'instabilité dans les pratiques parentales, la sévérité, voire la permissivité. Après le divorce, de nombreux parents connaissent une baisse spectaculaire de leur capacité à s'occuper de leurs enfants, à leur assurer une routine régulière ainsi qu'à les protéger des facteurs de stress et des dangers. Confrontés à leurs propres problèmes, beaucoup de parents divorcés deviennent trop souvent les copains de leurs enfants et renoncent à leurs responsabilités parentales. Ces adolescents manquent de direction et de l'influence de pratiques parentales fermes. Amato et Gilbreth (1999) estime que les enfants du divorce s'en tirent mieux quand le père qui n'a pas la garde est plus qu'un « papa du dimanche » et se comporte comme un parent — c'est-à-dire quand il fournit un soutien émotionnel et pratique, a des exigences au niveau du comportement, impose des limites et applique une discipline cohérente.
  3. Un grand nombre de parents divorcés, supportent un si grand fardeau émotif qu'ils deviennent, du moins temporairement, déprimés tandis que d'autres entreprennent une recherche désespérée pour un nouveau compagnon ou une nouvelle compagne. Ceci les rend beaucoup moins disponibles pour leurs enfants et pour répondre à leurs besoins. Tous ces facteurs apportent de l'instabilité et de l'insécurité à la vie familiale et, par ricochet, nuisent aux enfants sur le plan émotif. Carlson et Corcoran (2001) ont constaté qu'un revenu familial convenable, une mère bien équilibrée sur le plan psychologique et un bon environnement à la maison, y compris des pratiques parentales adéquates, réduisent ou éliminent les conséquences négatives potentielles de la structure familiale.
  4. Les parents qui continuent à se chamailler et à s'insulter devant leurs enfants après le divorce leur causent beaucoup de détresse. Le conflit parental — surtout quand les enfants en sont le sujet — peut provoquer la dépression, l'hostilité, l'agressivité et d'autres problèmes de comportement chez les enfants. En outre, le conflit parental présente un mauvais modèle à émuler aux enfants qui apprennent que la querelle constitue la seule façon de régler les désaccords. Cette leçon peut avoir d'autres répercussions négatives plus tard dans leurs fréquentations ou leur vie de couple.

    Cependant, les divorces qui mettent un terme à de graves conflits parentaux ont des retombées positives sur les enfants; à l'inverse, les mariages où il y a peu de conflit mais qui se terminent par un divorce sont très nuisibles pour les enfants, peut-être parce que pour ces derniers, le divorce est très inattendu et importun (Booth et Amato, 2001).

  5. Certaines des causes du divorce sont en partie liées aux foyers dysfonctionnels où les enfants ont vécu pendant le mariage de leurs parents. Cela s'appliquerait surtout aux couples où il y avait des conflits et où les parents étaient inefficaces en raison de leurs relations tumultueuses. Ainsi, comme nous avons constaté plus tôt, ces enfants avaient déjà des problèmes que le divorce n'a fait qu'exacerber (Cherlin et al., 1998).
  6. Une dernière raison, rarement mentionnée, se rapporte à la génétique (Rutter, 2002). Une proportion des personnes qui divorcent l'ont fait parce qu'ils sont des individus difficiles, problématiques ou qui aiment les conflits et qui transmettent leurs prédispositions à leurs enfants par leur patrimoine génétique. Ces enfants sont déjà prédisposés à avoir un tempérament difficile; de plus, leur environnement familial favorise ces difficultés, et ne fait qu'exacerber la situation.

Existe-t-il des différences selon l'âge et le sexe en ce qui concerne l'adaptation des enfants au divorce?

Oui. Les filles s'adaptent généralement mieux au divorce, mais pas nécessairement au remariage de la mère qui a obtenu leur garde. Cependant, les niveaux d'adaptation divergent largement selon la personnalité de l'enfant et la situation de la famille. La même chose s'applique en termes d'âge. D'une part, les très jeunes enfants, de moins de quatre ans, pourraient ne pas remarquer l'absence d'un parent qu'ils voyaient rarement; si la mère a toujours assumé les fonctions de principale prestatrice de soins, ils ne seront pas trop touchés. Ils seront aussi plus susceptibles de bien s'adapter au remariage du parent. D'autre part, les enfants âgés entre 4 et 10 ans sont souvent les plus portés à subir des effets négatifs parce qu'ils ne sont pas encore assez matures pour comprendre leur perte et les changements qui surviennent dans la famille (Jenkins et Smith, 1993). Ils pourraient même se sentir responsables du divorce.

Cependant, dans les cas de pauvreté, les jeunes enfants risquent davantage d'être plus affectés que les adolescents, particulièrement au niveau du développement intellectuel. La nouvelle recherche indique clairement que la pauvreté durant la petite enfance nuit au développement cognitif et verbal (Pagani & al 1997) et qu'elle retarde l'adaptation des jeunes enfants à la maternelle. 1997). Un grand nombre de ces derniers commencent la première année sans être préparés à apprendre et il s'ensuit un cycle d'échecs scolaires. À l'inverse, un enfant qui devient pauvre seulement au moment de l'adolescence peut déjà avoir une base solide qui lui permettra de réussir dans le système scolaire.

Quoiqu'il en soit, les enfants plus âgés peuvent aussi être affectés de façon importante par les six principales causes des répercussions négatives évoquées plus tôt. Pour les adolescents, la situation est particulièrement difficile si le parent ayant la garde perd la possibilité de communiquer avec eux et de les superviser. L'adolescence est déjà un âge où les « tentations » d'adopter un comportement anormal abondent et qu'un jeune privé de soutien parental peut céder aux mauvaises pressions de ses pairs. Le travail scolaire peut donc en souffrir. Les adolescentes dont les parents se sont séparés sont particulièrement à risque de devenir actifs sexuellement et de tomber enceintes plus souvent que d'autres (Wu, 1996). Le risque est plus élevé si la mère qui en a la garde est ouvertement active sur le plan sexuel.

Le remariage des parents aide-t-il les enfants?

Il n'existe pas beaucoup de recherche sur cette question au Canada. Aux États-Unis, les études démontrent que même si le remariage de la mère ayant la garde peut aider la famille en termes financiers et être très bon pour la mère, les résultats concernant les enfants sont plus mitigés (Morrison et Ritualo, 2000). Le remariage entraîne souvent des conséquences plus négatives pour les enfants, particulièrement les filles qui ont une relation étroite avec leur mère. Ces filles peuvent ne pas aimer l'intrus. Dans le cadre de ma recherche, certaines de mes étudiantes ont écrit qu'elles avaient détruit délibérément le remariage de leur mère en adoptant un comportement horrible envers le nouvel époux. Pour leur part, les garçons peuvent s'évader, car ils ont tendance, à l'adolescence, à passer moins de temps à la maison — comportement qui pourrait en soi mener à la délinquance. Autre côté négatif : les filles sont plus susceptibles d'être exploitées sexuellement par leur beau-père ou l'ami de leur mère que par leur propre père (Giles-Sims, 1997).

Nous avons déjà mentionné que les adolescents plus vieux et les jeunes adultes ont tendance à quitter la maison plus tôt une fois que le parent ayant la garde se remarie. Cela peut résulter d'un conflit avec le nouveau beau-parent, ou parce qu'ils ne se sentent pas les bienvenus dans le nouveau couple ou qu'on les « encourage » plus ou moins subtilement à partir.

L'avantage est que les enfants plus jeunes s'adaptent mieux, en particulier s'ils ont toujours connu le beau-parent. Un grand nombre d'enfants apprécient la présence et l'affection d'un beau-parent. En outre, beaucoup de garçons sont avantagés par l'ajout à la famille d'un homme qui sert de modèle à émuler (Hetherington, 1993). Les enfants peuvent aussi profiter d'un élargissement de leur réseau de parenté avec l'addition d'autres grands-parents et d'autres frères et sœurs. Les études menées auprès de jeunes adultes dont le remariage du parent ayant la garde a été durable, ont constaté qu'ils étaient très attachés à leur famille reconstituée dont ils bénéficiaient sur le plan affectif. Ainsi, il est possible que certains des effets positifs du bon remariage d'un parent n'apparaissent que plus tard pendant la vie adulte.

Quelles sont les conséquences du divorce pour les adultes?

Comme inconvénient, on constate qu'outre la pauvreté d'une partie des femmes, il y a souvent une perte de soutien social, principalement celui des ex-beaux-parents et des amis communs du couple. Les femmes plus âgées et celles ayant peu d'expérience de travail éprouvent plus de difficultés. Le conjoint (ou la conjointe) laissé souffre davantage, à tout le moins pendant les trois premières années (Sweeney, 2002). Les taux d'abus d'alcool augmentent chez les hommes divorcés, alors que chez les femmes on note la dépression et un sentiment général d'être en moins bonne santé (Wu et Hart, 2002). Cependant, il convient de garder à l'esprit que le fait de demeurer dans un mariage dysfonctionnel produit les mêmes effets nuisibles.

Dans ma propre étude (Ambert, 1989) et celles d'autres chercheurs depuis lors, de nombreuses personnes divorcées admettent qu'elles ne sont pas plus heureuses ou sont même plus malheureuses que pendant leur mariage. En fait, Waite et al. (2002) ont constaté que même des personnes mariées malheureuses qui divorcent n'étaient pas nécessairement plus heureuses cinq ans plus tard que celles qui étaient demeurées mariées. Le divorce entraîne généralement une période de stress, d'instabilité, de solitude, de ressentiments et souvent d'hostilité. Cette période dure de quelques mois à quelques années, mais peut persister après cinq ans. En outre, comme en témoigne les taux de divorce élevés dans les remariages et l'échec des cohabitations subséquentes, un divorce engendre souvent beaucoup d'autres expériences déplaisantes.

Au plan positif, le divorce est ou devrait être une bonne chose quand il y a des mauvais traitements, de l'alcoolisme et d'importants conflits. Il peut aussi être fonctionnel pour le conjoint ou la conjointe d'une personne qui est un criminel ou présentant des troubles mentaux sévères, ou qui est un chômeur chronique. Mais, au mieux, le tiers de tous les mariages qui échouent tombent dans ces catégories ou sont de « mauvais » mariages du point de vue des conjoints. En fait, près du tiers de tous les mariages se soldant par un divorce sont estimés « assez bons ou très bons » pour les deux conjoints tandis qu'un autre tiers des mariages sont jugés assez bons ou très bons par un des conjoints — et dans ce dernier cas généralement pour la personne qui ne veut pas divorcer.

Pour bien de gens, en particulier les femmes, le divorce leur permet de découvrir de nouvelles forces, de mettre en place des relations de soutien, les soulage à l'égard de la peur, et leur apporte de la paix et de la tranquillité. Pour beaucoup aussi, cela se traduit par un nouvel amour « pour la vie ». Oui, il y a des divorces « réussis » (Ambert, 2001). Mais souvent, les ex-conjoints doivent s'investir beaucoup lorsqu'ils ont des enfants. Tout compte fait, le divorce n'est pas une panacée, même pour les adultes.

Pour la société en général, l'échec des cohabitations et des mariages qui sont assez bons ou très bons, est une proposition coûteuse. Il en est ainsi en termes moraux (après tout, que peut-on dire en faveur de la « vertu » d'une société où les relations font partie de la culture jetable?) en termes de répercussions pour les enfants, y compris la délinquance juvénile, les coûts reliés au bien-être social pour les familles monoparentales qui basculent dans la pauvreté, les coûts touchant la santé ainsi qu'une perte de la productivité chez les adultes et les enfants plus âgés concernés.

CONCLUSIONS

Le phénomène du divorce est beaucoup plus complexe qu'on ne le croit généralement. En outre, les statistiques sur le divorce sont difficiles à comprendre et, par conséquent, souvent mal interprétées. Dans l'ensemble, plus du tiers de tous les mariages au Canada se solde par un divorce et ce taux est plus élevé dans le cas des remariages et en particulier des cohabitations. Dans ce dernier cas, le taux avoisine 60 %. À l'heure actuelle, il n'existe aucune prévision fiable quant à une hausse ou à un déclin marqué des taux de divorce dans un proche avenir. Il est regrettable que nous n'ayons pas plus d'information concernant la dissolution des unions libres, surtout lorsqu'il y a des enfants, (voir Marcil-Gratton et al, 2003).

Le divorce et le remariage sont des institutions pour adultes. Ils ont pour objet de séparer les membres d'un couple qui ne peuvent plus vivre ensemble et de permettre aux anciens époux d'avoir un autre conjoint. Comme institutions, le divorce et le remariage ne sont pas nécessairement dans le meilleur intérêt des enfants, et comme il a été démontré plus haut, le divorce n'est pas une expérience toujours positive pour les adultes non plus, pas plus que les taux élevés de divorce ne sont fonctionnels pour la société.

Nous avons vu que le divorce est souvent accompagné de la pauvreté ou d'une diminution importante des ressources financières. Ce facteur contribue à amplifier les effets négatifs du divorce sur la cellule familiale mère-enfant et sur les chances de l'enfant dans la vie. Dans certains pays européens, en particulier la Norvège et la Suède, le filet de sécurité sociale compense largement, de sorte que les familles monoparentales dirigées par une mère ont un (faible) taux de pauvreté, semblable à celui des familles biparentales. Les conséquences négatives du divorce sur les enfants ne disparaissent pas complètement, mais elles sont moins prononcées qu'au Canada et aux États-Unis. Des études indiquent aussi qu'une proportion considérable de mariages ayant échoué auraient pu en fait être « sauvés » voire devenir heureux, et qu'un grand nombre de ces ex-conjoints ne sont pas plus heureux après le divorce. On devrait peut-être encourager davantage les couples à faire face aux vicissitudes inhérentes aux relations, et je ne fais pas référence à des conflits sérieux qui, en bout de ligne, ne touchent qu'environ le tiers des couples qui divorcent. Après 25 ans d'études sur la question, j'en suis venue à la conclusion qu'en plus des divorces nécessaires, beaucoup sont évitables, voire inutiles; les mêmes remarques s'appliquent probablement aux unions libres sérieuses qui se dissolvent.

On dit souvent que la famille est devenue une institution obsolète : les taux élevés de divorce, d'unions libres et de naissances par des mères seules servent souvent de justification à cette affirmation. Est-ce vrai? Non. La vérité, c'est que les taux élevés de dissolution conjugale (mariage + union libre) compliquent la vie familiale, sans pour autant la détruire. Comme je l'ai documenté ailleurs (Ambert, 2005), les familles remplissent plus de fonctions maintenant qu'il y a 50 ans. Ainsi, la société a plus besoin d'elles que jamais. Cependant, lorsque les familles, (que je définis comme intergénérationnelles, et non pas seulement comme des couples) sont fracturées à cause d'un divorce parental puis ré-assemblées ou non dans le cadre d'une union libre ou d'un remariage, la vie des adultes devient plus complexe et souvent moins fonctionnelle en ce qui concerne les soins et la socialisation des enfants ainsi que la solidarité intergénérationnelle.

Pour de plus amples informations sur les familles monoparentales ou sur la cohabitation, veuillez consulter le site web de l'auteure auwww.arts.yorku.ca/soci/ambert/writings/

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À propos de l'auteure…

Depuis 1971, madame Anne-Marie Ambert, Ph. D., est professeure au département de sociologie de l'Université York. Ses principaux champs d'intérêts englobent la famille. Elle a mené des recherches approfondies sur le divorce et le remariage, la pauvreté et les relations parent-enfant. Son dernier ouvrage, publiés en 2005 par Pearson Canada, est intitulé Changing families: Relationships in context. Elle siège depuis près de vingt ans au comité de rédaction du Journal of Marriage and Family. Elle publie également une série d'articles en ligne sur les enjeux familiaux tels les familles monoparentales (www.arts.yorku.ca/soci/ambert/writings/index.html).


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