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Traits de familles

Bons serviteurs, mais mauvais maîtres :
Les médias électroniques et la famille

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Messageries instantanées. Cybercaméras. Téléchargement de musiques et de films. Connexions haute vitesse. Connectabilité. Cellulaires avec appareil photo intégré. Blogues. Jeux interactifs. Devant la récente prolifération de technologies électroniques si nouvelles et si diverses, l’Institut Vanier de la famille a décidé, dix ans après son premier examen des rapports entre les familles et les médias électroniques, de faire un retour sur le sujet.

Un important volume de ces nouvelles technologies est présent dans le domicile familial; elles ont été reçues à bras ouverts par les enfants et les jeunes. En 2005, le Réseau Éducation-Médias a effectué un sondage auprès de plus de 5 000 élèves de la 4 e année du primaire au Secondaire V; on a découvert que presque tous ont accès à un ordinateur à domicile, que plus de 60 % ont un accès Internet haute vitesse, que presque 70 % ont accès à un téléphone cellulaire, et enfin que 50 % des élèves du Secondaire V ont leur propre ordinateur branché sur Internet.

Avec les pressions exercées par les horaires de travail et les obligations familiales, le temps partagé devient une denrée de plus en plus rare, et on constate que les travailleurs canadiens passent aujourd’hui, en moyenne, 45 minutes de moins avec leur famille qu’en 1986, pour un total de cinq semaines de moins de temps en famille par année. Les membres des familles se reposent davantage qu’avant sur des dispositifs électroniques pour rester en contact et pour se divertir.

Étant donné l’augmentation du nombre d’autres médias électroniques en usage, le temps consacré quotidiennement à la télévision est à la baisse, alors que le temps passé par les jeunes à transmettre des messages, à télécharger et à écouter de la musique, et à jouer à des jeux en ligne, souvent seuls dans leurs chambres, a marqué une augmentation significative. Un sondage effectué aux USA en 2005 a révélé que les jeunes passent près de six heures et demie par jour avec les médias, souvent avec deux médias ou plus en simultané. Les grands utilisateurs, quel que soit leur âge, consacrent moins de temps à leur conjoint, leurs enfants et leurs amis.

Les enfants baignent dans les médias dès leur naissance; leur famille possédera souvent plusieurs téléviseurs et plusieurs ordinateurs, et on leur offrira, bébés, des vêtements et des jouets à l’enseigne de personnages médiatiques. C’est parmi les enfants d’âge préscolaire que l’on constate la plus rapide croissance du nombre d’utilisateurs d’Internet. En dépit des mises en garde médicales, près de 70 % des enfants de moins de deux ans aux États-Unis passent environ deux heures par jour à regarder des émissions télé ou des vidéos, ce qui équivaut à environ un mois par année. Dans de nombreux foyers, la télévision reste allumée en tout temps, que quelqu’un la regarde ou non.

Les experts craignent qu’une telle exposition, si précoce, nuise aux enfants et affirment qu’ils devraient être occupés à interagir activement avec leur environnement au lieu d’être en observation passive limitée aux yeux et aux oreilles. Certaines recherches révèlent qu’une consommation télévisuelle excessive avant l’âge de trois ans a été liée à des problèmes d’attention, d’agressivité, et de déficits cognitifs. Ces très jeunes enfants sont exposés, voire bombardés, d’images et d’informations intangibles qu’ils ne sont pas en mesure de comprendre.

Pour ce qui est des enfants ayant plus de six ans, le monde saturé de médias dans lequel ils vivent est un aspect normal de leur vie. La télévision leur procure du plaisir et de l’émotion, ou encore une détente, et ce passe-temps est souvent partagé avec des membres de leur famille. Les jeux vidéo ou les jeux à l’ordinateur sont des activités plus solitaires, et au fur et à mesure que les enfants grandissent, leurs parents surveillent moins, et orientent moins, leur utilisation des médias. En parallèle, les adolescents restent en communication avec leurs amis grâce à la messagerie instantanée en ligne, en plus de leurs activités en face à face.

Au milieu de tous ces bouleversements technologiques, qui modifient jusqu’à nos manières de vivre nos relations intimes, le débat sur leurs effets fait toujours rage. Il est clair cependant que l’exposition dramatiquement accrue aux médias, et ce à partir de la plus petite enfance, augmente le volume d’informations—et de publicités—auquel les jeunes sont exposés, et cela soulève des questions d’ordre cognitif et sociopolitique.

Les experts en commercialisation sont parfaitement conscients du pouvoir qu’exercent—et qu’exerceront à l’avenir—les jeunes consommateurs par l’insistance de leurs demandes. Ce n’est pas pour rien que le budget publicitaire visant ces jeunes consommateurs dépasse annuellement les deux milliards de dollars. On calcule que les enfants voient chaque année plus de 40 000 publicités, à la seule télévision. Cependant avant d’atteindre l’âge de huit ans, les enfants ne font pas clairement la différence entre les émissions et les publicités qui les parsèment.

Les émissions destinées aux enfants sont inondées de publicités pour des aliments, dont environ 97 % pour des gâteries à teneur élevée en sucre, en sel et en gras. Les taux d’obésité et de diabète infantiles, pour leur part, montent en flèche. De plus, le fait de se faire répéter sans cesse que la consommation de produits est le chemin du bien-être nuit, chez les enfants, à une vision saine d’eux-mêmes. Peut-être est-il temps pour les autres provinces du Canada de suivre l’exemple du Québec, et incidemment de la Suède, de la Norvège et de la Grèce, qui ont adopté des lois visant à protéger les jeunes téléspectateurs de l’exploitation par les publicitaires.

Face à ces phénomènes, les parents sont souvent ambivalents. D’une part, les dispositifs de communication aident les familles à rester en contact, mais bien des adultes s’inquiètent de voir les enfants passer tant d’heures en ligne, et s’inquiètent aussi des contenus auxquels ils sont exposés. Les spécialistes nous rappellent que les enfants continuent à faire ce qu’ils ont toujours fait : se détendre, se retrouver seuls ou entre eux, tenter des expériences et prendre des risques. Dans bien des cas, les parents ne sont inquiets que parce qu’ils ne comprennent pas ce que font leurs enfants; ils ont été pris de vitesse par la technologie.

Il demeure que les parents peuvent s’assurer que leur famille profite de ces dispositifs médiatiques tout en évitant certains de leurs pièges, en appliquant ces quatre lignes directrices :

  • mettre en place des règlements convenant à l’âge des enfants et négocier les limites de l’utilisation des médias;
  • aider les enfants à savoir décoder les médias et à développer une pensée critique;
  • présenter soi-même un bon exemple;
  • créer des groupes de parents voués à la protection des enfants.

Au-delà du cadre familial, c’est la culture elle-même qui est appelée à se transformer de manière à offrir un environnement qui œuvre activement au bien-être des enfants plutôt que le contraire. Notre société adopte couramment des mesures visant à protéger les plus vulnérables d’entre nous; à l’heure qu’il est, le besoin de protéger les enfants des effets délétères des médias est en voie de devenir une question relevant de la santé publique. En ce sens nous appuyons les recommandations avisées des experts qui proposent un débat public, l’adoption de lois, des codes de conduite pour les professionnels des médias, et des subventions pour des projets d’éducation médiatique. L’éducation, la recherche et les politiques ont chacune leur rôle à jouer en vue de nous tenir bien informés des relations que nous entretenons avec les médias. Comme principe de base, il est bon de se rappeler que les technologies médiatiques font de bons serviteurs, mais de bien mauvais maîtres.

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