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Traits de familles

LE MAGAZINE TRANSITION
Été 2002
VOL. 32 NO. 2

L'importance des pères

Été 2002

L'importance des pères

Dans ce numéro de Transition, nous examinons de près l'importance des pères. Le fait que les pères soient importants pour les enfants et les familles est - ou devrait être - évident. À preuve, il nous suffit de penser à notre père et aux nombreux souvenirs qu'éveille en nous sa présence ou son absence pendant notre enfance. Les souvenirs d'un père prennent plusieurs formes. Pour les chanceux parmi nous, le père évoque le souvenir d'un compagnon aimable qui nous a orienté dès le début et qui a suivi notre évolution tout au long de notre vie. Pour d'autres, il peut s'agir d'un personnage sombre, voire menaçant. Et pour d'autres encore, les souvenirs d'un père absent peut représenter un gouffre dans lequel ils versent leurs désirs les plus profonds.

De toute évidence, l'Institut Vanier de la famille reconnaît autant l'importance des mères que des pères; les parents des deux sexes font des contributions inestimables au profit de leurs enfants et de la société. Nous avons choisi de mettre l'accent sur les pères dans cette livraison simplement parce que, à l'opposé des femmes, le rôle parental des hommes a longtemps été négligé tant par les chercheurs, les éducateurs, les décisionnaires et les employeurs que les médias.

Selon Diane Dubeau, les pères commencent à obtenir l'attention qu'ils méritent. Dans son article « Le père engagé », elle souligne des similarités et des différences intéressantes dans la façon dont les hommes et les femmes assument leurs responsabilités parentales. Elle parle aussi des contributions uniques des pères pour le bien de leurs enfants.

En outre, John Hoffman nous parle de sa découverte personnelle du plaisir d'être père tandis que Jean-Pierre Lamoureux décrit les difficultés intrinsèques aux tentatives d'inclusion du concept de la paternité dans les politiques sociales et familiales. Enfin, dans « Pères au travail : Flexibilité et culture de l'entreprise », James Levine et Todd Pittinsky explorent l'attitude insidieuse « blâmer la culture » qui peut empêcher un homme d'être le genre de père qu'il aimerait vraiment être.

Père et bébé

Pères au travail
Flexibilité et culture de l'entreprise

Pourquoi le milieu de travail n'est-il pas plus convivial pour le père? Qu'est-ce qui empêche les hommes d'exiger les changements qu'ils veulent? La réponse la plus souvent donnée par les pères et les mères : « Le manque de soutien de la culture de l'entreprise ».

Les grands spécialistes partagent cet avis. Selon Ellen Bankert et Bradley Googins du Boston University Center on Work and Family Life, la situation est plus complexe qu'elle n'en a l'air dans une entreprise dotée d'une garderie nec plus ultra ou dont les murs sont tapissés de prix remportés pour ses programmes travail-famille :

Prenez le temps de parler aux employés et vous commencerez à voir un autre visage des entreprises pro-famille d'aujourd'hui. À leurs yeux, les semaines de cinquante et soixante heures semblent la norme. Tout le monde parle du fait de juger les employés sur le rendement, mais le temps passé sur place est plus important que jamais, particulièrement en raison de la récente vague de mises à pied. On retrouve sur papier une liste grandissante de programmes et de politiques semblant signaler un engagement envers une saine harmonisation des responsabilités professionnelles et personnelles, mais la culture est loin d'être équilibrée. Le problème c'est surtout que beaucoup d'employeurs estiment que leurs programmes pro-famille ont réglé les difficultés travail-famille auxquelles sont confrontées les familles travailleuses d'aujourd'hui. Par ailleurs, les programmes actuels ne peuvent pas traiter des vraies préoccupations travail-famille comme le temps, la flexibilité, l'équilibre et même les valeurs relatives au respect et à l'engagement. La culture doit faire l'objet de changements fondamentaux.

Un aspect de la culture rend plus difficile que tout autre l'harmonisation de la vie professionnelle et familiale : l'inflexibilité des horaires de travail. Toutefois, l'établissement d'horaires plus souples est bon non seulement pour les pères et leur famille, mais aussi pour les résultats nets de l'entreprise. De bonnes stratégies peuvent permettre de négocier et de gérer des horaires flexibles dans un plus grand nombre de situations d'affaires que l'on peut s'imaginer.

Très souvent, les pères limitent leur propre capacité à façonner le changement en participant inconsciemment à un jeu que j'appelle blâmer la culture et qui requiert généralement trois joueurs : un employeur, un père et une mère. Tous sont inconsciemment de connivence pour perpétuer dans le milieu de travail des cultures conformes aux attentes de tout le monde. Il en résulte un cycle continu et autoperpétué — les pères examinent la culture et présument qu'elle appuie, au mieux, les mères travailleuses. Les entreprises interprètent le manque de participation masculine aux programmes travail-famille comme étant le signe que la conciliation des responsabilités professionnelles et familiales est une affaire de femmes. Par ailleurs, les femmes estiment devoir débattre des questions travail-famille seules avec l'entreprise, même si à la maison elles ont besoin — ou désirent — l'appui et la contribution de leurs époux.

Pour illustrer mes propos, voici ce que je me fais dire souvent dans mes séminaires « Stress de papa/Succès de papa » quand je parle des étapes nécessaires à la création d'un environnement plus favorable aux pères : « Oh, mais ils ne permettent pas cela ici. » C'est un obstacle familier.

Je demande avec curiosité : « C'est qui ils? ».

« Que voulez-vous dire au juste? »

« Est-ce le président de votre compagnie? Le PDG? Le directeur de l'exploitation? Le directeur financier? Est-ce votre chef de division? Votre superviseur direct? Vos collègues? Est-ce quelqu'un qui travaille dans un bureau près du vôtre? C'est qui ils?

Je leur pose la question non pas pour être hostile, mais pour faire ressortir la dynamique blâmer la culture qui, plus que toute autre, nuit à la création d'un milieu de travail davantage favorable aux pères. Il s'agit d'un phénomène de collusion que l'on retrouve non seulement dans le milieu de travail du père, mais aussi dans celui de la mère, et à la maison entre époux. L'endroit où le « jeu » est lancé importe peu — il déclenche un cycle autoperpétué qui ne prendra fin que si au moins un joueur refuse de jouer ou de faire partie du système collusoire.

Voici comment la culture du blâme fonctionne dans la vraie vie, dans l'une de ses nombreuses variantes. Sarah, six ans, a un mystérieux mal de ventre à l'école depuis quelques jours et l'infirmière estime qu'elle devrait sans doute rester à la maison pour une journée. Il ne s'agit pas d'une urgence majeure, mais il vaut mieux s'en occuper. Si cela ne disparaît pas dans quelques jours, elle devrait voir un médecin.

Papa songe à rester à la maison avec Sarah le lendemain, mais il pense à tout le travail qu'il doit abattre avant la fin de semaine et aux réunions prévues, et aussi à comment ils vont réagir. Ils n'aimeront pas cela.

Quand maman considère ses options, elle songe à ses propres responsabilités professionnelles, mais elle tient également compte des valeurs et de la flexibilité potentielle dans le milieu de travail de papa et le sien. Elle a appris à présumer que dans le milieu de travail de son conjoint, ils n'aiment pas que les employés s'absentent. Une absence à son propre travail peut incommoder ses collègues, mais la notion qu'ils ne le permettent pas n'est pas aussi forte. Après tout, elle est une mère en emploi; ils comprennent et s'attendent même à ce qu'elle soit confrontée de temps en temps à des dilemmes travail-famille. Quand elle annonce devoir rester à la maison le lendemain, personne ne demande si son époux pourrait le faire à sa place. Le cas échéant, elle dirait qu'au travail de son conjoint, ils ne sont pas aussi compréhensifs.

Bien entendu, beaucoup de mères ont un milieu de travail peu accommodant; ils ne sont pas particulièrement compréhensifs. Je ne veux pas insinuer que c'est plus facile pour les femmes que les hommes. Remarquez cependant qu'on ne leur a jamais parlé au cours de cet échange. Et comme on ne leur a jamais parlé, ils sont bien en place la semaine prochaine quand Sarah est de retour en classe. Comme papa n'est pas allé à la maison pour s'occuper de Sarah, le message véhiculé aux autres pères dans son entreprise n'a pas été modifié : ils ne permettent toujours pas cela aux pères. Comme maman est restée à la maison, elle renforce le message implicite dans son milieu de travail : ils le tolèrent, et l'approuvent dans certains cas, quand il s'agit des mères.

Dans les faits, c'est bien entendu plus complexe. Maman pourrait vouloir rester à la maison avec Sarah ou être plus convaincue que papa que c'est préférable que ce soit ainsi. Papa pourrait être talonné pour achever un projet au moment où le calendrier de maman est plus souple. Mais, j'ai été étonné de découvrir que même quand papa prend soin de Sarah, il est parfois si inquiet à propos d'eux qu'il justifie son absence en se déclarant malade alors que c'est son enfant qui l'est. Par exemple à l'occasion d'une réunion récente à New York, Doris, une collègue, a expliqué qu'elle avait dû retarder son départ de Chicago à ce matin-là parce que son mari Fred restait à la maison avec leur fils Timmy qui s'était réveillé en vomissant au milieu de la nuit, « Mais », a-t-elle avoué avec un peu de gêne, « Fred a téléphoné au bureau pour dire qu'il était malade ». Ce n'est pas que Fred risquait de perdre une journée de salaire; il est avocat principal au sein d'une entreprise Fortune 500. Doris a expliqué qu'ils n'étaient pas habitués à ce que les pères prennent congé pour leurs enfants dans son milieu de travail.

Là encore, l'invisible ils — synonyme de culture de l'entreprise — a fait son apparition. Même si Fred est resté à la maison, le jeu de la collusion se jouait encore — entre Fred et son milieu de travail, et entre Fred et Doris. Il ne se sentait pas à l'aise de tester ce qu'il estimait être une norme culturelle et elle ne sentait pas à l'aise de lui demander de le faire.

Blâmer la culture est rarement un jeu joué par les seuls pères. Quand un papa joue, il y a habituellement une maman qui joue sans peut-être se rendre compte qu'elle est une associée passive. Quand j'ai expliqué cette dynamique à l'occasion d'un exposé, une femme s'est littéralement exclamée : « Mon Dieu, c'est exactement ce que je fais ». Elle avait dit à ses enfants d'appeler à son bureau, pas à celui de papa, s'ils avaient un problème après l'école. Pourquoi? Peut-être, en partie, parce qu'elle se sentait coupable de travailler ou qu'elle voulait conserver son titre de parent principal. Elle s'est toutefois rendue compte avoir présumé — sans raison valable — qu'au bureau de papa, ils n'auraient pas approuvé de ce genre d'interruptions.

Il est souvent difficile de déterminer où débute la notion blâmer la culture — au travail ou à la maison — mais ce n'est pas vraiment important. Ce qui compte c'est que le jeu se joue aux deux endroits et que les présomptions sont interreliées. Les mères et les pères continuent à jouer le jeu ensemble, renforçant les stéréotypes qui sont maintenant dysfonctionnels pour eux deux. La collusion dans l'entreprise engendre la collusion dans la famille et inversement. Il en est de même entre la mère et le père. C'est un cercle vicieux qui emprisonne tous les joueurs dans ce qui n'est, en bout de ligne, qu'une illusion.

Certaines personnes mettent en doute la notion voulant que la culture de l'entreprise soit la principale coupable. Selon Burke Stinson, porte-parole pour AT&T : « Je ne crois pas beaucoup à la culture de l'entreprise. Ce qui empêche d'être un bon conjoint ou papa tient en réalité de la personnalité de l'individu. C'est aux hommes de s'interroger — veulent-ils vraiment être un bon père ou mari, ou veulent-ils continuer à être menés par leurs ambitions professionnelles? La réponse a souvent été 'moi d'abord'. Il est plus difficile de venir à bout de cette attitude que de la culture de l'entreprise. »

Le problème se limite-t-il à la responsabilité personnelle? La culture ne joue-t-elle pas un rôle? Stinson dit vrai quand il affirme qu'il est plus difficile de faire un voyage intérieur que de faire porter le blâme ailleurs. Mais il est important de ne pas jeter tout le blâme sur les pères ou les mères. Aucun de nous ne travaille dans un isolement total. La culture exerce un impact — considérable — sur ce que nous estimons permis en milieu de travail ou ailleurs. Et quand il s'agit d'harmoniser la vie professionnelle et familiale, la recherche démontre de façon constante l'importance de la culture de l'entreprise sur le comportement individuel. Selon Arlene Johnson, vice-présidente du Families and Work Institute (FWI) à New York : « On a constaté que l'attitude des gestionnaires et du milieu de travail en général est plus importante que des politiques précises pour aider le personnel à concilier ses responsabilités professionnelles et personnelles. » Une étude réalisée par FWI, 1997 National Study of the Changing Workforce, a permis de constater que moins le superviseur accorde son appui, plus l'employé (et sa conjointe) se sent en situation de conflit.

Comment les employés savent-ils qu'un superviseur ne les appuie pas à ce niveau? C'est habituellement apparent quand vous avez un « patron démoniaque » ou, à l'autre extrême, que vous avez un patron «super compréhensif » qui vous dit clairement s'attendre à ce que vous répondiez aux besoins de votre famille. Cependant, quand les choses ne sont pas claires — et c'est le cas plus souvent qu'autrement — les pères présument souvent que le patron et les collègues de travail ne les appuieront pas. Ainsi, ils ne prennent pas de risque. Ils ne demandent pas ce dont ils ont besoin, mais font ce qu'ils estiment que le patron veut. Ils peuvent alors protéger leur emploi et le bien-être financier de leur famille, même s'il en résulte d'autres genres de stress familial.

Retournons à l'impasse prévisible « ils ne permettent pas cela ici » dans mes séminaires « Stress de papa/Succès de papa ». Le groupe conclut habituellement en riant beaucoup qu'ils ne représentent pas le président ou le directeur financier ou toute autre personne qu'ils pourraient nommer. Ainsi, il devient souvent clair pour le groupe que les répercussions redoutées n'existent pas. Par exemple, un employé de Merrill Lynch a tenu le propos suivant : « Quelqu'un devait rester à la maison avec mon fils qui ne se sentait pas bien. Je ne voulais pas en parler à mon patron, alors mon épouse a pris congé. Le lendemain, mon patron m'a demandé tout bonnement comment allait les choses et je lui ai mentionné que Barbara était à la maison à servir de la soupe au poulet et du soda au gingembre à Teddy. Elle m'a immédiatement dit : 'Pourquoi ne travailles-tu pas à la maison?' Je n'avais jamais eu avant le sentiment qu'elle se préoccupait de ma famille. Je me suis rendu compte que, sans raison, j'avais eu peur de demander. »

Pour briser le cycle blâmer la culture, « les pères doivent aller au fond du problème », dit Perry Christensen, ancien directeur, stratégie et planification des ressources humaines, chez Merck. Il possède une vaste connaissance des autres entreprises à titre de membre du Work and Family Research Council du Conference Board. Le changement tient-il uniquement au fait que les pères doivent se prendre en main?

Quand je demande à Christensen ce qu'il veut dire par « aller au fond du problème », il débite — inévitablement — une liste de facteurs fortement ancrés dans notre culture d'entreprise. « Premièrement, les gestionnaires ne sont pas de très compétents, alors ils choisissent de recourir à des niveaux d'engagement axés sur le temps passé au bureau. Les seuls facteurs marquants sont le nombre d'heures contribuées. Cela crée une barrière pour les hommes comme pour les femmes. » Il parle aussi du phénomène du deux poids deux mesures. « Nous voulons traiter tout le monde de façon équitable et juste, mais la perception que cela s'applique uniquement aux femmes perdure. » Cela nous ramène au dilemme lié au changement : la responsabilité personnelle et la culture de l'entreprise sont interreliées. Quand la culture de l'entreprise change, les individus changent aussi, mais l'un ne va pas sans l'autre.

Comment sortir de cette impasse? La meilleure façon que je connaisse est de reconnaître au départ qu'il incombe aux individus comme aux entreprises de modifier leur environnement, car l'environnement influe énormément sur l'individu. L'aspect le plus important du changement culturel — celui possédant le potentiel le plus élevé de permettre aux individus et aux organisations de trouver un terrain d'entente — est de remettre en question les hypothèses concernant l'utilisation du temps profondément ancrées dans la culture de l'entreprise. Les familles ont besoin de la même chose pour rester en santé que les entreprises pour rester productives : une flexibilité accrue. Les papas veulent contrôler davantage leur temps de travail — pas moins de travail, mais plus de discrétion sur quand ils l'exécutent.

Cet article est tiré de Working Fathers : New Strategies for Balancing Work and Family (Édition livre de poche, Harcourt Brace, 1998) par James A. Levine et Todd L. Pittinsky.

James A. Levine, D.Ed., est directeur fondateur du projet The Fatherhood Project® au Families and Work Institute à New York (www.fatherhoodproject.org, courriel jlevine@familiesandwork.org). Il est le père de deux enfants adultes.

Todd L. Pittinsky, Ph.D., est professeur et chercheur à l'Université Harvard. Dans le cadre de son travail, il analyse la conception et la gestion des milieux de travail et des communautés qui intègrent les intérêts individuels et collectifs de façon créatrice. On peut le rejoindre par courriel à todd@hbs.edu.

Tomber en amour : Les liens affectifs papa-bébé

Père et bébé Je me rappelle très clairement être tombé en amour avec mon premier bébé. Chaque fois que je visitais mon épouse et mon nouveau fils à l'hôpital, je prenais Riley et le gardais dans mes bras pendant toute la durée de ma visite. Quand je le serrais dans mes bras, c'était comme si ce petit bébé se faufilait tout droit dans mon coeur. Je savais que c'était mon petit et que je l'aimais.

Les mères ont une longueur d'avance dans le processus d'attachement par la grossesse, la naissance et l'allaitement. Les hommes ne peuvent faire aucune de ces choses, mais ils établissent quand même un attachement solide avec leurs enfants. Cela ne se passe pas nécessairement dans la chambre de naissance. L'amour d'un père se développe parfois graduellement à mesure qu'il apprend à connaître le nouveau petit être.

Mais commencer tôt semble être la clé. Un certain nombre d'études réalisées ces vingt dernières années ont démontré que les hommes qui établissent un contact précoce avec leur poupon, passent plus de temps avec eux quand ils ont de trois à six mois.

Quand le deuxième enfant de Chris Risley est né, ce papa à temps plein savait déjà comment se formeraient leurs liens affectifs. « Pour moi, les liens sont directement reliés au nombre d'heures où je suis responsable de l'enfant », déclare-t-il. « Être responsable » d'un enfant signifie le tenir, le bercer, le consoler, changer ses couches. Le message est clair : il faut connaître quelqu'un pour l'aimer. Et pour connaître un bébé, il faut s'en occuper.

Ce n'est pas toujours facile pour les hommes de se lancer dans l'aventure. Un grand nombre d'entre eux ont grandi en pensant que s'occuper d'un bébé était l' « affaire des femmes ». Certains sont décon-certés par l'apparence de leur nouveau-né ou incertains de leur capacité à s'occuper de lui. En outre, les pères de bébés allaités ne possèdent pas l'équipement nécessaire pour répondre à ce besoin fondamental — la faim.

Les mères ne savent pas non plus, comme par magie, comment subvenir aux besoins d'un bébé. Elles apprennent sur le tas — en lisant, en parlant à d'autres parents, mais surtout en faisant des expériences tout en observant la réaction du bébé. Les pères qui adoptent la même approche dès le départ découvrent leur compétence en peu de temps. Et au moment où le bébé commence à répondre avec des sourires irrésistibles, le papa qui a été là pour marcher en le tenant dans ses bras, le bercer et le changer saura que cela valait bien la peine.

Ce qu'il y a de merveilleux dans tout cela, c'est le sentiment d'attachement qu'il procure au père. Les hommes sont parfois poussés à s'occuper de leur bébé parce « c'est bon pour le développement de l'enfant » ou parce que leur épouse « a besoin de leur aide ». C'est vrai, mais n'oublions pas que c'est très bon pour nous aussi.

Connaître et aimer un bébé est l'une des plus grandes expériences de la vie. Je me rappelle d'une soirée où j'ai endormi mon fils de quatre mois, Jesse, en le berçant sur mon épaule au son d'une musique douce. Je me suis senti envahi par un sentiment de paix, d'intimité et d'amour, et j'avais pitié des hommes qui ne savaient pas ce que c'était que d'avoir un enfant qui s'endort dans ses bras.

Le rôle parental requiert du travail. Tomber en amour avec son bébé permet de profiter pleinement de la condition parentale. N'attendez pas que votre enfant soit au niveau collégial pour faire partie de sa vie. Apprenez à vous connaître dès maintenant!

John Hoffman, dont les fils sont maintenant âgés de 17, 14 et 10 ans, est le spécialiste canadien des questions reliées à la paternité. Il est chroniqueur pour Today's Parent Magazine.

Cet article, originalement publié sous le titre « Hi Dad! » dans Today's Parent Newborn, est reproduit et traduit avec permission.

Comment s'attacher à un enfant

  • Prenez le bébé. Tenez votre bébé, même s'il dort. Les nouveaux papas prennent souvent le bébé quand il n'est pas à son meilleur, peut-être quand lui et sa maman sont à bout. Tenir un bébé heureux est une toute nouvelle expérience. Vous aimerez cela.
  • Utilisez un porte-bébé. Beaucoup de pères ont découvert que l'une des choses les plus efficaces qu'ils peuvent faire pour passer un peu de temps avec le petit et accorder du répit à maman est d'aller marcher avec le bébé dans le porte-bébé. La plupart des poupons y sont heureux et contents (en fait beaucoup d'entre eux s'y endorment), et papa a la chance d'avoir un contact ininterrompu et libre de stress avec le bébé, tout en lui faisant voir le vaste monde.
  • Donnez des soins à votre bébé. Quand vous vous occupez d'un bébé, vous développez un « langage du toucher » compris par vous deux. Donner un bain, faire faire le rot, habiller et changer de couches sont autant de choses que vous pouvez faire. Votre bébé se fout de votre technique, il vous suffit d'agir avec douceur et de vous faire rassurant.
  • Ne compétitionnez pas avec maman. Dans la plupart des cas, papa est numéro deux dans le monde du jeune bébé. Respectez le lien maman-poupon et soutenez son développement et sa croissance. Votre principale priorité : un bébé sécurisé.
  • Ne rivalisez pas avec le lait de maman non plus. Le lait maternel est mieux pour les bébés. Votre soutien est important pour un allaitement réussi et plaisant. Si vous voulez donner au bébé une bouteille de lait maternel, attendez que le processus d'allaitement soit bien établi - environ six semaines.
  • Allez-y en solo. Beaucoup de papas gagnent en confiance quand ils passent un peu de temps seuls avec le bébé. C'est simplement différent quand votre partenaire n'est pas là pour vous tirer d'affaire. De petites équipées en solo - une heure à peu près au début - sont mieux pour les poupons allaités.
  • —Today's Parent Newborn

Photo d'une famille

Le père engagé

Les pères, on parle enfin de vous! Dans les films, les séries télévisées, les réclames publicitaires, on présente toute une panoplie d'images de pères.

Il existe de nombreux ouvrages et études portant sur le père, jadis « le parent oublié » de la communauté scientifique. Sous une apparente simplicité se cache une réalité beaucoup plus complexe de ce qu'est la paternité. Il y a donc lieu d'en parler!

La paternité est un sujet passionnant qui nous interpelle dans notre façon d'être mère/père, conjoint/conjointe et homme/femme. La façon dont je perçois les rôles sexuels, la féminité, la masculinité, influence comment je me perçois comme mère ou comme père. Parler des pères, c'est une façon d'explorer de nouvelles idées sur le phénomène de la paternité et de nuancer certains messages au sujet des pères (ou des mères) qui sont véhiculés par les médias, la communauté scientifique ou les milieux d'intervention.

Qui sont les pères?

Selon ce témoignage d'une enseignante, on constate la complexité croissante du phénomène de la paternité.

On nous avait invité, dans le cadre d'une activité visant la sensibilisation à l'engagement paternel, à demander aux enfants de dessiner ce qu'ils aimaient faire avec leur père. Ce qui m'a surpris ce sont les réactions que cette activité a suscitées. Pour commencer, il fallait répondre aux questions des enfants : « Oui, mais quel père? Mon vrai père ou mon nouveau père? » « Moi, je n'en ai pas de père (ou je ne l'ai jamais vu!). » Par la suite, il y a eu les commentaires de parents : « J'ai vu le dessin de mon fils mais ce n'est pas vrai, il n'a jamais joué au hockey avec son père, il ne le voit pas. » J'ai réalisé que finalement, ce n'était pas si simple que ça.
— enseignante, entrevue réalisée dans le cadre de l'évaluation d'impacts de ProsPère

Traditionnellement, la paternité se fondait sur le lien biologique, un lien généralement reconnu par la stabilité des unions, par l'institution du mariage, liant ainsi conjugalité et parentalité.. Mais, selon Statistiques Canada (1995), près du tiers des mariages se terminent par un divorce. Prenant en compte les unions de fait, ce pourcentage augmente à près de 50 %.

Cette situation a ainsi pour effet de plutôt dissocier la composante conjugale de la composante parentale. Elle entraîne également une diversification des trajectoires parentales. Dans le passé, la majorité des hommes sont entrés dans la carrière paternelle avec une conjointe n'ayant pas d'enfant, mais aujourd'hui, il est plus fréquent de commencer sa paternité en beau-père d'enfants de la conjointe. Au cours de sa vie, un homme pourra être père d'enfants qui ne vivent plus avec lui, tout en étant le beau-père des enfants d'une nouvelle conjointe pour ensuite devenir à nouveau papa.

Les progrès médicaux ont aussi énormément modifié le fondement biologique de la paternité. L'accès à une contraception efficace a créé un contexte favorable à une nouvelle définition plus égalitaire des rôles parentaux. Certains tests permettent aujourd'hui aux hommes de confirmer leur paternité biologique (avec un test d'ADN) ou leur potentiel reproductif (avec un test de fertilité). Des technologies médicales alternatives telle l'insémination artificielle permettent de pallier au problème d'infertilité. L'adoption s'avère également une stratégie légale palliant au problème d'infertilité. On peut toutefois s'interroger sur les impacts de ces progrès sur la paternité. Il est donc évident que la paternité passe désormais à un fondement social, ce qui génère des questionnements sur la similitude ou la distinction entre les rôles maternels et paternels.

Depuis les vingt dernières années, nous entendons parler que les rôles parentaux ont beaucoup évolué. Toutefois, dans la réalité de tous les jours, les choses ont-elles vraiment changées?

Que font les pères?

Tout d'abord, comparons les caractéristiques des pères d'aujourd'hui avec celles des générations antérieures et avec celles des mères.

Comparaisons avec les pères de la génération précédente

Il est bien admis que les pères d'aujourd'hui sont plus engagés auprès de leurs enfants que ne l'ont été leurs propres pères. On est passé du rôle de pourvoyeur à celui de père engagé autant au plan affectif qu'à celui de l'éducation, des soins et des interactions avec l'enfant. La présence accrue des femmes sur le marché du travail, l'augmentation des divorces et la division moins traditionnelle des rôles et des responsabilités familiales sont des facteurs qui expliquent pourquoi les pères jouent un rôle plus important. Aussi, les hommes veulent être plus près de leur enfant.

Mais aujourd'hui, l'engagement paternel est devenu plus nuancé et varié. Certains pères ne peuvent s'engager davantage auprès de leurs enfants à cause de leurs conditions d'emploi; d'autres s'engagent davantage grâce à leur disponibilité, éducation ou expériences antérieures. Pour les pères divorcés, l'engagement pourrait se traduire par le maintien d'une relation occasionnelle affectueuse. Bref, il n'y aurait donc pas qu'une seule façon de jouer son rôle de père.

Mon père a toujours été très présent auprès de nous. Je me rappelle de ces dimanches matins où on le retrouvait, mes frères et moi, dans son lit pour une bataille endiablée qui finissait toujours par des fous rires. Pendant ce temps, maman nous préparait à chacun notre petit déjeuner préféré. C'était la journée spéciale de la semaine. Lorsque j'y repense aujourd'hui, je réalise qu'en réalité on ne le voyait pratiquement que le dimanche. Il travaillait six jours par semaine et bien souvent il rentrait tard. Pourquoi dans mes souvenirs est-ce que je le vois si présent? Dans le fond, il ne s'agit pas toujours de la quantité de temps mais bien de la qualité. Les moments que nous avions ensemble étaient des moments de plaisir. De plus, je réalise que ma mère le rendait très présent en parlant fréquemment de lui.
— intervenante de 40 ans (Formation sur l'engagement paternel : Place allouée par les femmes)

À propos des pères…

Au Canada, la plupart des pères qui ont des enfants à la maison partagent leur rôle parental avec une épouse (3 970 580 familles) ou avec une partenaire d'union de fait (434 950). Dans environ un dixième de ces familles, un des parents (habituellement l'homme) est un beau-père.

Quant aux familles monoparentales, bien que la plupart sont encore dirigées par des femmes, plus d'hommes élèvent leurs enfants seuls que par le passé. Entre 1971 et 1996, le nombre de pères monoparentaux au Canada a presque doublé (de 99 435 à 192 275) et ils représentent maintenant 17 % de toutes les familles monoparentales. Soixante-neuf pourcent de ces pères sont séparés ou divorcés. Les autres sont veufs (19 %) ou n'ont jamais été mariés (12 %).

— source des statistiques : Profil des familles canadiennes II, l'Institut de Vanier de la famille

Comparaisons avec les mères

Certaines études se basent souvent sur une comparaison des caractéristiques maternelles à celles des pères. Malheureusement, les résultats démontrent généralement une supériorité des mesures maternelles, qui sont principalement élaborés et validés auprès des mères et qui pourraient ne pas refléter adéquatement la réalité paternelle.

Certains critiquent aussi les méthodes utilisées. Les pères seraient plus influencés par le fait d'être observés ou filmés que ne le seraient les mères. Finalement, on a parfois interprété les comportements de façon particulière (fréquence des comportements — quantitative, contexte particulier — qualitative). On a conclu que « prendre l'enfant » est tout aussi fréquent pour les deux parents, mais ce comportement se manifeste surtout dans un contexte de jeu pour les pères et dans un contexte de soins pour les mères. Il faut donc retenir ces considérations d'ordre méthodologique dans l'analyse et l'interprétation des résultats obtenus auprès des pères.

Cette comparaison semble avoir contribué à dépeindre les pères de façon négative : le père absent, incompétent, violent, désengagé, etc. Donc, il faudrait désormais recadrer l'étude de la paternité dans une perspective plus « générative », axée sur les forces et la motivation des pères dans un contexte culturellement ou historiquement distinct de celui des mères. Déjà, les études étaient menées exclusivement auprès des mères, ce qui a eu pour conséquence d'associer les qualités parentales à des caractéristiques féminines telles la sensibilité, la communication, la manifestation d'affects. Mais si l'on se concentrait plutôt sur les forces des pères, on pourrait identifier les qualités paternelles qui s'avèrent positives dans l'éducation des enfants, par exemple, l'autonomie, le réalisme et le jeu.

Points de vue

Un père n'est pas une seconde mère. Un père ne materne pas, il paterne.
—intervenant, Groupe de pères

Même si je fais les mêmes choses que ma femme avec Mickaël, je ne les fais pas de la même façon. De toute manière, je ne le pourrais pas, elle, elle est parfaite et moi non!
—un père de deux garçons

Je veux bien essayer de faire ma part et qu'on se partage ce qu'il y a à faire. Mais ce n'était jamais correct. Ce n'était pas tout de le faire, il fallait que je le fasse comme elle le voulait. Finalement, j'ai démissionné.
—un père ayant un garçon de quatre ans

C'est vrai que les pères sont importants et maintenant je fais attention lorsque je téléphone à la maison pour un problème quelconque avec l'enfant pour ne pas demander à parler à la mère. Mais bien souvent c'est le père lui-même qui me dit : Attendez je vais vous passer mon épouse.
—psychologue scolaire

À la maison, je faisais tout. Depuis que nous sommes divorcés, j'apprends qu'il fait le lavage, la cuisine et lorsqu'il a les enfants il leur lit une histoire, donne le bain, etc. Pourquoi ne faisait-il pas ça lorsque nous étions ensemble. Ce n'est pas faute de lui avoir dit.
—une mère divorcée

On n'arrète pas de nous dire que les pères d'aujourd'hui sont plus engagés que ne l'étaient les pères de la génération précédente. OK, mais peut-on s'entendre sur le fait que les mères bien souvent continuent à faire la plupart des tâches reliées aux soins et à l'éducation de l'enfant.
—chercheure universitaire

Similitudes et différences entre
les mères et les pères

En partant, la grossesse, l'accouchement, l'allaitement favorisent un lien entre la mère et l'enfant. Les pères vivent ces moments, mais autrement. Dans des situations contrôlées, on a observé des compétences similaires chez les deux parents aux plans des soins, du jeu et du langage. Toutefois, dans le quotidien, dans un contexte non contrôlé, il n'y a pas un partage plus équitable des tâches parentales puisque les mères continuent d'en assumer la responsabilité première. Ces travaux abordent l'engagement du parent selon la fréquence de l'interaction avec l'enfant, ce qui n'est pas nécessairement une méthode de mesure sûre.

Généralement, on a observé plus de similitudes que de distinctions entre les comportements parentaux. Mais on a tous remarqué quelques distinctions générales. La première concerne le type d'activités dans lequel le parent s'engage. Les mères interagissent davantage dans un contexte de soins; les pères interagissent dans un contexte de jeu, surtout physique.

Deuxièmement, au plan des échanges verbaux, les mères sont plus répétitives, utilisent davantage la forme interrogative (« Qu'est-ce qu'on pourrait bien faire avec ça? ») et leurs échanges sont orientés vers des explications. Les pères verbalisent moins, sont plus engagés dans l'action et utilisent davantage la forme impérative

(« Tu vas prendre les rails et moi je vais monter la gare. »). Au plan du langage, les pères seraient vus comme des partenaires plus exigeants, ce qui favorise l'intégration de l'enfant aux environnements externes (ex. la garderie).

Troisièmement, les pères réagissent plus aux comportements de dépendance de l'enfant, surtout si l'enfant est un garçon. À titre d'exemple, lorsqu'ils sont observés dans des situations de résolution de problèmes, les pères, comparativement aux mères répondent moins aux demandes d'aide de l'enfant. Il est intéressant de noter que malgré ces différences sur le plan du soutien, les enfants réussissent tout aussi bien la tâche avec le père qu'avec la mère.

Finalement, les pères manifesteraient plus de comportements non conventionnels qui auraient l'effet de déstabiliser l'enfant et ainsi lui permettre de développer ses habiletés d'auto-contrôle.

Lorsque mon mari prenait Jérôme et qu'il s'amusait à le lancer dans les airs, j'aimais mieux ne pas les regarder. J'entendais le petit rire à gorge déployée et en redemander à son père et j'espérais que le tout ne se termine pas en pleurs.
— une mère

Moi, j'essaye de le calmer avant de le mettre au lit en lui donnant son bain, en lui racontant une petite histoire. Mon mari, quant à lui, avec tous ces jeux de tiraillage il me le rend tout énervé.
— une mère

Il est donc évident qu'il faudrait élaborer de différents modèles parentaux qui demanderont à être validés. L'essentiel, c'est qu'il n'y a pas un type d'interaction qui est meilleur qu'un autre. Les deux parents contribuent à fournir des apprentissages différents à l'enfant, optimisant ainsi son développement.

« Père à sa manière »

L'engagement paternel semble dépendre de plusieurs facteurs. Au plan des caractéristiques individuelles, les hommes seraient plus engagés s'ils valorisent le rôle paternel, s'ils lui attribuent une place importante dans la construction de leur identité et s'ils se sentent compétents comme parents. Mais encore aujourd'hui, dans la socialisation des garçons, les activités de « prendre soin » et « de donner de l'affection » relèvent plus de l'univers féminin et sont plutôt incompatibles avec les modèles de virilité qui ont la « cote ».

Au plan des caractéristiques familiales, les pères seraient plus engagés lorsque leur relation conjugale est harmonieuse et lorsqu'ils se sentent encouragés à s'impliquer plus auprès des enfants. Le milieu de travail des hommes serait également un facteur important. Finalement, les caractéristiques des environnements de services tels les horaires des services, le type d'activités offertes, le ratio de personnel féminin et masculin, seraient aussi des facteurs déterminants.

Être père c'est important pour qui?

Qu'est-ce que l'engagement paternel, direct ou indirect, change dans la vie des différents membres de la famille?

Impacts sur le père

Même si les pères considèrent qu'à court terme il y a un coût à payer, ils perçoivent généralement de façon positive leur engagement parental. Ce coût concerne leur carrière professionnelle (sentiment de manquer de temps, stress). Ces effets sont surtout observés dans les familles où les deux parents travaillent.

Impacts sur l'enfant

L'engagement paternel a des effets positifs sur l'enfant. Les enfants adoptent des attitudes sexuelles moins stéréotypées, et démontrent des compétences cognitives supérieures à celles des enfants dont le père est peu engagé. Ces compétences se traduisent par une meilleure adaptation scolaire. L'engagement paternel favorise également la compétence sociale des enfants et un meilleur ajustement psychologique. Il faut toutefois ne pas attribuer aux seuls pères les acquis de l'enfant. Mais l'apport paternel, au-delà de l'apport maternel, contribue à mieux expliquer les comportements adoptés par l'enfant.

Dans le cas de familles en rupture d'union, on a conclu que ce ne serait pas l'absence d'un modèle masculin qui expliquerait les effets négatifs sur l'adaptation scolaire ou sociale de l'enfant. Il s'agirait davantage du fait qu'une ou plusieurs facettes du rôle paternel (fonctions économique, sociale et émotive) ne soient pas adéquatement assumées.

Impacts sur la famille

Le père n'exerce pas seulement une influence directe sur les enfants, mais sur la mère également. De nos jours, les mères, plus présentes sur le marché du travail, ont besoin plus que jamais du soutien de leur conjoint. Or, il ne suffit pas uniquement de vouloir, il s'agit de partager un territoire commun, malgré les difficultés à ce faire. Il s'agit de former une équipe qui pourrait répondre à tous les besoins de l'enfant.

L'impact de l'engagement paternel auprès de la fratrie (frères et soeurs) est peu étudié. Mais la qualité des soins dispensés et l'expression affective de la part du père permettent de prédire les comportements prosociaux et de coopération entre frères et soeurs.

Des pères que l'on connaît peu!

Jusqu'ici, les études ont été menées auprès de pères de familles bi-parentales, de race blanche et dont le statut socio-économique est moyen, sinon favorisé, et auprès des pères divorcés/séparés (ayant ou non la garde de l'enfant) et des beaux-pères. Mais peu de renseignements existent sur les pères de familles moins traditionnelles tels les pères-adolescents, immigrants, gais ou incarcérés, qui ont des besoins spécifiques qu'il faudrait documenter davantage.

Pères adolescents : Être parent à l'adolescence, un événement souvent non-désiré, ne fait pas partie de la trajectoire habituelle de développement de l'individu. Parmi les pincipaux problèmes rencontrés, on note la reconnaissance légale de la paternité par la mère, les tensions élevés au plan conjugal, les conflits plus nombreux avec la belle-famille et les conditions économiques précaires.

Pères immigrants : Du fait que les immigrants forment 17 % de la population du Canada, il faudrait étudier l'impact des différents modèles culturels sur la paternité. Selon certains, les pères canadiens s'engagent davantage au cours des périodes prénatale, périnatale et postnatale que les pères japonais (résidant au Canada et au Japon). D'autres, en comparant les pères provenant de cultures haïtienne, vietnamienne et québécoise, disent qu'il faut distinguer les difficultés relevant de leur adaptation à la parentalité de celles relevant de leur adaptation au nouveau contexte socioculturel.

Pères gais : À cause de notre héritage culturel, on a tendance à avoir des difficultés à envisager la paternité chez les hommes gais. Selon une étude récente, 50 % des personnes homosexuelles vivent en couple, dont 10 % ont des enfants et 40 à 50 % expriment le désir d'être parent. Qui sont les pères gais? Quels rôles parentaux assument-ils? Quels sont les impacts sur le développement de l'enfant? Malgré le peu de données disponibles, il semblerait que leurs attitudes et comportements ressemblent beaucoup à ceux de pères hétérosexuels divorcés. De plus, leurs enfants ne semblent pas plus à risque quant à leur identité sexuelle et leur adaptation sociale.

Devenir père est une période charnière qui suscite une remise en question des comportements adoptés jusqu'à ce jour. C'est une étape marquante de la vie adulte. L'enfant y gagne également, car la présence d'un père est stimulante et enrichissante, car souvent les deux parents n'interagissent pas de la même façon avec l'enfant. Les besoins d'un enfant sont grands et s'il faut être deux pour créer la vie, je crois que l'on n'est pas trop de deux pour répondre à ces besoins. L'engagement paternel peut aider à développer une alliance conjugale et permettre aux parents d'aborder à deux les différents défis éducatifs.

Devenir père c'est une aventure qui se vit au jour le jour. On ne naît pas parent et on ne devient pas compétent du jour au lendemain. Plus on commence tôt, plus la tâche est facile. Comme pour tout apprentissage, il faut se donner droit à l'erreur et être fier du bon moment que l'on vient de vivre — et ils seront nombreux pour le père qui continue d'essayer.

Diane Dubeau est professeur au Département de psychoéducation et de psychologie à l'Université du Québec à Hull.

Cet article est adapté d'un essai intitulé « Portraits des pères » commandé par l'Institut de Vanier de la famille.

Le dilemme du père
La paternité dans les politiques sociales et familiales

Père et fille

Ce n'est pas chose courante ou facile pour un homme de parler de la paternité, encore moins de la sienne. C'est reconnu, en effet, que les pères ne parlent pas beaucoup d'eux-mêmes, individuellement ou en groupe. C'est que le risque est grand de n'être pas pris au sérieux, ou tout simplement de ne pas être compris par les temps qui courent.

Le rôle paternel constitue pourtant un rôle essentiel dans la vie des familles et pour l'éducation des enfants. Si les hommes sont persuadés de cela, ils n'en ressentent pas moins beaucoup d'ambivalence et de confusion par rapport à ce titre, parfois de la culpabilité de ne pas être à la hauteur de ce rôle, parce que le discours ambiant et plusieurs pratiques sociales ne leur sont pas favorables.

Est-ce qu'on souhaite une plus grande présence des pères ou une présence différente des pères? Est-il possible d'inclure la question de la paternité dans la politique familiale ou sociale?

Qu'est-ce que la paternité?

La politique familiale traite de la parentalité. Distinguer la paternité exige que nous en définissions la nature spéciale. Le gouvernement ne l'a jamais considérée comme un objectif, mais ce ne serait pas nécessairement mauvais, par ailleurs, de le faire à partir de maintenant. La consigne récente du Secrétariat à la condition féminine de procéder à une analyse sexuelle différenciée de tout programme ou mesure au sein du gouvernement nous y invite. Nous devrions profiter de cette occasion inespérée pour faire valoir les éléments caractéristiques de la valeur paternelle.

La première difficulté qui se présente à promouvoir la paternité est celle-là même de sa définition. De qui parle-t-on quand on parle de paternité? Du père biologique, adoptif, du beau-père, du père de famille d'accueil? Devrions-nous aussi inclure le père substitut ou symbolique ?

Deuxième difficulté : Que veut-on valoriser ou quel modèle veut-on proposer collectivement pour la paternité? Un rôle de pourvoyeur, de protecteur, d'éducateur mas-culin, de compagnon de la mère?

Troisième difficulté : Comment répondre aux besoins parfois conflictuels des différents membres de la famille ? Par exemple, les pères qui veulent avoir accès à leurs enfants après la séparation par rapport aux mères qui réclament la garde exclusive des enfants? Ou les pères qui travaillent 60 heures par semaine par rapport à des adolescents désoeuvrés, qui par leurs comportements, trahissent leur recherche de pères qui s'impliquent?

Quatrième difficulté : Comment reconnaître et soutenir une réalité essentiellement relationnelle, faite de droits et d'obligations, mais aussi d'émotions et d'enjeux humains fondamentaux?

Cinquième difficulté : Comme c'est le cas au niveau de la maternité et des différentes formes de la famille, la paternité est diversifiée et multiforme? Où se trouve le dénominateur commun à considérer?

Sixième difficulté : Où trouver les symboles pour bâtir un imaginaire adéquat? La publicité, les téléromans et les films, qu'on dit les miroirs de la société, véhiculent des images paternelles qui vont de la survalorisation du père qui pousse un landau aux agissements loufoques d'un autre qui dénature la vie familiale.

Septième difficulté : La description de la paternité est encombrée de discours idéologiques et n'échappe donc pas aux emportements des discussions sur les relations entre hommes et femmes.

De toute évidence, le terrain est nettement miné pour établir une politique du père! Comme les pères, en majorité, ne parlent pas de la paternité et qu'il n'existe pas de porte-parole pour le faire, il est malaisé de répondre à leurs besoins.

La recherche démontre que les pères ne refusent pas le partage des tâches, mais qu'ils souhaitent les réaliser à leur manière ou choisir celles qui reflètent davantage leurs intérêts et leur disponibilité. Le partage égal des tâches évoque un moitié-moitié irréaliste qui tend à culpabiliser les pères.

Par contre, chez les jeunes parents, il semble que les pères veulent s'occuper davantage des enfants. Ils sont concernés par leur éducation et sont prêts à y mettre plus d'énergie que leurs propres pères. Ils sont plus sensibles à l'interchangeabilité des rôles, surtout auprès des tout-petits.

Cependant, aux yeux des spécialistes du comportement, les rôles de la mère et du père ne sont pas tout à fait interchangeables. Il y a un rôle proprement masculin à jouer dans la vie d'un enfant et seul le père peut le faire. C'est par ce père que transitent le mieux les processus de socialisation, même à la petite enfance.

C'est par ailleurs à l'adolescence, autant chez les filles que chez les garçons, que le rôle du père s'exerce avec plus de spécificité. Son rôle consiste à faire passer le jeune du giron maternel au monde plus extérieur et plus social. Dans le processus d'identification personnelle, ce rôle est essentiel. Bien sûr, ce rôle peut se jouer par éducateur masculin interposé, par substitut paternel. Mais naturellement, ce rôle appartient au père biologique.

Que peut faire l'État pour renforcer la paternité?

Rappelons qu'une politique d'intervention sociale peut s'établir quand il y a consensus, quand il y a des valeurs partagées, quand les enjeux sont clairs. Or, au regard de la paternité, les représentations sociales ne sont pas favorables. À tout le moins, l'État devrait soutenir légalement et pédagogiquement la responsabilité conjointe des parents à l'égard des enfants et agir en conséquence. Au Québec, le Code civil est là pour en fournir la base.

L'État devrait donc rappeler, en toute logique, par exemple, que chaque enfant a besoin d'un père et d'une mère, à moins de circonstances exceptionnelles. Ce rappel d'évidence montrerait que les pères ne sont pas destinés qu'à être des clones maternels, mais qu'ils ont une présence personnalisée à concrétiser dans la vie de leurs enfants.

L'État devrait favoriser toutes les mesures de renforcement des comportements propices à nourrir l'estime de soi des garçons, l'identité masculine ainsi que paternelle. Le congé paternel de naissance, par exemple, réservé aux pères sous peine de le perdre, est très efficace pour solidifier le lien père-enfant dès les premiers instants.

Des programmes d'accès à l'égalité dans les métiers et professions du domaine de l'enfance et de l'adolescence permettraient d'exposer les enfants des deux sexes à la présence complémentaire des hommes et des femmes. Comme les femmes détiennent la plupart des postes dans la profession enseignante et les garderies, les enfants ne sont pas suffisamment en contact avec les éléments masculins dont ils ont besoin pour un développement équilibré.

Il faudrait ensuite mobiliser les hommes, particulièrement les pères, à l'animation et à l'éducation des adolescents. Les jeunes de cet âge manquent de la présence active et émotionnelle des hommes comme figures paternelles pour cultiver leurs idéaux et développer leurs potentialités.

La publicité sociétale est aussi un moyen à la disposition de l'État pour montrer des exemples de comportements favorables. Déjà, la publicité gouvernementale, surtout en éducation et en services sociaux, est particulièrement valorisante pour les pères en les mettant en action auprès des enfants et des adolescents.

Enfin, l'État devrait soutenir le counseling familial pour aider les parents à résoudre les conflits entre eux. Les familles sont actuellement des milieux très stressés par l'ensemble des activités et des obligations que les membres s'imposent. On doit, par tous les moyens, favoriser résolument l'harmonie dans chaque famille, pour le bénéfice de chacun des membres, mais surtout pour le bonheur des enfants. Il faut apprendre à se parler calmement et patiemment. Il faut savoir s'écouter et, risquons le mot, s'aimer.

Nous ne pouvons pas nous attendre, de la part de l'État, qu'il devance les comportements des parents par ses politiques sociales et familiales. Si les pères ne prennent pas la parole collectivement pour définir la place qu'ils souhaitent occuper dans la famille, l'État ne bougera pas! Si les hommes ne participent pas davantage à la recherche réalisée sur la paternité, l'État ne bougera pas!

Cependant, l'État pourrait entreprendre, au minimum, de forcer la discussion publique sur les valeurs en cause et sur une réflexion éthique autour de certains comportements d'adultes et de leurs répercussions sur les personnes, la famille et la société.

Ce qui me semble important, c'est que l'État renforce sa politique familiale pour protéger les milieux familiaux - ces cellules de base de la société - à la manière des politiques de protection de l'environnement. Les familles sont fragiles actuellement, elles sont des laboratoires humains en pleine expérimentation, et il y a le risque de jouer aux apprentis-sorciers avec elles.

Jean-Pierre Lamoureux est le secrétaire général du Conseil de la famille et de l'enfance du Québec. Il est marié et père deux fois. Il est membre du conseil d'administration de l'Institut Vanier de la famille depuis 1996.

Cet article a été tiré d'un article paru dans Présences de pères : Actes du premier Symposium national sur la place et le rôle du père, publié par la Direction de la santé publique de Montréal-Centre.

Ressources pour et sur les pères

Pour les milieux d'intervention

ProsPère : Un projet québécois d'intervention communautaire visant à favoriser l'engagement paternel. Regroupement de chercheurs et de praticiens associés au GRAVE (Groupe de Recherche et d'Action sur la Victimisation des Enfants).
Site web : www.unites.uqam.ca/grave/ (voir ProsPère ou Père en mouvement).

Voir aussi les deux rapports d'évaluation d'implantation publiés par Direction de la Santé Publique de Montréal-Centre sur leur site Web
www.santepub-mtl.qc.ca/Publication/famillepub.html :
À Pointe-Calumet, on fait place aux pères par Turcotte, Desjardins & Ouellet (2001).
À Rosemont, ça Coopère par Ouellet, Turcotte & Desjardins (2001).

Initiative pour l'engagement paternel - Réseau ontarien (IEP-RO) : Mis en oeuvre dans 20 communautés ontariennes, IEP-RO regroupe des individus et des organisations ayant pour objectifs de discuter, d'apprendre et d'encourager la participation des pères dans les vies de leurs enfants. Plus d'information au site Web de Santé Canada
(www.phac-aspc.gc.ca/ph-sp/ddsp/etudes_cas/ec_ontarienne/index.html).
Téléphone 613.257.2779 poste 108
Courriel fiion@connectionsprogram.ca

Sur le terrain des pères : Projets de soutien et de valorisation du rôle paternel par C. Bolté, A. Devault, M. St-Denis & J. Gaudet (sous presse). Ce guide présente une revue des projets canadiens dont les objectifs étaient de soutenir ou de valoriser l'engagement des pères auprès des enfants de 0-12 ans. Sur les 61 projets qui ont été analysés, 15 sont décrits de façon détaillée à titre de bons exemples de projet selon les critères généralement utilisés en élaboration de programmes.
Disponible sur le site Web : www.unites.uqam.ca/grave (voir Publications).

Getting Men Involved: Strategies for early childhood programs par J. Levine, D. Murphy & S. Wilson (1993). Un atout pour tout professionnel intéressé à élaborer un programme d'intervention visant à favoriser l'engagement paternel. Le guide couvre l'ensemble des étapes requises à l'élaboration et à l'implantation d'un programme. Simple, complet et surtout foncièrement pratique. Des stratégies de recrutement sont incluses.

National Center on Fathers and Families (NCOFF). Ce site diffuse de façon régulière des synthèses de la documentation ou des rapports de recherche portant sur différentes thématiques liées à la paternité ainsi que des recommandations aux plans de la recherche, de la pratiques et des politiques.
Site Web www.ncoff.gse.upenn.edu

Pour les parents

Le Magazine Enfants Québec : Un magazine et un site Web offrent beaucoup d'articles intéressants et utiles pour des pères aussi bien que des mères.
Site Web www.enfantsquebec.com

Dads Can : Une organisation charitable en plein développement ayant son siège à London, Ontario. Dads Can est issu d'un cours prénatal destiné aux nouveaux papas et a pour mission de revaloriser un idéal de paternité axé sur la responsabilité et l'implication des pères, en soutenant leur cheminement personnel vers une paternité et des comportements positifs au sein de notre société. Le site de Dads Can se veut une porte d'entrée permettant d'identifier les personnes (chercheurs, intervenants), les organismes et les institutions intéressés à la promouvoir de la paternité au Canada. Ces renseignements sont regroupés selon les différentes provinces canadiennes.
Téléphone 1.888.Dads Can
Site Web www.dadscan.org

L'engagement paternel : Le guide du père d'aujourd'hui (2002) : Ce livret est conçu pour aider les parents et les professionnels à mieux comprendre comment les pères peuvent jouer un rôle positif avec leurs familles. Disponible par le biais du secrétariat de l'IEP-RO
a/s Connexions
tél. 613.257.2779 poste 108
téléc. 613.257.5344
courriel fiion@connectionsprogram.ca.

Être père : la belle aventure ! (Pour hommes d'abord…) : Document publié par le Secrétariat à la famille du Québec dans le cadre de l'Année Internationale de la famille (1994).