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Traits de familles

L'évolution de la culture parentale

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TABLE DES MATIÈRES

Introduction

Parler de culture en cette ère de diversité est une entreprise périlleuse. Ainsi, parler de la « culture parentale », c'est osé s'attaquer à une atmosphère normative ou à un contexte universel connu dans le cadre duquel se joue le rôle parental. Il serait facile d'affirmer que les structures familiales multiples qui façonnent l'expérience de la condition parentale, que l'appartenance ethnique, les niveaux de revenu et les quartiers présentent des conditions radicalement différentes pour l'éducation des enfants, et que même au sein des familles, les opinions des hommes et des femmes divergent profondément sur la signification du rôle parental. On pourrait aussi estimer que malgré les nombreux changements historiques survenus dans l'art d'être parent, beaucoup de principes durables et intergénérationnels sont transmis sur le comportement parental.

Pourtant, je soutiens dans ce document qu'un certain nombre de grandes transitions culturelles ont eu des répercussions importantes sur la fonction parentale au quotidien — sans égard aux conditions ou circonstances uniques dans lesquelles les parents éduquent leurs enfants. À l'heure actuelle, la sociologie familiale met l'accent sur l'examen des nombreuses conditions structurelles dans le cadre desquelles les parents assument leur rôle — certains dans des structures familiales traditionnelles où le père travaille à l'extérieur du foyer et la mère s'occupe de la maison; où les mères et les pères remplissent leur rôle parental à partir de ménages différents suite à une séparation ou un divorce; où des couples lesbigais ont et élèvent des enfants et, ce faisant, créent de toutes nouvelles pratiques parentales dans notre culture. Cependant, je n'ai pas l'intention de traiter de ces différences structurelles dans ce document. Le type, ou la structure de la famille, est important pour certaines analyses, mais certains faits semblent indiquer que le type de famille en soi ne donne pas beaucoup d'indices sur la dynamique existant entre les parents et les enfants (Gerson, 1998). En d'autres mots, la culture des mères ou des pères seuls, des parents à double revenu, des beaux-parents et des parents lesbigais les incite à appuyer leurs enfants, à assurer leur bien-être physique, à les aider à ne pas faire de bêtises et à les encourager à atteindre leur plein potentiel. Ainsi, ce document sera axé sur l'atmosphère culturelle dans laquelle s'appliquent les pratiques parentales. En fait, j'examinerai ces pratiques et l'évolution de la culture parentale dans cinq domaines : le travail rémunéré, l'apprivoisement du succès, les pratiques reliées aux rapports sociaux entre les sexes, la consommation et les médias.

La signification de la « culture » parentale

Il convient de définir brièvement le mot « culture » avant d'examiner la relation entre la culture parentale et ces domaines. La culture, c'est une constellation de sens et de pratiques en constante évolution qui fournit un moyen pour examiner le flux d'expérience familiale en contexte (Daly, 2003). Dans notre vie quotidienne, la culture est habituellement invisible parce qu'elle est très familière et profondément ancrée dans nos habitudes et nos routines. Pour les parents, cela signifie souvent que les décisions courantes sont éclairées par des activités de fond non spécifiques qui leur font prendre conscience de ce qui semble bien, naturel ou approprié. La culture est paradoxale en ce sens qu'elle prédomine dans tout ce que nous accomplissons, tout en demeurant souvent indéchiffrable — un peu comme un poisson incapable de voir l'eau dans laquelle il nage.

Nous clarifions la culture en la divisant en catégories significatives comme les valeurs, les normes et les pratiques. L'histoire nous sert d'alliée cruciale dans la compréhension de la culture, car elle sert de base à l'identification du changement et éclaire sur l'évolution des valeurs et des pratiques. Les cultures complexes, comme celles du Canada, comprennent des symboles, des rituels et des guides d'action divers et souvent contradictoires. Par conséquent, il vaut peut-être mieux considérer la culture non pas comme une façon d'agir sine qua non, mais plutôt comme une « boîte à outils » pour définir des plans d'action (Swidler, 1986). On suppose donc que la culture n'est pas unidirectionnelle et ne façonne pas la manière dont les gens exercent leur rôle parental. L'évolution de la culture parentale provient plutôt de la façon dont les parents s'adaptent aux conditions changeantes de leur monde socio-économique. Cette redéfinition permanente de la culture dans laquelle ils vivent reflète ce qu'on a appelé la « culture du moment » qui évolue au gré des nouvelles idées, des nouveaux mots et des nouvelles façons de faire (Douglas et Isherwood, 1996, p. 37). Les familles puisent dans les rituels, les pratiques et les attentes de leur « boîte à outils » culturelle. Ce faisant, elles deviennent elles-mêmes une forme culturelle qui exprime des croyances et des idéaux systématiques. Les familles s'appuient sur la matrice culturelle dont elles font partie pour en connaître le sens et expriment comment être des parents exemplaires et capables. Ainsi, ce que nous considérons habituellement comme un rôle parental privé fait en réalité toujours partie de la plus grande mosaïque de l'idéologie et des attentes familiales. Grâce à leurs négociations et à leurs pratiques parentales quotidiennes, les couples forment des structures dans leurs interactions familiales particulières (Pestello et Voydanoff, 1991, p. 122), en ce sens qu'ils sont à la fois informés par la culture et la reproduisent.

Pour l'essentiel, ce document porte sur comment les parents sont façonnés par la culture et la perpétuent, mais il importe de reconnaître dès le départ que les activités, les pratiques et les attentes des enfants sont cruciales à la compréhension de cette culture. Ainsi, il serait erroné de penser en fonction d'un modèle de transmission linéaire où la culture influe sur les parents qui agissent à leur tour sur leurs enfants. Mon approche est plutôt basée sur une série d'hypothèses bidirectionnelles dans le cadre desquelles les parents et les enfants créent une culture tout comme ils sont façonnés par la culture. Ainsi, les enfants et les parents se transforment mutuellement.

L'intégration du rôle parental au travail rémunéré

Le changement le plus spectaculaire survenu dans la culture parentale a été le bond extraordinaire du nombre de femmes dans la population active. Moins de la moitié des femmes mariées (âgées de 25 à 54 ans) étaient dans la population active en 1976, par rapport à 77 % en 1998 (Vanier, 2000). La famille à double revenu constitue maintenant le modèle familial dominant au Canada. En effet, les deux parents de 7 familles biparentales sur 10 sont dans la population active à l'heure actuelle. Les trois quarts des mères seules avec enfants d'âge scolaire sont sur le marché du travail. Le « rôle de bon soutien de famille » patriarcal de l'époque a maintenant été remplacé par le modèle de cosoutien (comprenant souvent un soutien principal et un soutien secondaire) où les deux parents répondent aux besoins économiques de la famille.

Historiquement, ces réformes à la structure familiale ont précipité un certain nombre de changements dans la culture parentale (Gottfried, Gottfried et Bathurst, 2002). Les taux de participation des femmes à la population active ont augmenté dans les années 1960 et 1970 et on s'est préoccupé au départ des conséquences de la carence maternelle. Selon cette perspective, on estimait que le lien mère-enfant était central au sain développement de l'enfant et que l'absence maternelle en raison d'un emploi aurait des effets négatifs sur les enfants. Le modèle axé sur la compensation a pris la relève quand les attentes se sont faites sentir en faveur d'un rôle accru des pères dans l'éducation des enfants à cause de la plus grande participation des femmes à la population active. Cette optique était basée sur une présomption de déficit selon laquelle les pères devaient contribuer davantage afin de compenser pour les conséquences de la présence des mères dans la population active. Tout comme la carence maternelle, cette perspective mettait encore l'accent sur la primauté du maternage et tendait à négliger les autres motivations et pratiques reflétant un engagement envers le partage du rôle parental. Les parents travailleurs ont dominé la tendance dans les années 1990. Les questions entourant l'harmonisation des responsabilités professionnelles et familiales ont pris une importance accrue et, par conséquent, le modèle de l' « adaptation familiale » semble maintenant dominer. Ce modèle traite de la façon dont les hommes et les femmes concilient les pressions reliées au travail rémunéré et non rémunéré, tout en tentant d'en arriver à une distribution équitable des tâches (Barnett et Rivers, 1998). Dans ce modèle, le discours sur le rôle parental est passé du déficit et de la compensation à l'adaptation à des horaires multiples et complexes, à la recherche de loisirs personnels et de temps pour la famille, à la négociation concernant les travaux domestiques et les services de garde à l'enfance et vers une attente accrue concernant la flexibilité et les politiques en milieu de travail. Cette recherche souligne l'inégalité existant entre les pratiques d'établissement des horaires en milieu de travail et les nouveaux besoins en flexibilité des familles monoparentales et biparentales (Moen, 2002).

L'intégration du rôle parental dans le travail rémunéré a suscité une vague de changements dans notre perception de la culture parentale. Plutôt que de considérer, par exemple, que l'activité parentale se passe en privé à la maison, il faut maintenant examiner la corrélation entre le travail et la vie familiale en analysant les incidences du débordement du travail à la famille et inversement (par ex., Repetti et Wood, 1997). Cette recherche nous permet de comprendre que des niveaux élevés de stress au travail peuvent rendre les parents distants, inattentifs et non disponibles pour leurs enfants sur le plan émotionnel. En revanche, des niveaux élevés de conflit et de stress à la maison peuvent nuire au rendement au travail. Par ailleurs, des données de plus en plus nombreuses révèlent qu'un travail satisfaisant, tant pour les femmes que les hommes, peut avoir des effets bénéfiques sur la relation parent-enfant et sur les résultats développementaux des enfants.

L'importance du travail rémunéré dans la vie familiale signifie que pour comprendre la condition parentale, nous devons maintenant chercher à comprendre ce que veut dire être parent et gérer les rôles reliés au travail rémunéré. Ce phénomène a eu comme principale répercussion d'accroître la complexité de la division du travail pour l'éducation des enfants en raison d'une ambiguïté accrue au niveau des rôles, d'accorder plus d'importance à la négociation des rôles et d'assouplir la façon dont les parents répondent aux besoins quotidiens. Qui plus est, les tendances semblent démontrer que les femmes et les hommes se considèrent de plus en plus, non seulement des coparents mais des cosoutiens économiques de leurs enfants.

Ces taux de participation accrus à la population active ont influé sur la culture parentale de tous les parents, occupant un emploi ou non. Si l'attente culturelle implicite ou dominante veut que les deux parents fassent partie de la population active ou y retournent le plus tôt possible, la décision de s'engager comme parent au foyer peut être considérée comme une anomalie. Par exemple, les mères et les pères qui choisissent de rester à la maison avec leurs enfants peuvent souffrir d'un isolement social grandissant et, de façon subtile, avoir à justifier auprès de leur famille et de leurs amis pourquoi ils ne sont pas sur le marché du travail. Cependant, cela pourrait avoir un impact sur le maintien d'une identité forte et profonde pour le parent dans une culture qui attache autant d'importance et de valeur au travail rémunéré. Ces tensions soulèvent des questions concernant les valeurs fondamentales, à savoir les croyances sur les besoins des enfants, nos obligations concernant le temps et l'argent, ainsi que le rôle du gouvernement quant au soutien aux parents dans la population active et au foyer.

Le rôle parental en tant que performance et la conquête du succès

Étant donné que le rôle parental est ancré dans le travail rémunéré et vu le défi à tout concilier, les parents ont dû transférer et adapter bon nombre des principes du marché du travail au foyer. Même si les études interculturelles sur les pratiques parentales ont toujours révélé que les cultures occidentales ont accordé plus d'importance à la compétitivité et aux réalisations, de nombreux indices montrent que ces pratiques s'intensifient. Par exemple, des études sur les croyances des parents en Occident en ce qui concerne les caractéristiques souhaitables chez les enfants indiquent que les parents veulent que leurs enfants soient intelligents et des leaders confiants. Ils ont en outre tendance à s'inquiéter d'un comportement où l'enfant « s'accroche », ce qu'ils considèrent inquiétant et symptomatique d'un problème sous-jacent (Harkness et Super, 2002).

Cet accent sur l'indépendance pourrait résulter d'un besoin grandissant parmi les parents d'inculquer un sentiment d'efficience chez les enfants. Comme les parents ont accru le temps consacré au travail rémunéré, le défi consistait à répondre aux demandes du ménage pendant les heures « non travaillées ». Pour ce faire, les parents ont dû adapter le taylorisme à la maison (Hochschild, 1997). En milieu de travail, le taylorisme consiste à augmenter la productivité en accroissant l'efficience de la performance de l'employé. Ces principes de l'efficience se retrouvent maintenant dans les foyers où les mères, les pères et les enfants accomplissent efficacement les tâches nécessaires dans le temps limité alloué. Les calendriers, les ordinateurs de poche, les téléavertisseurs et les cellulaires servent à gérer l'horaire à la maison afin de garantir la réalisation des activités quotidiennes. Des listes sans fin, des horaires multiples et des échéances à répétition produisent à la maison une atmosphère qui ressemble à celle du travail où l'on accorde de l'importance à la planification, la réalisation et l'efficience. La culture parentale est, à un certain niveau, une culture organisationnelle modifiée qui met l'accent sur la performance effective et efficace des parents.

La participation accrue à la population active a vu, entre autres, l'émergence d'un discours sur le déficit de temps grandissant dans les familles. Malgré la perception voulant que les parents passent moins de temps avec leurs enfants, toutes les études sur l'emploi du temps réalisées dans les pays occidentaux indiquent le contraire. Au Canada, les parents travailleurs avec enfants de moins de 12 ans passaient plus de temps avec eux, soit 76 minutes par jour (soins directs et socialisation) en 1998 par rapport à 51 minutes par jour en 1986, une augmentation de 50 % (Zuzanek, 2000). Ces résultats sont compatibles avec les tendances observées aux États-Unis (Bianchi, Sayer, Weathers et Robinson, 2000) et en Australie (Bittman, 1999). Même si ces résultats semblent contre-intuitifs, ils soulignent les changements importants dans la façon dont les parents passent du temps avec leurs enfants.

Une explication veut que le temps passé ensemble par les parents et les enfants soit devenu plus axé sur l'objectif, structuré et rempli d'activités. Les données sont limitées, mais la classe sociale joue un rôle important. Par exemple, une étude nationale réalisée aux É.-U. sur l'emploi du temps des enfants révèle que la scolarité et le revenu des parents sont associés positivement aux activités éducatives formelles et informelles et négativement reliés à l'écoute de la télévision (Hofferth et Sandberg, 2001). L'examen des pratiques parentales a permis à Lareau (2002) de déterminer qu'il existe d'importantes différences dans la culture parentale selon la classe sociale. En se basant sur un travail ethnographique exhaustif réalisé auprès de familles issues de différents milieux économiques et sociaux, elle a constaté l'émergence de « l'apprentissage concerté » parmi les familles de la classe moyenne. Dans un climat culturel où la performance et l'efficience sont des valeurs importantes, les parents cherchent à donner à leurs enfants les compétences et les qualités qui garantiront leur succès. Ils encouragent délibérément les talents de leurs enfants pour optimiser leur position dans l'éducation, les sports, les arts et, en bout de ligne, leur carrière. Cet accent sur l'acquisition des talents des enfants a eu de nombreuses conséquences sur les relations parent-enfant : il a brouillé la frontière entre les adultes et les enfants; les préférences des adultes en matière de loisirs ont souvent été assujetties à celles des enfants; les enfants ont utilisé la capacité de raisonnement qu'on leur a inculqué pour faire acquiescer les adultes à leurs désirs; enfin, les enfants ont souvent dit qu'ils avaient droit à ce que leurs désirs soient pris au sérieux (Lareau, 2002).

À titre de comparaison, les parents des familles de la classe ouvrière étaient moins préoccupés par l'optimisation des talents des enfants et plus concernés par la « croissance naturelle » dans le cadre de laquelle ils fournissent des soins et des mesures de protection à leurs enfants et mettent moins l'accent sur les activités organisées externes (Lareau, 2002). Ces parents sont plus susceptibles de considérer les enfants comme subordonnés aux adultes, de faire des distinctions entre les droits des adultes et des enfants et de préférer la discipline à l'expression des idées. (Lareau, 2002).

Les activités de loisirs organisées des enfants augmentent le rythme de vie des familles de la classe moyenne ainsi que le temps consacré par les parents à la gestion de la vie organisationnelle de leurs enfants : trouver et négocier les programmes, inscrire les enfants, payer les droits d'adhésion, lire la documentation, faire du bénévolat pour la collecte de fonds, assister aux pratiques, aux matchs, aux cours et aux récitals, parler aux moniteurs et aux entraîneurs, faire des rappels aux enfants, les encourager à pratiquer, surveiller les pratiques et les louanger pour leurs efforts (Berhau et Lareau, 2001). La tendance est à « l'hyper-parentage » : les parents investissent davantage et travaillent plus pour améliorer la vie de leurs enfants (Rosenfield et Wise, 1999). Ainsi, les parents passent plus de temps avec les enfants, mais il semblerait que cette augmentation soit due au service accru fourni par les parents pour que leurs enfants participent à des activités sociales.

Dans une culture de plus en plus compétitive où les parents travaillent d'arrache-pied pour conserver leur emploi et réussir, ils font ce qu'il faut pour assurer le succès de leurs enfants. Les nouveaux parents et leurs poupons sont exposés à une kyrielle de magazines pour parents, de programmes télévisés et de jeux éducatifs pour les encourager à faire des choix judicieux afin d'assurer le développement optimal de leurs rejetons. Les écoles privées par exemple sont devenues de plus en plus populaires pour accroître la qualité de l'éducation de leurs enfants et optimiser leur performance. La participation à des sports organisés et à des cours sont destinés à améliorer la performance et, en bout de ligne, mener au succès.

Évolution des pratiques selon le sexe au sein de la culture parentale

Le caractère indissociable du travail rémunéré et de la condition parentale a produit une dynamique de pouvoir entre les femmes et les hommes façonnée par les traditions héritées selon son sexe et le désir de nouvelles pratiques parentales mieux équilibrées. Nos idées culturelles contemporaines sont ancrées dans un discours moral sur les pratiques hommes-femmes qui nous dictent ce que les femmes et les hommes devraient faire comme mères et pères (Doucet, 2001). Ce message culturel préconise l'équité au foyer, au travail et dans la communauté, incluant la redéfinition des contributions et des rôles maternels et paternels. Ces attentes se reflètent aussi dans l'attention accrue accordée à la façon dont les pratiques en milieu de travail, comme le nombre d'heures travaillées et le degré de flexibilité, influent sur la manière dont les hommes et les femmes assument leurs responsabilités parentales.

Les études nationales sur l'emploi du temps au Canada (Duxbury et Higgins, 2001; Zuzanek, 2000) ont démontré qu'il y a une tendance dominante de convergence concernant les pratiques parentales et les travaux ménagers : les femmes en font moins et les hommes davantage. Pourtant, les femmes continuent de fournir plus de soins directs aux enfants à la maison. En effet, en 1998, les mères travailleuses dans les familles à double revenu ayant un enfant de moins de 5 ans consacraient 91 minutes en moyenne par jour aux soins personnels de l'enfant (nourrir, laver, habiller), par rapport à 47 minutes chez les pères (Johnson, Lero et Rooney, 2001). En outre, selon les études sur les femmes et les hommes canadiens en milieu de travail, les mères rapportent des niveaux plus élevés de surcharge de rôle et de stress liés au temps comparativement aux pères (Duxbury et Higgins, 2001; Zuzanek, 2000).

Parmi les trois principales dimensions utilisées pour mesurer la contribution du père (engagement, accessibilité et responsabilité) (Pleck, 1997), la recherche indique que, même si la quantité de temps consacré par les mères d'une part et les pères d'autre part aux deux premières dimensions tend à s'équilibrer (Pleck et Steuve, 2001), les femmes assument encore la plus grande part de la dimension « responsabilité » en ce qui concerne la planification, l'établissement du calendrier, l'orchestration et la coordination des activités familiales (Daly, 2001, 2002; Mederer, 1993). La plupart des couples souhaitent atteindre une répartition égale des tâches domestiques, mais plus souvent qu'autrement, les mères orchestrent la vie familiale et les pères s'adaptent en exécutant des tâches (Daly, 2002). Par conséquent, les études sur les rôles maternels et paternels à la maison révèlent toujours que les mères effectuent le travail invisible de planification mentale des activités familiales et que les pères donnent « un coup de main » selon les directives de leur conjointe (Lareau, 2000). Les pères ont modifié leur engagement envers leurs enfants, mais ils ont tendance à considérer leur contribution beaucoup plus grande que les femmes ne l'estiment (McBride et Mills, 1993), en plus d'être généralement moins familiers que les mères sur les menus détails de la vie quotidienne (Lareau, 2000).

Les études féministes font état de la « définition obstinée des territoires selon le sexe » à la maison et au travail où les activités des hommes sont présentées comme la norme pour un « vrai » » travail rémunéré et que les activités des femmes sont considérées comme la norme pour les « vraies » pratiques parentales (Nippert-Eng, 1996). On a expliqué de différentes façons la persistance de ces « territoires » et insinué que les hommes doivent franchir plusieurs limites femmes-hommes pour devenir des partenaires plus à la hauteur dans les pratiques parentales (Twiggs, McQuillan et Marx Feree, 1999). Présenté de cette façon, le défi d'équilibrer le rôle parental est considéré comme un problème personnel nécessitant une solution privée. La théorie de William Goode sur la résistance, une des principales à cet égard, soutient que les hommes ont été réticents à renoncer à leurs positions de pouvoir et de privilège enracinées dans l'avantage patriarcal associé au travail rémunéré. Les hommes doivent vaincre cette résistance. Inversement, d'autres ont soutenu que les femmes ont résisté en agissant comme « garde barrière » pour préserver leur contrôle sur le rôle parental et la gestion de la maisonnée, laissant aux hommes leur rôle d'aidants (Allen et Hawkins, 1999). Selon cette notion, pour aboutir au changement, les femmes doivent systématiquement réduire leur contrôle dans ces domaines et, de leur côté, les hommes doivent redoubler d'efforts pour accroître leur rôle parental et assumer plus de responsabilités.

Les efforts pour effectuer des changements individuels et trouver des solutions personnelles sont importants, mais il n'en demeure pas moins qu'il faut régler un certain nombre de questions d'intérêt public et éliminer des barrières culturelles. Par exemple, l'évolution des cultures et des politiques en milieu de travail pour encourager la contribution des pères a été lente. La santé et les services sociaux ont connu un succès mitigé dans leur tentative d'inclure les pères dans leurs programmes et services. Par conséquent, certains fournisseurs de services se sont résignés à n'offrir qu'aux mères des services sur les soins aux enfants, marginalisant ainsi davantage les pères. Ainsi, le déséquilibre persistant dans la répartition des tâches entre les mères et les pères résulte à la fois du contexte familial et communautaire (Doucet, 2000). Plus particulièrement, les normes selon le sexe, les réseaux sociaux communautaires et les règles informelles renforcent souvent la responsabilité supérieure des femmes vis-à-vis du rôle parental. Les femmes, par exemple, étaient plus susceptibles de se croire jugées par d'autres mères et de se sentir coupables en tant que mères, tandis que les hommes étaient plus aptes à sentir un malaise dans la communauté quand ils consacraient plus de temps aux soins aux enfants (Doucet, 2000).

Les défis liés au partage du rôle parental soulèvent un certain nombre de questions sur nos idéaux culturels à ce sujet. L'interchangeabilité fait partie inhérente de la notion du rôle parental partagé selon laquelle l'égalité comprend la capacité de passer en douceur du rôle maternel au rôle paternel et vice-versa pour un parentage axé sur des soins et de la nurturance sans égard au sexe. L'importance de l'interchangeabilité a aussi été renforcée par l'augmentation d'arrangements de garde partagée dans les années 1990 et qui, à un moment donné, visait à en arriver à l'égalité femmes-hommes dans l'éducation des enfants. Malgré tous les efforts déployés pour y parvenir, de vastes données de recherche indiquent que le rôle parental des femmes et des hommes demeure « fortement ancré » (Doucet, 2001). L'équité, l'engagement envers le coparentage et la responsabilité partagée demeurent des objectifs importants, mais le chemin de la réussite est encore à double voie, car les mères et les pères doivent s'assurer une base solide dans une culture fortement axée sur les rôles traditionnels. Plutôt que de viser l'interchangeabilité, un plan d'action plus réalisable serait centré sur la complémentarité où l'on reconnaît que les hommes et les femmes ont des traditions différentes selon leur sexe, possèdent des antécédents familiaux divers, vivent dans des corps différents et sont conscients des forces et des contributions distinctes qu'ils apportent au coparentage.

Être parents dans une culture axée sur la consommation

Compte tenu de la prolifération de biens sur le marché, de notre exposition quasi constante aux messages publicitaires et de l'énergie que nous déployons pour l'achat de biens de consommation, on pourrait affirmer que les activités de consommation dominent une grande partie de notre quotidien. La mondialisation, les achats en ligne et la prolifération des boutiques spécialisées ont créé des choix illimités pour les consommateurs. Ces choix, conjugués à un rythme de vie accéléré, ont renforcé la quête d'expériences intenses et un attachement à la « nouveauté » qui a aussi alimenté les activités de consommation (Cross, 1993). Il existe aussi un climat économique où les dépenses prennent une avance considérable sur les gains. Comparativement au début des années 1980, les familles sont plus susceptibles d'acheter à crédit et d'être plus endettées : entre 1982 et 1998, l'endettement est passé de 56 % à 101 % du revenu disponible total après impôt (Vanier, 2000).

Les activités reliées à la consommation lève un coin de voile sur nos valeurs culturelles et reflètent l'idéologie de la vie quotidienne en ce sens que nous « avons été socialisés à avoir un désir insatiable de biens matériels avec comme idéaux la facilité et l'abondance, plutôt que la tranquillité » (Robinson et Godbey, 1997, p. 49). Cette perspective, qui reflète certains aspects de l'opinion dominante concernant la consommation dans notre culture, préconise la satisfaction hédoniste et égocentrique inhérente au magasinage et aux achats. Selon Schor (1998), cette culture de consommation est étroitement liée à notre culture d'excès de travail qui engendre un « cycle insidieux » comprenant des besoins insatiables, des achats continus, de longues heures de travail pour payer les factures, et le besoin d'aller magasiner pour faire baisser le niveau de stress qui s'ensuit. Un recueil de travaux érudits publié récemment et consacré à la question du magasinage en tant qu'accoutumance, a pour thème récurrent « la contradiction du vide affectif dans l'abondance » (Baker, 2000).

Les économistes et les spécialistes de la consommation ont souligné certaines des forces qui confirment le pouvoir du consommateurisme dans notre culture. La publicité fait partie de presque tout ce nous voyons et entendons, y compris dans les paysages le long des routes, le transport en commun, à la télévision, sur Internet et même dans les toilettes publiques maintenant. On remarque dans les images des familles véhiculées par les médias une exagération des genres de biens qu'elles peuvent se procurer, en apparence, très facilement. Le succès de la publicité repose sur la création d'un malaise et la stimulation du besoin.

Comme la publicité vise de plus en plus les enfants, leurs besoins et leurs désirs façonnent aussi l'organisation du temps et la gestion de l'argent dans le ménage. Selon Schor (1998), les enfants sont des « agents du matérialisme » qui apportent leurs valeurs consuméristes au foyer par le biais de leurs besoins et de leurs listes d'achat. Le travail de Cook (2004) sur la réification de l'enfance estime que le développement des enfants est de plus en plus défini par le stade de consommation où ils se trouvent (genres de vêtements, types de jouets), et qu'ils sont au coeur de la culture de la consommation et non un élément tangentiel de cette dernière. Beaucoup de nos grandes sociétés (Nike, Sony, Nabisco) ont constaté que la clé de leur succès était la publicité centrée sur les enfants. Les enfants développent une loyauté à la marque tôt dans la vie et cette fidélité dure jusqu'à l'âge adulte et au-delà.

Des indications révèlent que le rôle des enfants dans les achats du ménage familial s'accroît. Les enfants influent sur les petits achats (par ex. céréales, jeux, vêtements), mais aussi sur les décisions de consommation majeures comme les autos, les ordinateurs et les destinations-vacances. Ils connaissent mieux le marché et sont plus puissants que jamais en raison de la petite taille des familles, du revenu familial accru et de la transition de l'autorité et de l'obéissance à la négociation et à la participation à la prise de décision (Valkenburg et Cantor, 2002). Il en résulte, de l'avis de certains, que les parents sont plus indulgents envers les enfants et veulent s'assurer qu'ils ne manquent pas de biens matériels (McNeal, 1992).

Une des conséquences de l'excès de travail et de notre préoccupation culturelle d'acheter et de gérer des biens de consommation est le manque de temps. Les parents composent avec le déficit de temps en faisant appel, entre autres, à des fournisseurs commerciaux pour s'acquitter de leurs responsabilités parentales. C'est ce qu'on appelle « impartition » dans le langage des entreprises. Des chercheurs comme Barrie Thorne ont commencé à étudier la réification de la prestation de soins et des activités domestiques en examinant la prolifération de services, par exemple les services de garde en dehors des heures régulières, les travaux ménagers, la préparation de repas, l'organisation de réceptions et toute une gamme de services de type « concierge » (nettoyage à sec, livraisons, magasinage). Cette tendance, surtout évidente chez les familles aisées, soulève de nouvelles questions sur la culture parentale. L'érosion de la délimitation entre la responsabilité parentale personnelle et les services publics par le biais des achats renforce l'importance d'examiner la condition parentale comme phénomène ancré dans la culture de la consommation. Comme le soutient Cook (2004), la culture de la consommation s'intègre de plus en plus à la culture tout court.

L'émergence des principes de l'échange et de l'économie de marché dans le foyer suscite l'ambivalence chez les parents. Par exemple, on se demande si les enfants devraient recevoir de l'argent en échange de leurs tâches domestiques. En effet, beaucoup de parents estiment que les enfants devraient accomplir des tâches pour recevoir de l'argent, mais peu d'entre eux croient que les principes du marché du travail s'appliquent entièrement au travail des enfants dans la famille (Warton et Goodnow, 1995). Pourtant, de nombreux parents sont d'avis que payer les enfants pour les tâches domestiques constitue une responsabilité nécessaire de la socialisation qui leur enseigne les valeurs de l'éthique du travail, l'aspect moral de mériter plutôt que d'obtenir, la gestion de l'argent et du temps, et comment devenir des consommateurs responsables (Manwaring et Bahr, 2003). Les normes de l'économie monétaire sont utilisées en relation avec le travail des enfants à la maison pour favoriser leur autonomie financière et la responsabilisation.

Être parent dans une culture des médias

Notre façon de développer la culture parentale est largement dominée par la nostalgie. Dans notre culture occidentale, nous préservons une image de l'âge d'or de la famille aux attentes simples, directe dans ses rôles et ses tâches et imprégnée de valeurs saines et protectrices. Une des premières émissions télévisées pour enfants de longue affiche, Lassie, résume cette nostalgie. Le programme, où l'on retrouvait deux idoles sentimentales, un jeune garçon et son chien, accentuait l'innocence virginale de l'enfance, la loyauté familiale et la nette résistance du bien face au mal (Jenkins, 1999). Cette émission, comme de nombreuses autres de l'époque de la télévision en noir et blanc, promettait un avenir meilleur. Ces émissions d'antan servent de référence pour examiner l'influence de la technologie des médias sur la culture parentale.

Notre attitude nostalgique à l'égard de la réalité familiale est par nature idéologique et politique. Le fait de désirer la situation d'antan signifie que nous formons des jugements et faisons des comparaisons entre maintenant et le passé. C'est un discours typiquement dominé par la métaphore de la décadence : tout était mieux dans le temps. L'expansion fulgurante des technologies des médias dans le ménage depuis l'introduction de la télévision dans les années 1950 a suscité un débat moral et idéologique passionné sur l'innocence des enfants, le rôle des parents comme arbitres des médias et la représentation du bien et du mal.

Dans notre culture, les conséquences de la technologie des médias sur les enfants sont fortement politisées. D'une part, les « alarmistes » diabolisent la culture des médias destinée aux enfants comme une horrible aberration contemporaine qui transforme tant bien que mal nos enfants en une concentration de zombis et d'assassins bébêtes à l'inverse du bon vieux temps où les enfants étaient très actifs, créatifs et innocents (Kinder, 1999). Cette perspective présume implicitement que les enfants sont des consommateurs passifs et vulnérables d'une large gamme de messages médiatiques importuns et souvent nuisibles contenant, entre autres, de la violence, du sexe ou présentant des personnages immoraux ou amoraux. Selon cette opinion, on estime que les enfants sont des victimes ayant besoin d'être protégés d'une abondance d'intrusions importunes.

Cependant, d'autres considèrent les enfants comme des joueurs actifs et solides capables de naviguer dans les médias selon leurs propres valeurs, préférences et identité (Kinder, 1999). Cette vue souligne la capacité d'analyse active des images et des messages par les enfants pour développer leur personnalité, apprendre à s'adapter à la complexité de leur culture et à négocier ses significations. Plutôt que de s'attarder d'abord aux aspects nuisibles des médias, on présente les avantages d'une grande variété d'information. Un camp est préoccupé par la censure, tandis que l'autre veut assurer aux enfants un accès équitable aux ressources offertes par les médias.

Les parents accueillent avec un mélange d'ambivalence et d'anxiété le débat culturel sur les mérites et les dangers des médias pour les enfants. La fascination pour la dernière nouveauté technologique contraste avec une certaine crainte et de la nostalgie pour une époque où les choses étaient plus simples; l'attrait pour une technologie nouvelle et de puissance accrue est fort, mais avec une contre-tendance prudente à résister au changement. La question est de connaître la quantité d'orientation et de restrictions nécessaire. La vigilance requise en ce qui concerne les enfants et le fait de savoir qu'une vigilance rigoureuse est rarement possible, voire désirable, produit une anxiété intense. Les parents doivent aussi tenir compte de leurs propres interprétations des messages médiatiques qui pourraient — ou non — refléter celles que leur accordent les enfants. Puisque les parents présument souvent que leurs interprétations sont les mêmes que celles de leurs enfants, les données disponibles semblent indiquer que les réactions des enfants à la culture des médias sont beaucoup plus actives, changeantes et négociées qu'on s'en rend habituellement compte (Kinder, 1999).

Tout comme l'introduction de la télévision dans la famille a éveillé des craintes sur l'émergence de zombis isolés, l'Internet a suscité des préoccupations concernant l'isolement social. Des études sur l'introduction de l'Internet dans la vie familiale ont révélé une baisse dans la communication à la maison (Turow, 2002). Par ailleurs, des études sur une utilisation soutenue de l'Internet indiquent que les effets négatifs des débuts se sont éclipsés après quelques années (Jordan, 2002).

La façon dont l'utilisation de la technologie des ordinateurs reflète et renforce les tendances traditionnelles des femmes et des hommes constitue une nouvelle source de préoccupation. La recherche sur l'utilisation d'ordinateurs en classe et à la maison démontre que les garçons sont beaucoup plus susceptibles de s'adonner à des jeux électroniques, dont plusieurs avec intrigues et thèmes violents (Subrhmanyam, Greenfield, Kraut et Gross, 2002). Les méta-analyses de la documentation sur l'utilisation de jeux électroniques montrent que les jeux électroniques violents (auxquels s'adonnent surtout les garçons) renforcent le comportement agressif et réduisent le comportement prosocial chez les enfants (Anderson, 2002). En outre, les garçons ont tendance à monopoliser le temps d'utilisation des ordinateurs dans les classes, surtout pendant les périodes d'accès non contrôlé (Wright et al, 2002). Comme on estime que la connaissance de l'informatique est de plus en plus garante de succès dans la société, ces tendances ont soulevé des questions quant aux implications du déséquilibre femmes-hommes dans l'utilisation de la technologie.

L'interactivité croissante de la technologie des ordinateurs augmente l'anxiété des parents en raison des dangers auxquels sont exposés les enfants : information disponible, marketing, sollicitation, relations virtuelles et salles de clavardage. La « cyberintimidation », par exemple, est source de préoccupation, car les intimidateurs se servent de l'Internet pour harceler et rabaisser les autres. Depuis l'introduction de caméras vidéo discrètes dans les téléphones cellulaires, certaines municipalités ont interdit l'utilisation de ces appareils dans les toilettes et les vestiaires afin d'éviter la publication non désirée de tels contenus sur Internet. L'usage de la technologie informatique interactive est en hausse, particulièrement chez les adolescents (Subrhmanyam et al, 2002). Au Canada, le Réseau Éducation-Médias (www.media-awareness.ca) révèle que 79 % des enfants de 9 à 17 ans ont accès à l'Internet à la maison et que 99 % sont allés en ligne. Les parents ont eu des réactions variées face à une utilisation accrue de l'Internet : le Web peut s'avérer une façon sécuritaire pour les enfants de communiquer avec leurs amis et une ressource d'information enrichissante, mais ils craignaient que leurs enfants soient ciblés par des annonces publicitaires et que ces derniers fournissent des renseignements personnels (Turow, 2002). Des sites comme Réseau Éducation-Médias fournissent des directives pour les enfants, les parents et les enseignants sur des questions comme les pratiques de marketing non contrôlées sur l'Internet, le plagiat pour les travaux scolaires et les limites floues existant entre la publicité, le divertissement et l'information.

Conclusion

Mettre l'accent sur la culture parentale en évolution, c'est accorder la première importance aux pratiques, aux pressions et aux préoccupations parentales. À l'opposé d'un modèle plus déterministe de la culture mettant en exergue comment les forces culturelles façonnent les activités parentales, nous devons examiner les façons dont les parents recourent, créent et s'adaptent à leur milieu culturel. Nous pourrions sans doute obtenir un consensus sur un aspect de la culture, soit à propos de l'escalade sans précédent du rythme et l'introduction brutale du nouveau. Un tel environnement exige que tous les parents peaufinent continuellement leurs aptitudes pour traverser les terrains vierges. La culture parentale en est une sans prescription où la connaissance des règles du jeu traditionnelles est moins importante qu'une boîte à outils bien approvisionnée pour les aider à comprendre les pratiques garçons-filles changeantes de leurs enfants, les attentes professionnelles, la culture des médias et les pressions liées à la consommation. La culture parentale est par-dessus tout façonnée par les défis d'un avenir émergent plutôt que par un passé établi.

Une préoccupation connexe à tout changement culturel concerne les répercussions pour le contrôle parental. Pendant des siècles, nos notions sur l'art d'être parent ont reposé sur l'importance du contrôle parental pour le bien-être des enfants. Les parents craignent avant tout d'échouer non seulement vis-à-vis de l'éducation de leurs enfants, mais aussi de la société s'ils sont incapables de les contrôler grâce à des mesures disciplinaires réfléchies. Cette notion a été réaffirmée dans les discours religieux (« qui aime bien châtie bien »), les traités philosophiques (« la domination parentale » — Hobbes; « la soumission des enfants » — Locke) ainsi que notre discours civique et politique qui tient les parents responsables s'ils ne contrôlent pas et ne socialisent pas adéquatement leurs enfants. Malgré cette puissante tradition, des indices démontrent que nous avons commencé à changer notre perception de la dynamique du contrôle. Par exemple, ces dernières années, un tout nouveau bloc de documentation cherche à comprendre les enfants à titre de puissants agents sociaux qui non seulement influent sur les parents, mais à certains moments, contrôlent aussi les activités parentales (Sheehan, 1999). La recherche sur le contrôle parental révèle qu'un contrôle parental excessif mine souvent les comportements appropriés que nous désirons inculquer aux enfants (Grolnick, 2003). Plus précisément, en insistant sur la docilité, nous encourageons les enfants à adapter leur comportement aux pressions externes et, par conséquent, nuisons à leur capacité d'entreprendre par eux-mêmes des actions éclairées. Une telle conceptualisation des enfants déplace l'effet d'insistance du contrôle parental à la façon dont les enfants sont des acteurs stratégiques compte tenu de leurs réactions aux situations complexes et difficiles. Cela ne signifie pas que la discipline et le contrôle exercés par les parents n'ont pas leur place, mais veut plutôt dire que l'accent passe d'une docilité sans faille des enfants à un modèle plus dynamique de contrôle bidirectionnel (Lollis et Kuczynski, 1997) qui permet aux enfants d'acquérir un esprit d'initiative, de l'adresse et une faculté de récupération face à des défis nouveaux et difficiles. Cet aspect est probablement plus évident dans l'apprivoisement de la nouvelle technologie. Même si les parents et les enfants doivent s'y adapter, ce sont souvent les enfants qui deviennent les experts de la famille et guident leurs parents tant pour la maîtrise de l'adaptation à la technologie qu'au niveau de l'anxiété qu'elle cause. Il ne s'agit pas pour les parents d'abdiquer leur responsabilité ou contrôle parental, mais plutôt d'appuyer activement la résolution autonome de problème, de permettre à leurs enfants de faire des choix éclairés, responsables et de faire face aux conséquences, tout cela conjugué à des règles et des structures qui encouragent le respect et l'équité.

La culture parentale requiert une ouverture à l'évolution rapide et un changement fondamental dans la relation parent-enfant. Tout en continuant de montrer la voie, les parents doivent forger de nouvelles relations avec leurs enfants dans un climat de saturation médiatique, de pressions accrues sur les consommateurs, de demandes professionnelles grandissantes et de pratiques hommes-femmes changeantes. Aujourd'hui, cette relation repose moins sur le contrôle pour en assurer la réussite, et davantage sur la promotion d'une résolution de problème mutuelle qui permette tant aux parents qu'aux enfants de s'adapter au renouveau culturel.

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