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Conversations sur le travail et le mieux-être
La tranquillité d'esprit pour les parents qui travaillent
Un service de garde ponctuel pour enfants
Les organismes offrant des services de garderie sont les mieux placés pour reconnaître les difficultés d'établir un équilibre entre travail et vie familiale : le contact avec des parents pressés est un rappel quotidien des contraintes de temps qu'impose un emploi. Ils sont témoins, par exemple, des difficultés des parents dont l'enfant malade ne peut être laissé à la garderie. Ainsi il ne faut pas s'étonner si ce sont des travailleurs de garderie qui les premiers ont pensé à offrir, au niveau communautaire, un soutien d'urgence de haute qualité aux familles dont l'enfant est malade ou qui pour d'autres raisons voient se dérégler leurs arrangements habituels.
C'est en 1987 que le Andrew Fleck Child Care Services (AFCCS) a démarré un modeste programme de garderie de dépannage, où les soins étaient dispensés soit au domicile de l'enfant, soit par le biais du système de garde en milieu familial d'AFCCS. Deux ans plus tard, grâce à des subventions provinciales, l'AFCCS s'associait à deux organismes de soins à l'enfance pour fonder un plus vaste service de garde auxiliaire qu'on a appelé STCC (Short Term Child Care, c'est-à-dire service de garde ponctuel pour enfants). Son mandat était d'offrir des soins de dépannage de haute qualité fournis par des prestataires brevetés.
Au cours de ses trois premières années de fonctionnement, le programme STCC a connu un vif succès. Il a établi des liens solides avec la communauté, et sa clientèle de parents reconnaissants, dont certains profitaient de subventions, s'est élargie. De plus, l'Hôpital Civic d'Ottawa avait établi avec le STCC un contrat pour que ce dernier fournisse, à titre d'avantage collectif, un service de garderie de dépannage au personnel infirmier et administratif, pour réduire les frais importants encourus par l'absentéisme. Mais malgré le succès du STCC, les compressions budgétaires provinciales de 1993 menaçaient sa survie. Comme pour tant d'autres garderies qui se trouvaient privées de subventions gouvernementales, les sommes versées par les clients ne suffisaient pas à couvrir les frais. Et sans le STCC, les parents en situation d'urgence se retrouveraient avec une solution de rechange en moins.
Le conseil d'administration du STCC était confronté à un choix : soit d'interrompre le service, soit d'élaborer une nouvelle structure de financement. Appuyé par les pressions exercées par la communauté, le STCC, en collaboration avec l'Hôpital Civic d'Ottawa, a choisi la seconde voie. Quelques initiatives travail-vie avaient déjà germé aux États-Unis, mais aucune au Canada. Les partenaires ont eu vent d'un service établi à New York où un consortium composé de 15 organisations s'était formé pour se prévaloir de services de garderie de dépannage à l'intention des employés. Les associés d'Ottawa ont établi un modèle semblable, à la différence qu'il était issu de la communauté et subventionné à la fois par des fonds privés et publics.
La structure choisie était relativement simple : les partenaires formant le consortium paieraient une cotisation afin d'obtenir l'accès, pour leurs employés et membres, aux services de garderie de dépannage offerts par le STCC. Pour demeurer viable, le STCC devait tirer environ 60 % de ses revenus des cotisations payées par le consortium. Plus il aurait de partenaires, moins il serait dépendant d'autres sources de financement. Le défi était de convaincre le premier membre du consortium; grâce à sa persévérance, le STCC a réussi, en 1995, à mettre sur pied le Consortium de la Commission de la capitale nationale, dont les premiers membres étaient la corporation Nortel Networks, Ernst and Young Management Consultants et l'Association du Barreau du Comté de Carleton; plus tard s'y sont joints la Mitel Corporation, le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP), puis la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL). Pour stabiliser la nouvelle structure de financement, le projet s'est acquis le soutien de la Fondation Trillium, qui a accordé des subventions décroissantes sur une période de quatre ans, jusqu'en 1999.
Pour une année donnée, le nombre de partenaires formant le consortium varie entre quatre et cinq, et les frais d'accès de chacun d'eux varient selon le nombre d'employés couverts. Les partenaires s'entendent sur le tarif horaire des prestataires de services, et chaque partenaire décide s'il subventionnera ou non le service offert à ses employés, et si oui s'il le subventionnera en entier ou en partie. La Commission scolaire du district d'Ottawa-Carleton (OCDSB) et le STTP subventionnent à 100 % ce service aux employés : « Si les travailleuses et travailleurs des postes devaient payer le plein prix, aucun d'entre eux ne s'en servirait, » affirme Jamie Kass, coordonnatrice nationale du Fonds de soins à l'enfance du STTP.
L'OCDSB s'est jointe au consortium en 1998, au moment où les commissions scolaires se penchaient sur les coûts de la suppléance et cherchaient à mieux gérer l'absentéisme. « Nous avons reconnu là une occasion rêvée de fournir un avantage social à nos employés, sans leur en faire porter les frais, » dit Kathy Duffy, responsable des ressources humaines, services de soutien aux employés à l'OCDSB. « C'est avantageux pour nous, qui sommes dans l'obligation de trouver un suppléant quand un professeur est absent. C'est une mesure rentable, parce que nous payerions de toute façon le professeur absent en plus de payer le suppléant. C'est un service très apprécié par les jeunes familles, » ajoute-t-elle.
Le modèle du STCC, fondé sur la communauté et axé sur la clientèle, est en mesure de répondre 24 heures par jour, sept jours par semaine, aux besoins des parents. Les soins sont offerts autant en anglais qu'en français. Si un enfant est malade, le personnel se rend à son domicile. Quand il s'agit plutôt d'une interruption de service dans la garderie habituelle, les options sont élargies, offrant à la fois des places dans des garderies licenciées en milieu familial et des places de garderie dans des centres, licenciés aussi. Dans le cas du STTP, les soins sont en règle générale offerts au domicile de l'enfant, puisque le parent est soumis à des quarts de travail qui peuvent tomber le soir ou la nuit.
Dans tous les cas, le personnel est compétent, trié sur le volet, et reçoit une formation détaillée qui l'habilite à prodiguer des soins de dépannage à court terme. « Notre personnel est excellent, et nous recevons énormément d'éloges. Le fait que nous puissions répondre rapidement aux besoins de nos membres est l'un des éléments clés dont dépend le succès de notre programme, dit Kass. « Si nos membres ont ne serait-ce que quelques minutes de retard au travail, ils peuvent être pénalisés. Il est très important pour eux de pouvoir compter totalement sur le fait que notre personnel arrivera à l'heure dite, pour qu'eux puissent quitter la maison à temps, » dit Duffy. « Nos clients rapportent qu'ils sont très satisfaits du service que nous offrons, et après l'avoir utilisé, sont bien disposés à y faire appel à l'avenir. »
Le STCC s'est aussi engagé à offrir des services de garderie de dépannage accessibles à la communauté. Grâce à une subvention de démarrage accordée en 1998 par la Fondation Trillium, le STCC a entrepris d'offrir un service régulier de garde d'enfants pour Interval House, une maison d'hébergement pour femmes et enfants victimes de violence. Les femmes se voient ainsi accorder de 16 à 24 blocs de quatre heures de liberté, qu'elles utilisent souvent pour régler les aspects légaux de la violence ou de la séparation.
« Ces femmes ont tout perdu ou presque, et doivent rebâtir leur vie. Les enfants devaient souvent accompagner leur mère à ses rendez-vous et devaient entendre à répétition des détails peu savoureux; ces enfants qui ont déjà soit été témoins, soit subi eux-mêmes la violence, vivaient une souffrance improductive, alors que nous pouvions leur offrir un répit, un milieu sain, du temps libre et des occasions d'apprentissage. Pour nous, c'est d'investir dans l'enfant, et c'est bien récompensé, » dit Lyne Tremblay, responsable du programme de services de soutien aux familles à l'AFCCS.
D'autres bailleurs de fonds se sont joints, depuis, à ce programme de soutien aux maisons d'hébergement pour femmes, ce qui permet au STCC de proposer des services de garderie de dépannage non seulement à Interval House mais à cinq autres refuges; deux refuges supplémentaires bénéficieront fin 2005 de ce service, grâce à une subvention communautaire de l'organisme 'Six ans et gagnant'.
Le recrutement et le maintien d'une équipe complète, pour des postes en général temporaires, demeure un défi, surtout en 'haute saison' quand sévissent le rhume et la grippe. Au cours des ans, le service a cependant non seulement gagné en expérience, mais a aussi accumulé les données pertinentes lui permettant de prévoir les fluctuations dans la demande de soins de dépannage, ce qui facilite la planification du nombre de personnes nécessaires pour satisfaire la demande de la clientèle.
Le STTP affecte une part de ses fonds réservés à l'enfance pour combler les besoins de garderie de dépannage des travailleurs des postes de deux sections locales du syndicat, dans la région de la capitale nationale. En plus de représenter un avantage social pour les employés, le fait de se joindre à ce consortium représente « une façon de soutenir la communauté en explorant diverses options; en tant que communauté, nous devons nous épauler les uns les autres, surtout dans le cas de programmes flexibles, qui sont toujours un peu plus coûteux, » dit Kass.
Le STCC est fier de sa réputation d'excellence, et fier aussi d'avoir gardé son aspect communautaire. Mais le STCC mesure aussi son succès au nombre d'inscrits à son service. « Les soins de courte durée sont une méthode préventive. Les familles inscrites savent qu'en cas de besoin, le service est disponible. Peut-être n'en auront-ils jamais besoin, mais il représente pour eux l'équivalent d'une police d'assurance, » dit Tremblay.
L'AFCCS demeure à l'avant-garde dans la conception et la prestation de services novateurs visant à appuyer les parents dans leur tâche. Il a récemment mis en ligne une liste d'attente centralisée pour l'obtention de places dans les services de garde francophones d'Ottawa, qui répond à un vif besoin dans la région de la capitale nationale. Souhaitons que cet organisme continuera à prendre les devants dans les années à venir.
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